«Le FN de Marine Le Pen n’a renoncé à aucune des idées mortifères qui l’animent» (Edito du Monde)

Editorial du Monde sur la fin du «front républicain» et la stratégie à adopter contre le Front national.

Au-delà de tactiques électorales caduques, il faut donc revenir à l’essentiel : le combat politique contre un parti qui, s’il avance masqué, n’a renoncé à aucune des idées forces, et mortifères, qui l’animent – attiser les peurs de la société française, stigmatiser les «élites», rejeter l’Autre dès lors qu’il n’est pas «gaulois», fermer les frontières du pays contre l’Europe et la mondialisation.

Trente ans durant, Jean-Marie Le Pen a été le « diable de la République ». Tel ou tel à droite cédait, parfois, à la tentation de passer un pacte avec lui. Mais, dans l’ensemble, il restait infréquentable. Dès que le Front national menaçait, comme en 2002, gauche et droite appelaient leurs électeurs à lui faire barrage en votant pour le candidat républicain restant en lice.

Force est de reconnaître que cette digue du «front républicain» a cédé. […]

Depuis deux ans, la gauche a profondément déçu. Supposée morale, elle s’est fracassée sur le scandale Cahuzac. Proclamée «normale», elle s’est engluée dans l’hésitation et l’amateurisme. Présumée sérieuse, elle est, à ce jour, impuissante à juguler la crise économique et sociale qui mine le pays. C’est sur ce terreau que prospère aujourd’hui le FN.

Ce combat suppose un projet d’avenir, une équipe cohérente, une pédagogie solide. C’est urgent.

Le Monde

Les élites françaises ont honte de la France

L’ancienne directrice de l’ENA, fille d’instituteurs, Marie-Françoise Bechtel, députée de l’Aisne apparentée au groupe socialiste, livre ici un regard très critique sur le rapport des classes dirigeantes françaises à notre nation. De sa fréquentation des politiques à celle des élèves des grandes écoles, elle a rapporté de nombreuses anecdotes édifiantes.

Face à ça, dans cette période de crise, en France, le peuple se replie sur la nation, et comme on lui interdit d’être fier de son pays, qu’à longueur d’émission de télévision on lui explique que la France est une nation rance et sur le déclin, il prend le mauvais chemin, une mauvaise direction. Tous ces petits messieurs font le jeu du Front national.

Vous venez d’affirmer dans un entretien publié dans l’Expansion que «la spécificité française tient surtout à la détestation des élites envers la nation». Pouvez-vous préciser cette pensée et la justifier par quelques exemples ?

C’est une idée qui me poursuit depuis assez longtemps. Je me souviens l’avoir soutenue pour la première fois dans un entretien accordé à Joseph Macé-Scaron dans le Figaro fin 2000. Je lui avais dit que j’étais très frappée de voir à quel point les élites britanniques étaient fières de leur nation. Aujourd’hui, pour moi, c’est plus que jamais un constat absolu et évident. Les élites françaises ont honte de la France, ce qui n’empêche qu’elles peuvent avoir un comportement extrêmement arrogant, même si cela peut paraître paradoxal. […]

Autre exemple qui m’a été raconté de première main et qui illustre ce mélange de déni et d’arrogance. Dans les négociations européennes de 1997 à 1999, en vue de la conclusion du traité de Nice, Pierre Moscovici, alors ministre délégué aux Affaires européennes, avait traité les petits pays avec une morgue incroyable, coupant la parole aux uns, leur demandant d’abréger leur discours, exigeant que le représentant de la Belgique se taise.

C’est ce même Pierre Moscovici, toute son action le démontre, qui est persuadé que la nation française a disparu, que nous sommes devenus une région de la grande nébuleuse libérale et atlantisée.

Aucune partie de nos élites ne trouve grâce à vos yeux ?

Je n’ai aucune admiration pour la grande majorité des élites économiques, mais je pense qu’il y a des exceptions. Ainsi, par exemple, Jean-Louis Beffa, l’ancien patron de Saint-Gobain, me semble avoir encore une conscience nationale. En revanche, ce n’est pas du côté des banques qu’il faut chercher. L’épargne française est énorme, 17 % du revenu… Qu’en font-elles ? Rien, ou plutôt rien d’utile à notre pays. […]

Généralement, les hauts fonctionnaires partagent l’idéal européiste angélique et vertueux. Ils ont tous appris que «l’Europe est notre avenir». Sur ce sujet, leur esprit critique est assez peu développé. Ils pensent tous que la France est une affaire dépassée.

