Immigrés/suppression d’allocations : « Du populisme qui pue ! » (Gourrier/RMC)

Les GG de RMC réagissent à la proposition de supprimer les allocations pour les nouveaux arrivants, avancée par Thierry Mariani. Avec le père Patrice Gourrier, Etienne Liebig et Gilbert Collard.

« A partir du moment où tout est mondialisé, eh bien il y a un devoir de solidarité vis-à-vis de l’étranger qui est en France ! [...] On n’est plus au temps des Gaulois ! » – Père Patrice Gourrier

« Moi je me parfume au populisme qui pue et j’en suis fier ! » – Gilbert Collard

« Il y a des immigrés qui constituent le peuple et qui sont plus français (que des Français). » – Etienne Liebig

Populisme. Mélenchon/Le Pen : «Ne pas mélanger les révoltés et les apprentis sorciers, les indignés et les bornés»

Jack Dion, directeur adjoint de la rédaction de Marianne, s’indigne que Jean-Luc Mélenchon puisse être comparé à Marine Le Pen.

Quoi qu’on pense de Jean-Luc Mélenchon, il est reconnu comme un homme de gauche respectueux des valeurs républicaines.

Une campagne sournoise se fait jour qui consiste à diaboliser Jean-Luc Mélenchon et à l’assimiler en permanence à Marine Le Pen, au nom de la dénonciation des « populismes » (sic). Mais en quoi le FDG est-il comparable au FN ? Que cherchent ceux qui blanchissent ainsi la dirigeante de l’extrême droite ?

Maintenant, on ne dénonce plus l’extrême droite, ou rarement, mais «les extrêmes». C’est pratique, «les extrêmes». On peut y mettre tout et n’importe quoi. On peut notamment y mélanger le FDG et le FN, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. […]

En vertu de quoi on en conclut soit que les deux mouvements susdits sont également dangereux pour la démocratie, soit qu’ils sont tous les deux critiquables mais respectables. C’est injurieux pour l’un, inespéré pour l’autre, et dangereux pour tous.

En tout cas, rien de ce que dit le FDG ne peut être comparé à la démagogie d’un Front National qui détourne la colère populaire vers le rejet de l’autre, alimentant le réflexe xénophobe, le repli identitaire, voire le racisme larvé qui demeurent dans l’ADN de l’extrême droite.

Serait-ce trop demander que de plaider pour un retour à un minimum de sérénité afin de ne pas mélanger les choux et les carottes, les révoltés et les apprentis sorciers, les indignés et les bornés, les militants de la gauche radicale et les affidés de l’extrême droite pure et dure ?

Tout le monde y gagnera, à gauche comme dans la droite républicaine. La seule qui pourrait y perdre est Marine Le Pen. Mais qui s’en plaindra ?

Marianne

Scandales d’Etat: une aubaine pour les extrêmes?

La démission de Jérôme Cahuzac, la mise en examen de Nicolas Sarkozy, la forte mobilisation des opposants au mariage homosexuel, l’arrivée au 2nd tour du Front national aux législatives partielles dans l’Oise, les propos acides de Jean-Luc Mélenchon à l’égard de Pierre Moscovici, l’actualité est lourde de contestation à l’égard du pouvoir en place et des élites plus largement. Certains établissent même un parallèle entre la situation actuelle de la France et celle des années 30. Mais la comparaison est-elle si évidente ?

JOL Press : Voyez-vous dans la situation politique actuelle des signes comparables à ceux qui, dans les années 30, ont conduit au recours à des hommes providentiels partout en Europe ?

Jean-Pierre Deschodt : Les hommes providentiels sont généralement portés par des mouvements de fond qui restent dans l’absolu difficiles à endiguer. Prenons l’exemple du Front national en 1934, qui se voulait un carrefour ou une courroie de transmission entre les différentes ligues nationalistes : son leader, Charles Trochu, n’a jamais été davantage qu’un élu du conseil municipal de Paris. Un autre patriote, le colonel de La Roque aurait pu prétendre incarner la dynamique nationale ; malgré des scores électoraux honorables, il n’en fut rien. Face à eux, les communistes constituaient un contrepoids qui rendait quasi impossible toute politique réactionnaire.

Force est de constater que la situation actuelle souffre d’un déséquilibre dans le rapport de force. Le Parti communiste, même renforcé par le Front de gauche – à moins qu’il ne soit gêné par lui… – atteint un étiage inquiétant, le Parti socialiste subissant pour sa part une involution électorale. À l’autre bord, l’UMP reconstitue ses forces quelque peu émoussées par l’échec des législatives et la guerre des chefs qui s’ensuivit. Quant au Front national de Marine Le Pen, il reste sur la lancée des présidentielles.

C’est dans ce contexte qu’intervient, selon Jean-Christophe Cambadèlis, le « coup de tonnerre » électoral de la 2e circonscription de l’Oise. Même si l’élection du 24 mars n’est qu’une partielle, elle n’en constitue pas moins un test grandeur nature sur un corps électoral qui se situe à 37% de votants. Quatre enseignements sont à tirer de ce vote :

1/ L’élimination de la candidate socialiste dès le premier tour ;

2/ le caractère inopérant du « front républicain » ;

3/ le vote de plus de 40% des électeurs socialistes en faveur de la candidate du Front national ;

4/ une dynamique électorale qui tourne à l’avantage de la droite non classique, 80% d’électeurs supplémentaires s’étant portés sur son nom.

