Bernard-Henri Lévy et le «vive la haine» généralisé

Tribune de Bernard-Henri Lévy sur son blog La Régle du Jeu.

En ces temps de quenelles et de bananes, de haines rances et de clameurs incendiaires, en ces temps de ressentiment généralisé et de rivalités vindicatives, il y a un mot qui fait défaut et qu’il faudrait réinventer : le mot de fraternité.

Il n’a pas bonne presse, ce mot. […]

Cette fraternité n’est pas un mot d’ordre, c’est un horizon. Ce n’est pas un programme, c’est un idéal, une perspective, une utopie.

Ce n’est pas le troisième terme d’une devise usée jusqu’à la corde, c’est une idée régulatrice qui fait que les deux autres conjurent leurs penchants criminels.
C’est cela qu’avaient en tête, il y a trente ans, quand fut fondé SOS Racisme, les protagonistes d’une belle aventure, étrangement diffamée ces jours-ci, alors que nous lui devons d’avoir, pour un temps, tenu la bête en lisière.

C’est cet esprit que devraient retrouver, à droite autant qu’à gauche, les républicains qu’inquiètent le retour des identités-prisons, le choc des communautés rivalisant dans la protestation victimaire et dans les droits censés lui être attachés , le «vive la haine» généralisé.

La Règle du jeu

«80 ans de l’accession d’Hitler au pouvoir : l’Europe doit encore lutter contre le racisme»

Lettre ouverte à Angela Merkel Benjamin Abtan, président de l EGAM ((European Grassroots Antiracist Movement), à l’occasion des 80 ans de l’accession d’Hilter au pouvoir.

L’ordre actuel des priorités doit être renversé, et la question centrale des démocrates européens doit être : comment donner du souffle au projet civilisationnel que porte l’Europe, fondé sur la Paix, la démocratie, l’Égalité, et le dépassement des identités particulières en une identité collective plurielle et diverse ?

Madame la Chancelière,

Plus qu’aucun autre, votre pays porte la responsabilité des crimes du national-socialisme. Plus qu’aucun autre, votre pays a accompli un travail d’histoire et de mémoire qui procure aux jeunes générations un supplément de lucidité quant au danger que représentent l’antisémitisme et le racisme.

Alors que nous commémorons ces jours-ci le 80e anniversaire de l’accession d’Adolf Hitler au poste de Chancelier, vous avez rappelé les principes de responsabilité et de vigilance qui guident l’Allemagne depuis près de soixante-dix ans. Ils résonnent avec force en Europe alors que, depuis plusieurs années, le racisme, l’antisémitisme et l’extrême-droite se développent. […]

A cet égard, la persistance des ghettos de tsiganes en Slovaquie, Roumanie, République Tchèque et Bulgarie, les meurtres antisémites en France, de Roms en Hongrie, d’individus d’origine turque en Allemagne, les manifestations annuelles d’anciens SS en Lettonie, le massacre d’Utoya en Norvège, la stigmatisation des musulmans et la montée des discriminations raciales sont des états de fait insupportables qui doivent être dénoncés avec vigueur. […]

En particulier, la vigilance démocratique de l’Allemagne devrait vous pousser à exiger du Premier ministre Samaras le respect de son engagement d’exclure les néo-Nazis de la délégation parlementaire grecque au Conseil de l’Europe, ce qui est faisable, légal et une nécessité démocratique. […]

Le Nouvel Obs

«La normalisation de l’islam en France a pris son chemin»

Pour Hassan Safoui, président de l’Association Islamique et Culturelle du Calvados, malgré les «relents nauséabonds de la haine anti-islam» l’islam se normalise en France.

[…] D’aucuns persisteront toujours à considérer l’Islam étranger à la France. Ces assimilationnistes, s’ils en avaient la possibilité, contraindraient les enfants à manger du porc dans les cantines, chasseraient les femmes voilées car elles les crispent, feraient tout pour empêcher la construction des mosquées, voire s’attaqueraient à celles déjà construites.

Le véritable défi, est celui de l’égalité. Ni les politiques, ni les citoyens de confession musulmane ne doivent céder à la tentation du pire et aux assauts des racistes, qui ont trouvé aujourd’hui l’argument de la laïcité, pour cacher leur visage haineux.

Le moment est crucial, et l’histoire est riche en renseignements. La normalisation de l’Islam en France a pris son chemin, et il est normal que la crispation prend de l’ampleur, devant les angoisses qui se multiplient, contraignant les gens à ériger des identités qui se confrontent. Mais il faut savoir raison garder, il en va de notre démocratie, et de la société que nous souhaitons laisser à nos enfants.

oumma.com

La société française piégée par la guerre des identités

Jean-Loup Amselle, anthropologue, professeur à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), auteur de L’Ethnicisation de la France constate l’échec du multiculturalisme, en France et en Europe.

Par une sorte d’effet boomerang, l’apparition au sein de l’espace public de minorités ethno-culturelles et raciales a provoqué, dans chaque cas, le renforcement d’une identité «blanche» et chrétienne.

Il est d’ailleurs symptomatique que le Front national et les Indigènes de la République se soient référés tous deux, lors de l’affirmation de ce modèle, à des expressions proches pour désigner l’identité majoritaire : les «Français de souche» dans un cas, les «souchiens» dans l’autre.