Pour conclure, avec de tels propos, ne craignez-vous pas de rejoindre les intellectuels et politiques qui ont été qualifiés de «néocons» par l’hebdomadaire le Point ? Méfiez-vous, vous vous retrouvez en compagnie de Marine Le Pen…

Oublions le ridicule inventaire du Point. Je pense que, si l’on avait davantage écouté Jean-Pierre Chevènement, mieux, si on l’avait élu en 2002, on verrait aujourd’hui ce qu’est la différence entre une conception ouverte, généreuse et patriotique de la nation et le repli frileux, pour ne pas dire infantile, sur des valeurs régressives. Le problème aujourd’hui est de faire comprendre aux Français que la nation bien comprise est source de modernité, non de repliement : mais comment le leur faire comprendre alors que, à gauche comme à droite, l’Europe telle qu’elle dérive est devenue «la grande illusion» ?

Marianne

Jean Lassalle : «J’ai pu constater une cassure du lien humain, entre peuple et élites. Les gens n’envisagent plus de destin commun.»

Après 8 mois de marche et plus de 6000 kilomètres «à la rencontre des Français» le député du MoDem Jean Lassalle estime que «la France est minée par le doute».

Marine Le Pen au second tour en 2017, avec un score meilleur que son père, c’est un scénario plausible à mon sens. J’ai même vu des élus locaux, avec leur écharpe tricolore, la larme à l’œil, m’avouer qu’ils voteraient FN. La seule manière, selon eux, de remettre ce pays face à ses responsabilités.

Vous avez pris le pouls d’un pays en crise. Quel est votre diagnostic ?

Une profonde remise en cause de l’Europe. On nous reproche à nous, élus, d’avoir transformé le rêve d’un espace fraternel et social en une jungle du libre-échange où tous les coups sont permis. Plus largement, j’ai pu constater une cassure du lien humain, entre peuple et élites. Les gens n’envisagent plus de destin commun. Les partis politiques sont détestés à un point inimaginable ! Et les médias aussi.

Vous évoquez une montée des tentations extrêmes.

J’ai pu le vérifier au cours de centaines d’entretiens où les gens se sont confiés. Les représentants religieux que j’ai rencontrés à Lyon, le responsable du culte musulman notamment, étaient très inquiets. Certaines zones sont épargnées par ce sentiment : des régions à l’histoire et à l’identité fortes, où le désespoir est moins marqué – Alsace, Bourgogne, Sud-Ouest, Bretagne, Corse.

Pour certains, le FN a déjà gagné les prochaines élections…

Pas les municipales. Parce que le maire est préservé du rejet généralisé des politiques. Pour les européennes par contre, les discours étaient hélas souvent totalement désinhibés. […]

Paris Match

Art contemporain : Les élites contre le peuple

L’art contemporain revendique volontiers l’héritage des « maudits » et des scandales du passé. Et cependant, « artistes » et laudateurs d’aujourd’hui ne réalisent pas que leurs scandales ne combattent plus les tenants de l’ordre dominant, mais ne constituent en fait qu’un outil de plus de la domination bourgeoise.

« La Vénus aux chiffons », œuvre de Michelangelo Pistoletto (artiste italien contemporain co-fondateur de « l’Arte Povera »), actuellement exposée dans l’aile Denon du musée du Louvre.

Par ce qu’il prétend dénoncer, l’« art » dit « dérangeant » participe de la domination libérale, capitaliste, oligarchique et ploutocratique, à la destruction du sens collectif au profit de sa privatisation, à cette démophobie qui a remplacé dans le cœur d’une certaine gauche la haine des puissants et des possédants. Cet « art » dit « dérangeant » est en parfaite harmonie avec ces derniers.

Suite et commentaires sur Fortune

«C’est de République et pas de guerre civile dont la France à aujourd’hui besoin» (Libé)

Article d’Eric Decouty dans Libération.

La litanie des affaires impose des décisions fortes, pas des coups de menton. Et si la référence au peuple, qui peut légitimement se sentir floué par ses élites, est indispensable, elle ne doit pas se résumer à une marche de colère dont on voit bien ce qu’elle portera d’antiparlementarisme et de rejet de la démocratie.

Il y a d’abord un constat. Celui d’une succession de scandales politiques et financiers qu’aucune loi, aucun jugement ne parvient à interrompre.

Il y a ensuite un sentiment chez une majorité de citoyens. Celui d’une classe politique corrompue qui aurait abandonné le service public pour son propre intérêt. Un sentiment que Jérôme Cahuzac, ministre de la rigueur dissimulant son magot en Suisse, a poussé jusqu’à l’écœurement. […]

La VIe République, que le leader du front de gauche appelle de ses vœux, est inéluctable, mais cette refondation de la vie politique ne lui appartient pas. Elle est l’affaire de tous et ne se fera pas dans l’opposition d’un peuple fantasmé contre les élites. En pleine crise politique et sociale et à la veille d’une crise morale, c’est de République et pas de guerre civile dont la France à aujourd’hui besoin.