Ce « tremblement de terre » est pour l’instant localisé mais s’il venait à s’étendre, il pourrait signifier la mise en place d’un mouvement « dextrogyre » (qui incline vers la droite, à l’inverse de « sénestrogyre » qui incline vers la gauche) que Guillaume Bernard a déjà constaté dans d’autres circonstances. Les conséquences seraient à mon avis, déterminantes : la droite est aujourd’hui une non gauche et à l’occasion de cette mutation, la gauche deviendrait une non droite.[...]

JOL Press

Europe. Raphaël Liogier : «L’islamisation est un mythe» (Le Monde)

Pour Raphaël Liogier, politologue, la peur de l’islam en Europe est irrationnelle et relève du mythe. Son dernier ouvrage : Le mythe de l’islamisation, essai sur une obsession collective, éd. du Seuil,

L’islamisation, c’est la mise en scène morbide de l’extinction de la culture européenne. Et c’est cette mise en scène qui alimente un nouveau populisme, qui n’est plus ni de droite ni de gauche.

Le débat est en réalité nourri par le sentiment de faire face à une catastrophe imminente qu’il faudrait à tout prix éviter, au prix même de la violation des droits de l’homme. S’il s’était agit d’un bonnet quelconque ou d’une robe safran symbolisant l’appartenance au bouddhisme, il est clair que l’affaire n’aurait pas eu lieu. […]

Le problème n’est même pas l’islam en tant que tel, mais le sentiment obsessionnel d’être assiégé, autrement dit l’angoisse de l’islamisation. […]

L’Europe, qui avait déjà perdu sa prééminence économique et militaire, a maintenant perdu aussi ce qui lui restait encore : sa prééminence symbolique. Une multitude de crises suivront, débats sur les racines chrétiennes de l’Europe, sur une Constitution commune, sur les identités nationales. Pour aboutir à ce sentiment de déclin irréversible partagé par une majorité de Français, sentiment de peur devant les nouvelles grandes puissances comme la Chine.

C’est à partir de cette blessure narcissique du monde européen, plus cruellement ressentie dans cette France qui a construit le mythe de sa propre exception et de son universalité, que l’on doit comprendre l’angoisse de l’islamisation. […]

Si nous ne voulons pas vivre demain dans un régime d’exception, sans doute faudrait-il mettre en place les conditions d’un vrai débat sur le vivre ensemble.

Le Monde (Merci à artichaud)

Le «rêve morbide» de Cohn-Bendit : Marine Le Pen présidente

Daniel Cohn-Bendit, député européen Vert, «décrypte» dans le JDD les causes de la crise politique italienne, la montée des populismes et montre du doigt Angela Merkel. «Il faut tirer la sonnette d’alarme» estime-t-il

Imaginons, je dis bien imaginons –nous avons tous des rêves morbides –, Mme Le Pen présidente. Que fait-elle au sujet de la viande de cheval et de Spanghero? Que fait-elle pour sauver Peugeot? Oblige-t-elle les Français à rouler français ?

La montée des populismes en Europe serait donc due au rejet de l’Europe ?

Les sociétés en crise ne voient pas la valeur ajoutée de l’Europe mais au contraire pointent sa responsabilité dans la dégradation économique de leur pays. Ce qui n’est pas exact, la réalité est bien plus complexe mais l’Europe ne sait pas offrir autre chose. Cela dit, trouvez-vous que la Grande-Bretagne, qui n’a pas adopté l’euro, se porte bien? En Suède, autre pays qui a conservé sa devise, l’écart entre les riches et les pauvres ne fait qu’augmenter. La seule réponse des autorités, c’est le renforcement des inégalités et des injustices sociales. Une politique dont on voit la traduction dans les urnes.

Marine Le Pen estime que le résultat des élections italiennes est «assez enthousiasmant pour les élections européennes»…

Oui, c’est un vrai danger. On risque d’avoir au Parlement européen une majorité d’eurosceptiques. La crise, l’immigration non légale, les Roms, les scandales alimentaires… «Tout est de la faute de l’Europe», entend-on dire. Mais ce sont les gouvernements nationaux qui ont refusé une plus grande traçabilité des produits alimentaires… […]

Le JDD

Italie. Le «populiste et démagogue» Beppe Grillo fait une entrée fracassante au Parlement : 25% (MàJ vidéo)

Marc Lazar, professeur à Sciences-Po, nous en dit un peu plus sur Beppe Grillo :

« Des revendications quasiment d’extrême-droite contre l’immigration »

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Addendum 25 /02 : Les élections italiennes n’ont pas dégagé de majorité mais avec plus de 25 % au Sénat et à la chambre, Le Mouvement 5 Etoiles (M5S) du comique populiste Beppe Grillo, qui a pris davantage de voix à gauche qu’à droite, dépasse les plus folles espérances de ses partisans. Il se place derrière les deux coalitions du Parti démocrate(PD) et du Peuple de la liberté (PdL), mais est désormais le second parti italien après le Parti démocrate. Un score de 20% aurait déjà été un exploit. Pierluigi Bersani, secrétaire du PD, devrait payer lourdement cette défaite et abandonner le leadership de la gauche.

