A Strabourg : « Le tribunal, c’est notre quotidien » (Majid, Fed et Bilal)

Dans le public clairsemé, deux potes de son quartier sont là, encore ensommeillés, emmitouflés dans leur doudoune, dont un, hasard du calendrier, est jugé à la même audience mais se présente libre. Il s’appelle Fed. L’autre Bilal. Le second est venu épauler le premier pour son procès. Aucun des deux ne savait que Majid passait au tribunal aujourd’hui ; c’est en apercevant sa mère parmi les spectateurs qu’ils ont compris que leur copain de la cité du Marais, à Schiltigheim, était retourné en taule.

Majid Rafa, 30 ans, comparaît en appel pour conduite sans permis après avoir déjà purgé un mois de prison. De la salle, Fed et Bilal lui font un petit signe de bienvenue mêlé d’étonnement.

Cinq mois plus tôt, on l’avait déjà accompagné au tribunal par un bel après-midi d’été, côté public cette fois, pour assister au procès du « frère d’un ami ». Un type que Majid connaissait à peine, originaire de Hautepierre, l’un des quartiers populaires de Strasbourg. Tout un petit groupe de garçons de la cité était venu épauler le prévenu. La fréquentation des tribunaux, côté public ou comme prévenu, est devenue une banalité pour certains jeunes des quartiers difficiles.

« C’est une question de solidarité entre nous, avait dit Majid. Aller voir nos potes du quartier se faire juger, c’est un peu notre quotidien. Et quand ce n’est pas eux, c’est nous, devant les juges. »

Majid s’avance à la barre. La présidente lui lit son dossier : « Vous avez été condamné en mars 2013 pour conduite sans permis et défaut d’assurance. Vous avez été interpellé à la suite d’un contrôle dans le métro à Paris. Vous avez dix-huit condamnations à votre actif. »

Sur le banc, Fed fait la grimace : « Putain, dix-huit condamnations, c’est chaud ! Miskin, j’ai appris tard que Majid était au heps . Il a dit qu’il partait à Paris. J’avais pas de nouvelles depuis. Je croyais qu’il était encore là-bas, moi. » Bilal, comme pour justifier le grand nombre de condamnations : « Les comparutions immédiates, c’est comme le “drive” de McDo. Tu viens, tu prends ta peine et puis tu pars. »

Beaucoup de jeunes de cités pensent que la justice est instrumentalisée à dessein contre eux. Un sentiment généralisé du « eux contre nous » ravageur dans les rapports entretenus avec le reste de la société. « L’iniquité des jugements prouve à leurs yeux que la justice est à la fois une justice de classes et raciste », écrit le sociologue Didier Lapeyronnie dans Ghetto urbain (Robert Laffont, 2008) au sujet des jeunes des quartiers. Pour ceux vivant dans les cités, « ce sont plus les habitants d’un quartier pauvre et arabe qui sont condamnés que des individus particuliers ».

Les séances express de comparution immédiate combinées au manque de moyens de la justice alimentent la défiance. Avant Majid, ce jour-là, cinq autres personnes ont été condamnées en moins d’une heure. « C’est une usine à condamnations. Les juges ne cherchent jamais à savoir ce qu’on a fait, nous avait dit Majid cinq mois plus tôt lorsqu’il était côté public. A partir du moment où tu as un casier, tu es toujours coupable. »

Alors que Majid est renvoyé en cellule, Fed reçoit sa peine : quatre mois de prison dont deux ferme pour un délit de fuite à scooter et dissimulation de ses plaques d’immatriculation. Il se rassoit, indifférent à la perspective d’être enfermé. On s’étonne de le voir si serein. Bilal se fait conseiller juridique comme s’il connaissait le code pénal par coeur : « S’il ne fait pas de conneries, il n’ira pas au placard. Il fera des TIG ou on lui mettra un bracelet. C’est toujours comme ça que ça se passe. »

Majid Rafa s’est rendu au tribunal si souvent que les imposantes colonnes grecques en pierre de taille, les animaux de granit sculptés en bas des escaliers et les allégories de la Justice sur les murs ont perdu toute solennité pour lui. Un lieu banal associé à l’attente et à l’ennui. « Y a une odeur de malheur, ici. »

En tout, il estime s’y être rendu vingt ou trente fois pour assister à des procès de copains de cité. Il y a eu celui de potes cambrioleurs en 2004 et 2007 ; celui d’amis qui ont frappé un policier aux alentours de 2003 et leur procès en appel ensuite ; le procès aux assises d’un autre copain aux assises de Nanterre pour homicide. Et puis des amis tombés pour outrage et rébellion, défaut de permis, arnaque à l’assurance, vol, violences… A quoi il faut ajouter ses dix-huit condamnations à lui.

