Jean-Claude Tchicaya : Les «quartiers populaires» oubliés par les politiques publiques européennes

Tribune de Jean-Claude Tchicaya, ex-maire adjoint de Bagnolet (93), sur la «question des quartiers populaires dans les politiques publiques européennes».

Il faut absolument s’investir sur le plan politique, économique, social, écologique, géopolitique. Nous sommes condamnés à réussir ensemble pour que cette supranationalité soit une construction politique inédite, respectueuse des peuples et des personnes, qu’ils soient européens ou non. Donc, citoyennes et citoyens des quartiers populaires, osons davantage ! Le pouvoir, cela se prend, cela ne se demande pas.

Depuis les débuts de la construction de l’Europe et notamment depuis 30 ans, en France et ailleurs, le phénomène politique des quartiers populaires n’est pas assez évoqué, souligné, traité, développé. Comment l’Europe peut-elle être aussi une solution positive en France et en Europe ? […]

Il doit y avoir des élus des quartiers populaires, présents dans tous ces champs et ne se laissant pas enfermer dans certaines thématiques auxquelles on veut toujours les assigner.

Autre grande inquiétude, nous voyons de nouveau se développer un phénomène très inquiétant, pour la suite de la construction européenne, à savoir, des discours populistes, réactionnaires, racistes, discriminatoires mais aussi on peut le dire, des discours aux relents fascistes.

Beaucoup sont discriminés, montrés du doigt parce que de confession musulmane, étrangers vus ou perçus comme tel dans le pays dans lequel ils vivent parce que d’une couleur ou catégorie sociale différente. […]

Bondy Blog

France : Mouloud Haddad et l’«imaginaire de l’invasion»

Interview de Mouloud Haddad, sociologue, chercheur associé au Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques (Cetobac, EHESS-CNRS) et enseignant à l’Université Paris VIII.

Ces territoires, autrement dit les quartiers populaires, seraient le [repère] repaire, la base arrière pourrait-on dire, d’un Talibistan peuplé de femme voilées et d’hommes enturbannés à l’accent étranger, menaçant des centres villes laïcs et républicains.

Dans une interview au Monde, Marine Le Pen explique vouloir exclure tous les extrémistes étrangers. Si elle était élue, pourrait-elle de manière concrète mettre cette menace à exécution ?

Il ne s’agit pas d’une menace à proprement parler – elle n’en a pas les moyens – mais plutôt d’un effet d’annonce qui doit marquer sa rentrée politique. […]

Sur la défense d’une laïcité qui serait mise en danger, elle ne dit pas autre chose que Brice Hortefeux hier et que Manuel Valls aujourd’hui. Cette thèse nourrit, alimente, un imaginaire de l’invasion sur l’air de «on est plus chez nous». […] Mais le marinisme, en tant que messianisme politique, a une spécificité : il prône un retour à l’ordre ancien, à un Age d’or mythique, qui mélangerait à la fois des éléments de l’Ancien régime, de l’Empire et de la IIIe République. La France, selon elle, n’est pas seulement la patrie des Lumières, elle est catholique et protectrice des Chrétiens d’Orient. […]

Marine Le Pen dénonce également des tentatives d’un retour au délit de blasphème…

Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse de cela lorsque des musulman manifestent leur désapprobation voire leur colère.En France, nous ne pouvons pas ignorer la question sociale, notamment dans les quartiers populaires. Le sentiment collectif (j’insiste sur ce point) de ne pas trouver socialement sa place est renforcé par un autre sentiment, plus spécifique, celui d’être stigmatisé pour la religion que l’on est sensé censé pratiquer. […]

Atlantico

Carrières-sous-Poissy : La Poste cesse de distribuer les colis dans un “ quartier populaire ”

[Le Parisien du 12 aout 2012. Titre d'origine : "Carrières-sous-Poissy : ça coince à la poste"]

Un mouvement de grogne secoue la poste de Carrières-sous-Poissy. Les facteurs ne distribuent plus ni recommandés ni colis dans un quartier populaire de 5000 habitants et ce sur décision de leur direction.

Une série de vols des scooters et des sacoches des postiers est évoquée pour justifier cette mesure. Les clients doivent donc se présenter à l’agence principale pour retirer leurs plis. Le maire prévoit de saisir la justice pour dénoncer cette décision qu’il juge « discriminatoire ». Hier matin, les clients devaient patienter entre trente minutes à une heure pour atteindre le guichet.

Une série de vols des scooters et des sacoches des postiers est évoquée pour justifier cette mesure.

Le parisien (merci Stormisbrewing)

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Complément 1 : Relire :
Les projets de mosquées fleurissent en vallée de Seine (78)
Carrières-sous-Poissy : Un maire «décale» la chasse aux oeufs de Pâques pour éviter toute connotation religieuse
Carrières-sous-Poissy (78) : trente voitures brulées et un incendiaire interpellé
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Complément 2 :

Manuel Valls accusé de «racialiser les quartiers populaires»

Un «Comité de Vigilance des Citoyens Antiracistes» a adressé une lettre ouverte à François Hollande pour protester contre la nomination éventuelle de Manuel Valls au ministère de l’Intérieur.