Le Point

Devinette : quelle phrase Beppe Grillo n’a-t-il pas prononcée ?

- « Donner la nationalité italienne à ceux qui sont nés dans le pays, sans que leurs parents aient une nationalité italienne, n’a aucun sens. »

- « L’immigration, c’est une bombe à retardement. »

- « [Les Français] vont bombarder les Touaregs et les musulmans pour aider un gouvernement né d’un coup d’Etat au Mali, un pays riche en uranium et en or. Ils sont impérialistes. Et nous sommes contre tout type de guerre. »

Réponse : il est l’auteur des trois phrases, alors que son côté contestataire le fait passer le plus souvent pour un candidat de l’extrême gauche, comme ici dans Paris Match. « D’un côté il se positionne à l’extrême gauche, défendant un discours anti-impérialiste, anti-establishment et pacifiste, explique Giuliano Santoro. De l’autre, il s’attaque à l’immigration. On observe aussi que son discours change en fonction de la région où il le prononce. »

Francetvinfo

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Ratissant de l’extrême gauche à l’extrême droite, le comique Beppe Grillo devrait faire une entrée fracassante au Parlement italien avec un score de l’ordre de 20%. Un véritable «tsunami politique» selon Le Point.

Quel sera lundi soir le score du Mouvement 5 étoiles, 17 % ? 20 % ? 25 % ? Le quotidien La Repubblica prévoit jusqu’à 200 «Grillini» – les partisans de Grillo – dans le nouveau Parlement.

Il l’avait promis et il l’a fait. Pour son dernier meeting électoral, Beppe Grillo a rempli de plus de 500 000 supporteurs la Piazza San Giovanni, la plus grande place de la Ville éternelle, qui accueille depuis un siècle les rassemblements du peuple de gauche. Durant les mêmes heures, Silvio Berlusconi déclarait forfait à la manifestation prévue à Naples et Pier Luigi Bersani réunissait ses fidèles… dans un théâtre de quatre cents places. Les leaders censés faire la course en tête n’ont pas osé affronter le comique populiste dans la traditionnelle démonstration de force de clôture de campagne. Un aveu de faiblesse qui alimente les craintes et les spéculations. […]

Puis Grillo évoque son programme. Il promet tour à tour la démocratie directe via Internet et la semaine de 30 heures. Avant de se reprendre : «Non, pas 30 heures de travail hebdomadaires, mais 20 heures ! » Suivent le mariage des prêtres, un revenu minimum de 1 000 euros, la fin des missions militaires de paix «qui sont en réalité des missions de guerre». On croit alors pouvoir situer politiquement Grillo à gauche, mais le Coluche italien prend son auditoire à contre-pied. Abolition d’Equitalia, l’organisme de recouvrement des impôts, abolition de la taxe foncière, interdiction de saisir les habitations principales, condamnation de l’euro, attaque contre Angela Merkel et la politique de rigueur : c’est la moitié du programme de Berlusconi qui vient de défiler. […]

Le Point

Entre «catégories supérieures» et populations immigrées, l’exclusion des nouvelles classes populaires

Tribune de Christophe Guilluy, géographe, sur les «nouvelles classes populaires» de la «France périphérique», de plus en plus oubliées par les classes dirigeantes.

Dans toutes les grandes villes, les catégories supérieures et intellectuelles ont ainsi investi l’ensemble du parc privé, y compris populaire, tandis que les immigrés se sont concentrés dans le parc social ou privé dégradé.

Le malaise français ne serait donc qu’un bégaiement de l’histoire, un processus connu qui, en temps de crise, conduit inexorablement les classes populaires vers le populisme, la xénophobie, le repli sur soi, la demande d’autorité. Cette analyse occulte l’essentiel, le durcissement de l’opinion est d’abord le fruit d’une mise à distance radicale des classes populaires. En effet, pour la première fois dans l’histoire, les classes populaires ne sont pas intégrées au projet économique et social des classes dirigeantes. […]

Economiquement performant, le modèle de développement métropolitain porte les germes d’une société inégalitaire puisqu’il n’intègre plus que les extrêmes de l’éventail social. Sans profiter autant que les couches supérieures de cette intégration aux territoires les plus dynamiques, les immigrés bénéficient aussi de ce précieux capital spatial. […]

Ces évolutions contredisent le projet d’une société mondialisée et multiculturelle apaisée.

Aveuglé par la thématique du ghetto et par les tensions inhérentes à la société multiculturelle, on ne voit d’ailleurs pas que les rares ascensions sociales en milieu populaire sont aujourd’hui le fait de jeunes issus de l’immigration. Cette bonne nouvelle a beaucoup à voir avec leur intégration métropolitaine. […]

Le Monde