Le Monde

Criminalité : l’inquiétant projet de Taubira

Hebergeur d'image

La ministre veut supprimer la garde à vue de 96 heures pour les escroqueries en bande organisée. Douane et police judiciaire s’inquiètent.

La garde des Sceaux, Christiane Taubira, a fait adopter au Sénat, le 24 février dernier, au nom du gouvernement, en «procédure accélérée», un amendement qui ulcère tous les spécialistes de la police judiciaire et des douanes. Insérée dans le projet de loi sur le «droit à l’information dans le cadre des procédures pénales», qui sera examiné à l’Assemblée en avril, cette disposition interdit le recours à la garde à vue de quatre jours dans les affaires d’escroquerie en bande organisée.

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Insécurité, l’enjeu oublié des municipales ?

Tribune de Xavier Raufer, criminologue

Alors que l’insécurité est une préoccupation majeure des Français, la droite française ne semble pas en faire un enjeu capital des municipales. La faute, selon le criminologue Xavier Raufer, à un «gauchisme culturel» encore hégémonique, qui complexe notamment l’UMP.

Hebergeur d'imageA chaque sondage, la population le martèle : juste après le chômage et la pauvreté, la seconde grave préoccupation des français est et reste la sécurité. [...]

Une obsession française mal venue et fictive ? Non, car en même temps, les infractions les plus traumatisantes pour la population augmentent – parfois, explosent. Vols de tous ordres, cambriolages en ville (+ 6,4% en zone police) ou à la campagne (+ 17,7%, résidences secondaires en zone gendarmerie). Les vols avec violence augmentent encore. Même désormais les vols de voiture, qui; du fait de progrès techniques, baissaient depuis deux décennies. Quant aux inquiétantes attaques à l’explosif de distributeurs automatiques de billets – entre néo-braquages et terrorisme périurbain – elles ont augmenté de 50% en 2013 !

L’origine de cette vague criminelle ? Le laxisme de la justice, les méfaits dépeints ci-dessus étant typiquement ceux que Mme Taubira et son entourage libertaire ont ordonné de réprimer toujours moins. [...]

Pourquoi cette timidité de l’UMP devant les affaires de sécurité ? Une bonne part de ses chefs vit dans la terreur d’un gauchisme culturel qu’elle est aujourd’hui à peu près la seule à craindre – ledit gauchisme étant désormais dénoncé, et par d’authentiques intellectuels, dans les colonnes du Monde lui-même ! [...]

Autre domaine où l’UMP gagnerait à revenir à la raison : l’aveugle enthousiasme dont elle fait preuve en matière de «diversité», piège dans laquelle elle a sauté à pieds joints. Car «diversité» est le nom poli de la société hétérogène, elle-même tragiquement et follement criminogène. Le Brésil, paradis de la «diversité» – mais aussi, N°1 au monde pour les homicides par armes à feu. Une «diversité» que d’ailleurs les Français rejettent énergiquement ; Ipsos-Steria, janvier 2014: méfiance de l’autre: oui à 77% ; oui à 84% pour les électeurs de l’UMP – et oui à 39% encore, chez ceux du PS.

Le Figaro

Fusillades à Toulouse : un suspect remis en liberté

« Il n’y avait pas suffisamment d’éléments pour que ce garçon reste en prison », a assuré l’avocat d’un Toulousain de 27 ans, incarcéré depuis le 20 décembre pour tentative de meurtre après des fusillades dans le quartier sensible des Izards.

Un Toulousain de 27 ans, incarcéré depuis le 20 décembre pour tentative de meurtre après des fusillades dans le quartier sensible des Izards, a été remis en liberté vendredi 27 décembre mais reste placé sous contrôle judiciaire strict, a assuré son avocat. Il devra se présenter chaque jour au commissariatde police et ne pas quitter son domicile toulousain.
« Les magistrats de la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Toulouse ont estimé qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments pour que ce garçon reste en prison« , a commenté l’avocat du jeune homme, Me Alexandre Martin. « Le dossier est vide, l’implication de mon client n’était nourrie que par la rumeur », a-t-il soutenu.

Cet habitant les Izards reste cependant poursuivi pour tentative de meurtre contre un employé d’une pizzeria, cible d’un tir de 11.43, le 5 décembre, route de Launaguet, après avoir été percuté par une voiture. Il est également toujours mis en examen pour « port et transport d’arme » de première catégorie et « association de malfaiteurs ».

(…) RTL.fr

Taubira, déstabilisée, accuse le coup face au témoignage de la mère d’une victime

DPDA – 05/09/13 – France 2

(…) jeune fille qu’il viole, qu’il tabasse, qu’il traite comme « une vraie chienne » : ce sont ses propres mots, tout en jurant sur le Coran, et ensuite il s’en va tranquillement.

