Michèle Tribalat : «Le vote musulman en France est presque aussi polarisé que celui des Noirs aux Etats-Unis»

Michèle Tribalat, démographe spécialiste de l’immigration, analyse le poids des minorités dans les élections aux Etats-Unis et fait une comparaison avec la France.

Le PS a donc tout intérêt à bichonner cet électoral. Nul doute que le droit de vote accordé aux étrangers, s’il passe, viendra sécuriser ce matelas de voix.

La France a une population d’origine étrangère en proportion moins élevée que les États-Unis. La polarisation du vote latino, et plus encore du vote noir sur les candidats démocrates est bien connue. […]

Si la situation de la France est plus confuse, on sait néanmoins que le think tank Terra Nova a défini la nouvelle cible du PS, qu’il appelle la France de demain, comme étant composée des minorités des quartiers populaires, des femmes, des jeunes et des diplômés. La stratégie électorale ainsi dessinée doit choyer ces segments d’électorats afin, notamment, de disposer d’un matelas de voix que la droite ne sera pas en mesure de disputer au PS. […]

L’insee a estimé à 11,7 millions leur nombre, soit 19 % de la population de la France métropolitaine. En 2017, on devrait, si la croissance en nombres absolus observée entre 1999 et fin 2008 se maintient, il devrait y avoir une population d’origine étrangère de l’ordre de 13 millions, ce qui représenterait environ 21 % de la population. […]

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Banlieues : «On ne peut forcer les gens à voisiner avec ceux dont ils réprouvent les modes de vie»

Anlayse de Michèle Tribalat, démographe, spécialisée dans le domaine de l’immigration, su la notion de «mixité sociale» dans les banlieues.

On ne peut forcer les gens à voisiner avec ceux dont ils réprouvent les modes de vie. D’autant que la pression et les exigences qui s’expriment côté musulman dans une société prêchant la tolérance et l’ouverture aux autres ont toutes les chances de finir par s’imposer là où ils forment une minorité conséquente.

Selon le sociologue Renaud Epstein, «la mixité sociale n’existe pas» et quand on parle de la rétablir dans les quartiers, «c’est de mixité ethnoraciale qu’il est avant tout question». Partagez-vous ce point de vue ?

On parle aujourd’hui de mixité sociale comme d’un paradis perdu, paradis qui n’a pourtant jamais vraiment existé. Le terme mixité sociale est devenu la manière politiquement correcte d’évoquer la mixité ethnique. Prenons l’exemple de la Seine-Saint-Denis : ce département n’a pas connu de grand bouleversement social alors que sa composition ethnique , elle, a considérablement changé : 19 % des moins de 18 ans étaient d’origine étrangère en 1968, ils étaient 57 % en 2005 et probablement encore plus aujourd’hui. […]

On veut le beurre et l’argent du beurre : la mixité inter-ethnique harmonieuse sans l’assimilation, la diversité sans les conflits identitaires, la valorisation des identités particulières et un fonctionnement aveugle aux différences. En abandonnant, de fait, l’assimilation, la France s’avance vers un autre modèle encore mal défini, sans en percevoir les conséquences. Si l’on renonce à l’assimilation, ce qui est déjà fait, il faut consentir à une ethnicisation des territoires. […]

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