Les électeurs originaires de l’Afrique, du Maghreb, de confession musulmane et des quartiers populaires se sont mobilisés en nombre derrière votre candidature socialiste, exprimant clairement une envie de mieux vivre et de vivre ensemble.

La campagne électorale des présidentielles de 2012 a connu un déferlement de haine contre les immigrés, les étrangers et les musulmans sans précédent dans l’histoire de la Ve République. Cette xénophobie galopante a eu un large retentissement national au premier tour. Elle a trouvé une expression électorale importante auprès de la frange de la population économiquement fragile, intellectuellement vulnérable et géographiquement isolée. […]

nous considérons qu’une éventuelle nomination de M. Manuel Valls au ministère de l’Intérieur serait de nature à renforcer les tensions dans les quartiers sensibles.

En effet, vous n’êtes pas sans savoir que son propos tout simplement scandaleux sur le manque de «blancos» dans les quartiers populaires illustre un langage performatif qui nous renvoie à celui de son lointain prédécesseur Nicolas Sarkozy. Ce dernier a arpenté les quartiers en se livrant à des provocations à l’encontre de ses habitants, stigmatisant les immigrés et les familles musulmanes. […]

Depuis son parachutage dans le département de l’Essonne, il racialise les quartiers populaires, discrimine les populations immigrées, s’acharne sur les musulmanes et les musulmans de la commune d’Evry, instrumentalise le principe de laïcité pour attiser la haine et non apaiser les mœurs. Il stigmatise enfin les jeunes des banlieues, divise et ne se soucie guère du rassemblement que vous appelez de vos vœux. […]

saphirnews

L’appel du rappeur Axiom aux quartiers populaires

Axiom, 37 ans, rappeur et essayiste. Porte-parole du mouvement ACLeFeu et membre du collectif Stop le contrôle au faciès.

Le titre de votre essai fait référence à Martin Luther King…

Oui, clairement. Il a mené aux États-Unis une lutte pour les droits civiques et c’est ce que je veux faire en France. Je m’inspire de lui, comme de Malcom X et de Nelson Mandela.

A-t-on cinquante ans de retard sur les États-Unis ?

Dans les luttes, non. Le mouvement féministe, les combats des homosexuels, par exemple, sont des luttes pour obtenir des droits civiques. Mais elles n’ont jamais été reconnues comme telles. Le retard est là, dans l’identification de ces luttes.

Qu’avez-vous retiré de votre voyage dans des villes américaines sensibles ?

Qu’on se moque bien de nous en France ! On se raccroche en permanence à des idéologies. On nous dit que la discrimination positive, par exemple, est anti-républicaine. Pourtant, on a pris des mesures pour les femmes ou pour les personnes handicapées dans les entreprises. Mais pour les gens issus des quartiers populaires, on s’y refuse.

Vous êtes pour les statistiques ethniques ?

L’un des arguments, c’est de dire qu’il n’y a pas besoin de chiffres pour savoir qu’il y a des discriminations pour les gens d’origine africaine et maghrébine. C’est vrai. Mais on ne peut pas quantifier le problème sans comptage. (…)

Ouest-France


AXIOM AKA HICHAM clip officiel par axiom

Hérault : Le Front de gauche déçoit les «quartiers populaires»

Mohamed Bouklit vient claquer la porte du Conseil National du Front de Gauche qui ne prend pas en compte selon lui la question des «quartiers populaires» et présentera une candidature «citoyenne» pour porter la voix des sans voix dans la très «populaire» seconde circonscription de l’Hérault.

Il ne fait aucun doute que nous aurons un printemps révolutionnaire, un printemps des quartiers populaires un an après les printemps arabes.

Voilà plusieurs décennies que nous avons décidé de prendre notre destin en main et de devenir les sujets libres de notre propre histoire politique dans les quartiers populaires en entamant une révolution citoyenne pour nous libérer des carcans d’un régime oligarchique, clientéliste et capitaliste qui nous asservit. […]

Nous acceptions alors d’entrer dans cette dynamique plurielle du Front de Gauche qui en principe a vocation à devenir un véritable Front Populaire en incluant en son sein d’autres composantes citoyennes et syndicales comme les mouvements issus des quartiers populaires et de l’immigration postcoloniale. Nous considérions que le Front de Gauche pouvait être un outil d’éducation populaire capable d’accompagner les révolutions citoyennes. […]

Dans tous les cas, avec ou sans le Front de Gauche qui devrait être un vecteur d’émancipation du Peuple, il ne fait aucun doute que surgira en juin prochain dans plusieurs quartiers populaires une véritable insurrection citoyenne et électorale. […]

Pendant plusieurs années, nous n’avons cessé d’espérer l’émergence d’un véritable Front Populaire qui inclue et prend en compte de manière égalitaire les mouvements issus des quartiers populaires et de l’immigration postcoloniale. Entre l’idéal républicain d’égalité et de justice sociale symbolisé par la Prise de la Bastille et la réalité paupérisée de ces territoires abandonnés de la République, la route est longue et parsemée d’embûches clientélistes et oligarchiques même au Front de Gauche.