En complémentDes paroles et des actes avec Christiane Taubira, l’audience la plus faible de l’émission depuis son lancement

Belgique : Seul un violeur sur cent est condamné

Manif’ contre le viol: « J’ai attendu deux heures à l’hôpital avec les traces de l’agression sur mon corps »

La justice est-elle trop laxiste envers les violeurs? La question se pose chez nous où l’on compte en moyenne 8 à 10 viols par jour. Plusieurs victimes se sont rassemblées à Bruxelles cet après-midi pour sensibiliser l’opinion publique. Céline en fait partie, le procès de son agresseur présumé début lundi après 4 ans d’attente.

(…)

On condamne encore la femme plutôt que le violeur

La jeune femme pointe du doigt le laxisme de la justice envers les auteurs de viols. Son agresseur est un récidiviste. Il comparaît lundi devant le tribunal correctionnel.

Seul un violeur sur cent est condamné en Belgique. « En Belgique, on condamne encore bien trop souvent la femme, la victime, plutôt que le violeur », dénonce Monique Bargibant, coordinatrice du conseil des femmes francophones de Belgique. On va dire à la femme ‘êtes-vous sûre? Portiez-vous une jupe trop courte? Avez-vous aguiché?’. Non, il ne faut pas se poser ces questions-là ».

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RTL be, merci à BobbyW

La présidente du Syndicat de la magistrature: « Taubira doit aller plus loin »

Françoise Martres, présidente du Syndicat de la magistrature (ouvertement de gauche), estime que le projet de probation hors prison proposée par la garde des Sceaux doit aller plus loin.

La probation hors prison proposée par Christiane Taubira à l’université d’été du PS? Une « bonne idée » pour la présidente du Syndicat de la magistrature Françoise Martres. « C’est une peine qui fait de la prison le dernier recours, et que préconise le Conseil de l’Europe, entre autres »

La patronne du syndicat classé à gauche estime même que la mesure, qui concerne uniquement les peines de 5 ans de prison et moins, doit « aller plus loin ».

« Si on se limite à ça, la mesure risque de manquer sa cible. Pour nous, cela devrait concerner tous les délits. Certains ne devraient même plus être punissables par de la prison. On devrait revoir l’échelle des peines. Il faut changer de culture. »

« L’aggravation de la peine n’est pas dissuasive »

Pour François Martres, la prison est une tranquillité factice pour la société.  »Penser que la prison est absolument nécessaire, c’est une fausse sécurité. Toutes les études démontrent que l’aggravation de la peine n’est pas dissuasive. »

Nice matin, merci à Antibarbare

Pas-de-Calais : Il ressort libre après un coup de couteau et l’agression d’un sapeur-pompier, le maire MoDem écœuré

Plutôt remonté, le maire de Frévent, Jean-François Théret. Remonté et « écœuré », suite à la rixe qui a eu lieu mercredi dernier et qui s’était soldée par un coup de couteau et l’agression d’un sapeur-pompier. Car il y a quelques jours, « j’ai croisé l’agresseur qui se promenait dans le centre de Frévent. J’ai été vraiment surpris. »

Dans cette histoire, « la gendarmerie, la police municipale, a fait son travail. Quand j’ai vu le jeune en ville, j’ai interpellé la gendarmerie. On m’a dit qu’il serait jugé le 14 janvier. Je ne m’immisce pas dans le travail de la justice mais je pensais que vu les faits, ce jeune allait comparaître immédiatement, je pensais qu’une mesure exemplaire allait être prise, ce n’est pas le cas. »

Car pour le maire, les festivités de ce 14 août ont été plus qu’« animées ».

Déjà dans l’après-midi, deux jeunes ont agressé des joueurs de pétanque, ont jeté des cailloux sur des coureurs qui participaient à la course pédestre. Ils ont aussi retourné les tables du stand du Comité des fêtes.

Lors du feu d’artifice, ça a été calme. Et puis vers minuit, ils se sont battus, ils étaient quatre. L’un d’eux a donné un coup de couteau à un autre jeune, a agressé un sapeur-pompier.

Les jeunes ont été interpellés, l’agresseur présumé a été placé en garde à vue puis remis en liberté.

Ce jugement du 14 janvier, « ce n’est pas normal, poursuit Jean-François Théret. Je le redis, je ne me mêle pas du travail de la justice mais elle ne donne pas l’exemple. »

La Voix du Nord / GSCF
(Merci à Padamalgam & Fopastigmatizé)

Ce que contient le projet de loi Taubira

Le Point.fr s’est procuré « l’avant-projet de loi » du ministère de la Justice qui détaille les mesures envisagées par la réforme pénale. Vous avez dit laxisme ?