A la différence d’autres pays comme les Etats-Unis, où les différentes «communautés» semblent pouvoir vivre les unes à côté des autres, l’essor du multiculturalisme en France se traduit donc par une montée tangible du racisme appliqué au discours public ou dans le discours public. […]

De façon paradoxale, en effet, cette droite et cette extrême droite, en défendant la République et la laïcité sur des bases islamophobes défend par contrecoup des valeurs culturelles tout aussi ethnicisées, mais «bien de chez nous». […]

Le Monde

Serg Mokanda : «La République française tient un discours schizophrénique»

Serg Mokanda, a publié Un Noir en Colère (ed. afromundi) en mars dernier. Français d’origine camerounaise, il est diplômé en gestion des entreprises et dirige l’association Afro’Events qui participe à la «promotion de la diversité culturelle africaine». L’auteur tente dans son livre de «cerner les obstacles qui freinent l’élan de la société française vers un mieux vivre-ensemble».

L’intégration des Noirs et des Arabes n’est pas plus compliquée que celle des autres immigrés. Les immigrés italiens du début du siècle dernier ont rencontré les mêmes difficultés. L’intégration n’a rien à voir avec la couleur de peau ou la religion.

Pensez-vous que dans le cas de l’arrivée des immigrés clandestins tunisiens sur l’île de Lampedusa, par exemple, il s’agisse d’un pur fantasme ?

Il faut distinguer l’immigration naturelle, qui est à l’origine d’une population métissée, de l’immigration humanitaire que rencontre actuellement l’Italie. L’immigration n’a jamais été un problème en soi. Le déplacement d’un individu d’un point A vers un point B est naturel. C’est la confusion entre ces deux formes d’immigration qui est instrumentalisée. […]

A la lecture de votre livre, on pourrait penser que la France est un Etat communautaire…

Ce que je défends dans mon livre, c’est que les communautés, les identités existent. La république française tient un discours schizophrénique qui consiste à dire que ces communautés n’existent pas. Il vaudrait mieux reconnaître que la France est constituée d’identités multiples. Le modèle assimilationniste français est à bout de souffle. Les émeutes de 2005 étaient des révoltes de reconnaissance. Le nier consisterait à rentrer dans une logique conflictuelle. Mon discours est pragmatique. Vivre-ensemble, c’est connaître et reconnaître les identités. […]

Quelle est votre position sur le racisme anti-blanc ?

On ne peut pas renvoyer dans le même coin racisme anti-blanc et négrophobie. Il existe par exemple une différence numérique, en termes de chiffre. Les deux formes de racisme existent mais la négrophobie est dominante. Il ne s’agit pas de faire une hiérarchisation. […]

Afrik.com

Du malheur de porter un prénom anglo-saxon

Héritiers de la génération «Beverly Hills», les Brandon, Cindy ou Jordan sont victimes de préjugés. En France, les sociologues pointent les discriminations dont ils font l’objet à l’école comme à l’embauche.

A capacités égales, ils auront de moins bonnes notes à l’école et moins de chances de voir leur CV retenu à l’embauche qu’un Pierre, un Thomas ou une Anna. S’appeler Kevin, Dylan ou Shirley ressemble à un boulet. En France, des discriminations de ce type ont été dûment observées par les sociologues.

Les préjugés alimentent les inégalités de l’école jusqu’au monde professionnel. A CV égal, un Jordan verra ses chances de décrocher un job amputées de 10 à 30% par rapport à un postulant portant un prénom plus conventionnel, selon Jean-François Amadieu, le directeur de l’Observatoire des discriminations.

Associés à certaines sériés télé niaises qui cartonnaient au tournant des années 1990, reflet d’une «sous-culture» ringardisée et méprisée, ces prénoms jouent aujourd’hui un rôle de marqueur impitoyable de l’origine sociale, comme le constatait récemment Jean-François Amadieu dans Le Parisien: «Ces prénoms ont été plébiscités par les milieux défavorisés, auxquels on associe un faible niveau culturel.»

La génération «Beverly Hills», du nom de la célèbre série télé, a grandi. Raillés, discriminés, certains, devenus adultes, cherchent carrément à changer ce prénom qu’ils ont l’impression de traîner comme une malédiction et dans lequel ils ne se reconnaissent pas. Les premières demandes ont été enregistrées devant les tribunaux de l’Hexagone (…)

Le Matin.ch

Entretien avec A. de Benoist : les enjeux de la décroissance

Cet entretien a précédé la publication, en 2007, de l’ouvrage intitulé Demain la décroissance (le titre prévu initialement : Objectif décroissance, était déjà pris).

Alain de Benoist nous explique pourquoi l’écologie n’est en rien un domaine réservé aux gauchistes, altermondialistes et autres bourgeois-bohèmes en goguette, ni ne constitue nécessairement une vision du monde contraire au respect des identités, ou une conception rétrograde de l’existence.

Par opposition au mythe de la croissance infinie, apanage tant des théories économiques libérales que des postulats marxistes, la décroissance paraît inéluctable. De Benoist propose d’en tirer parti, au lieu de la subir.

Quelle est la genèse de l’idée de la décroissance ?

Elle est apparue dans les milieux écologistes lorsque ceux-ci ont commencé à réaliser que, l’activité économique et industrielle étant la cause première des pollutions, il était nécessaire de s’interroger sur la notion même de développement.

Elle est née aussi d’une réaction contre la théorie du « développement durable » qui, prétendant réconcilier les préoccupations écologiques et les principes de l’économie marchande, aboutit seulement à reporter les échéances.

Sur le plan scientifique, le premier grand théoricien de la décroissance a été l’économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen qui, en s’appuyant principalement sur le deuxième principe de la thermodynamique, la loi de l’entropie, a très tôt présenté la décroissance comme une conséquence inévitable des limites imposées par la nature.

Suite et coms sur Fortune