Vive la Révolution citoyenne.

oumma.com

Lille : Le marché de Wazemmes, autochtones vs immigrés

Sur le marché de Wazemmes, un quartier «populaire» de Lille (Nord), les «communautés» font leurs courses chacune de leur côté. Elles se divisent également sur la question de Marine Le Pen.

En cas de victoire de la candidate du FN, Brahim promet de «faire le bordel. Si un jour elle devait être élue, ça cramerait sûrement»

«Un lieu de métissage et de brassage culturel au charme particulièrement cosmopolite», c’est ainsi que l’on présente souvent le marché dominical de Wazemmes, situé au cœur des quartiers populaires du sud de Lille. Une image de carte postale, en partie véhiculée par la municipalité, qui ne correspond pas entièrement à la réalité. Sur place, la mixité tant vantée se transforme en juxtaposition de communautés. Les populations se croisent mais ne se mélangent pas.

A l’extérieur. Avec sa foule bigarrée, ses boucheries halal, ses étals d’épices et de pâtisseries orientales, le marché extérieur de Wazemmes ressemble aux marchés du bled. Les habitants du quartier, majoritairement d’origine maghrébine, aiment s’y rassembler pour faire leurs courses, mais aussi pour discuter à ciel ouvert comme dans les pays du sud.

Entre le marchand de tissus et la rôtisserie, deux chibanis échangent quelques mots. Au centre de leur conversation : Marine Le Pen et ses récentes déclarations au sujet de la viande halal. […] La visite de Marine Le Pen à Lille est perçue comme une provocation. «Elle n’est pas la bienvenue ici. On ne l’aime pas. Elle est toujours contre les étrangers». Les deux retraités n’ont pas la nationalité française, mais s’ils pouvaient, ils voteraient François Hollande.

A l’intérieur. Dans la galerie couverte, l’ambiance est toute différente. [|…]Françoise est présidente du club des ambassadeurs de Wazemmes qui oeuvre pour «recueillir, préserver et diffuser la mémoire du quartier» . Pour cette jeune retraitée, la galerie commerçante fait figure de zone libre en territoire occupé. [|…] «J’habite la rue Jules Guesde : on l’appelle la rue des Arabes ! Il n’y a plus de commerces français. Les Blancs, on les compte sur les doigts d’une main.»

Marine Le Pen ? «Un mal nécessaire ! Il y a à boire et à manger. Mais elle dit des choses exactes.» [|…]

Le Bondy Blog

Les quartiers populaires, bastions de gauche sensibles aux idées de droite

Importance accordée à la famille, respect des traditions, goût pour l’entreprise: la banlieue, traditionnellement ancrée à gauche, n’est pas insensible aux valeurs de la droite, même si cette dernière peine à s’implanter, estiment experts et élus.

« Les habitants de banlieue ont longtemps été encadrés politiquement et socialement par le PC ou le PS », rappelle Jérémy Robine, chercheur à Paris-VIII et auteur de « Les ghettos de la nation ».

Les habitants des cités ont majoritairement voté Ségolène Royal à la présidentielle de 2007. « Chez les descendants d’immigrés africains ou maghrébins, le taux s’est même élevé à 80% », note Vincent Tiberj, chercheur à Sciences-Po et spécialiste du vote des banlieues.

Un score record qui masque une autre réalité: l’érosion du vote de gauche dans les quartiers populaires, au-delà des rendez-vous électoraux à forte charge symbolique. (…)

« Les gens ne sont pas dupes dans les quartiers populaires, ils voient que la gauche n’a rien fait pour eux », renchérit Lucien Kemkeng, conseiller municipal à Sèvres et président du Cercle de la Diversité, mouvement affilié à l’UMP.

Dans un rapport publié au printemps 2011, intitulé « Gauche, quelle majorité électorale pour 2012? », le cercle de réflexion Terra Nova, proche du PS, avait constaté cette « rupture ».

« La classe ouvrière n’est plus le coeur de la gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs », notaient les auteurs.

Parmi ces « valeurs »: l’importance accordée à la famille et aux traditions. « En banlieue, l’autorité des parents est incontournable », souligne Camille Bedin, secrétaire nationale UMP à l’égalité des chances et auteur de « Pourquoi les banlieues sont de droite ».

« Les jeunes ne souhaitent pas faire table rase du passé. Ils respectent beaucoup les traditions, notamment religieuses », poursuit la militante.

Au-delà des valeurs morales, c’est le rapport à l’économie qui est en jeu. « Dans les quartiers, il y a un taux de création d’entreprise deux fois plus élevés qu’ailleurs », complète Camille Bedin.

« Les jeunes des quartiers rêvent de travailler dans la finance et le commerce… L’argent ne leur fait pas peur. » (…)

Le Point