Le grand flou. La réforme pénale de Christiane Taubira doit être présentée en septembre en Conseil des ministres. Et rien n’est encore gravé dans le marbre. « Le travail autour de ce texte est encore en cours et fait toujours l’objet d’arbitrages », explique la Chancellerie. Pour le moment, nul ne connaît encore la teneur exacte de la réforme. L’Union syndicale des magistrats (USM), le Syndicat de la magistrature (SM) et la CGT pénitentiaire, qui représente notamment les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP), disent tous n’en « connaître que les grandes lignes ». Mais personne n’a eu accès au projet de loi complet. Le Point.fr s’est procuré le document présenté comme « Le projet de loi relatif à la prévention de la récidive et à l’individualisation des peines ». Il détaille les mesures que la Chancellerie souhaite prendre pour lutter contre la récidive et la surpopulation carcérale. Cet avant-projet de loi est la source du récent clash entre Christiane Taubira et Manuel Valls, qui a demandé un arbitrage de l’Élysée.

Nous vous en livrons les premières grandes lignes, qui concernent particulièrement la lutte contre la récidive.

La sortie aux deux tiers de la peine. La situation des personnes condamnées à des peines de moins de 5 ans sera désormais « obligatoirement examinée (…) afin que soit prononcée une mesure de sortie encadrée », explique le texte. La sortie se fera sous la forme d’une semi-liberté (la personne dort en prison), d’un placement sous surveillance électronique (PSE), d’un placement à l’extérieur ou encore, selon les cas, d’une libération conditionnelle. La libération automatique du prisonnier aux deux tiers de la peine devient donc un principe.

Si le JAP estime un individu dangereux, il pourra néanmoins prendre « une ordonnance spécialement motivée », pour empêcher sa sortie. Mais Christiane Taubira va plus loin. Dans l’article 7 de l’avant-projet de loi, elle souhaite rendre « obligatoire » l’examen des longues peines (plus de cinq ans de prison) aux deux tiers de leur exécution, en vue d’une éventuelle libération conditionnelle. Ces mesures avaient été préconisées en janvier par le député PS Dominique Raimbourg, dans un rapport d’information sur les moyens de lutte contre la surpopulation carcérale.

Des réductions de peine pour les récidivistes. En matière d’aménagement et de réduction de peines, Christiane Taubira veut calquer le régime des récidivistes sur celui des non-récidivistes. Notre Code pénal prévoit en effet des réductions de peine « pour les condamnés qui manifestent des efforts sérieux de réadaptation sociale« . Pour les récidivistes, cette réduction ne peut excéder deux mois par année de prison ou quatre jours par mois lorsque la peine qui reste à subir est inférieure à un an. Christiane Taubira propose d’aligner ces délais sur ceux des non-récidivistes, à savoir trois mois et sept jours, sauf avis contraire du JAP.

La peine d’emprisonnement en dernier recours. Lorsque le juge n’inflige pas une une peine de prison avec sursis, et qu’il choisit donc l’emprisonnement ferme, le Code pénal l’oblige à motiver sa décision. Cependant, lorsque la personne est récidiviste, il n’est pas obligé de le faire. Christiane Taubira souhaite faire disparaître cette possibilité.

- Suppression du mandat de dépôt obligatoire pour les récidivistes. La Chancellerie souhaite supprimer l’article 465-1 du Code de procédure pénale qui dispose : « S’il s’agit d’une récidive légale au sens des articles 132-16-1 et 132-16-4 du Code pénal, le tribunal délivre mandat de dépôt à l’audience, quel que soit le quantum de la peine prononcée, sauf s’il en décide autrement par une décision spécialement motivée. »

Le Point

Sécurité : « Les CRS doivent jouer avec les ‘jeunes’ » (P. Durand/RMC)

Invité des GG de RMC, Pascal Durand (EELV) livre les solutions des Verts concernant la sécurité. Il craint que son mouvement politique soit balayé par le Front National aux européennes de 2014.

« Je pense que le Front National est en train de gagner une partie de la bataille de l’opinion. C’est regrettable. Parce qu’en période de crise, on a tendance à aller vers les solutions simplistes, parce qu’ils ont un discours qui est un discours direct, qui est entendu par les Françaises et les Français. » – Pascal Durand

« On ne doit pas construire de nouvelles prisons ! » (Delapierre/RMC)

Dans les GG de RMC, le bras droit de Jean-Luc Mélenchon, François Delapierre, donne la vision de la justice et de l’ordre du Front de gauche. Il se dit opposé à l’interdiction du voile musulman.

« On invente [...] des ennemis imaginaires. J’en prends qu’un parce que c’est le plus caricatural : la question du terrorisme islamiste. On est convaincu que c’est une menace absolument terrible pour notre pays ! » – François Delapierre

« La ligne Taubira, c’est la ligne sérieuse ! » – François Delapierre