Libération

Lagarde, Cahuzac, Sarkozy…Eva Joly : «Cette succession d’affaires est une bombe à fragmentation»

La députée européenne Europe Ecologie-les Verts Eva Joly,ancienne juge et candidate à la présidentielle, dénonce avec vigueur les affaires, à droite comme à gauche. Elle propose le lancement en France d’un plan d’urgence contre les affaires, à la manière du mouvement Mani pulite en Italie dans les années 1990.

Nos élites doivent se ressaisir. Leurs égarements sont d’autant plus insupportables pour les Français qu’ils ont été incapables de combattre la crise qui frappe les citoyens ordinaires.

Jérôme Cahuzac aurait-il dû démissionner plus tôt ?

Oui. L’effet de son maintien est désastreux. L’ouverture d’une information pour blanchiment de fraude fiscale, quand on est ministre du Budget qui doit trouver les milliards qui manquent et demander des économies, c’est intolérable. Affirmer les yeux dans les yeux, aux députés et aux citoyens, qu’il n’a pas de compte et se voir démenti parce que sa voix est reconnue… c’est pathétique. Mais cette affaire révèle aussi un certain dysfonctionnement du système : Jérôme Cahuzac a été, tour à tour, au cabinet du ministère de la Santé et conseiller des laboratoires pharmaceutiques. Quelque chose ne tourne pas rond dans notre système. […]

François Hollande doit retrouver l’esprit du Bourget. ll s’est fait élire avec la promesse de combattre la finance mais sa main a tremblé.

Cette semaine il y a également eu une perquisition au domicile de Christine Lagarde dans l’affaire Tapie. Ces successions d’affaires ne vont-elles pas profiter au Front national ?

Quelle semaine! J’avais mis en garde contre la nomination de Christine Lagarde au FMI en disant qu’elle risquait une mise en examen dans le dossier Tapie. Cette succession d’affaires qui nourrit l’idée du « tous pourris » est une bombe à fragmentation pour la démocratie! Nos élites doivent se ressaisir. Leurs égarements sont d’autant plus insupportables pour les Français qu’ils ont été incapables de combattre la crise qui frappe les citoyens ordinaires. Crise politique et crise économique s’alimentent l’une l’autre. C’est le même système qui est à genoux devant la finance et laisse prospérer l’impunité. Dans les deux cas, ce qu’il faut, c’est un retour de l’éthique, du sens des limites, du respect des règles. […]

Le Parisien

Sondage : La sourde colère des «invisibles»

D’après un sondage exclusif Ifop-Valeurs actuelles jamais les Français n’ont été aussi pessimistes pour leur situation personnelle que sous le mandat de Hollande. Petits patrons, enseignants, policiers, infirmières… Après la crise de confiance, le choc de la défiance ?

Entre le président de la République et ceux qui constituaient, autrefois , le socle électoral de la gauche, c’est un véritable abîme qui s’est creusé. Le combler relève, pour l’heure, d’une mission quasi impossible.

Il avait promis, durant sa campagne, d’être «le président de la confiance» et de «redonner confiance à la France». Pari perdu. Huit mois après son élection, seuls 12 % des Français, selon notre sondage exclusif Ifop-Valeurs actuelles, pensent que leur “situation personnelle se sera améliorée à la fin du mandat de François Hollande”. Contre 44 % qui estiment qu’elle va se dégrader et le même nombre qui juge qu’elle ne va pas évoluer. À ce terrible désaveu pour le chef de l’État s’en ajoute un autre : c’est parmi les catégories populaires que la défiance est la plus forte : 9 % des ouvriers et 10 % des employés — moins de un sur dix au total — jugent que son action aura un impact positif sur leur vie quotidienne. […]

C’est peu dire, pourtant, que les «élites» intellectuelles, pas plus que les politiques, n’ont su tirer les conclusions qui s’imposaient. Persévérant, au risque d’une explosion du «populisme», à privilégier encore et toujours les intérêts des «minorités visibles» sur les attentes de cette «majorité d’invisibles». Là où ces derniers sont niés, voire piétinés, les premiers continuent d’être l’objet de tous les soutiens.

Inventé, en 2006, par le sociologue et universitaire Stéphane Beaud dans son livre la France invisible (La Découverte), le terme recouvre «ces millions de femmes et d’hommes qui, malgré leur nombre, sont masqués, volontairement ou non, par les chiffres, le droit, le discours politique, les représentations médiatiques, les politiques publiques, ou se retrouvent enfermés dans des catégories dépassées qui occultent leur condition d’existence». […]

Valeurs actuelles

PS et ouvriers : «On est passé de l’abandon au mépris»

La plume est cinglante comme après un amour déçu. «De l’abandon au mépris : comment le PS a tourné le dos à la classe ouvrière», ainsi s’intitule le livre publié jeudi par Bertrand Rothé, professeur d’économie à l’université de Cergy-Pontoise.

Dans cet ouvrage historico-économique, l’auteur revient sur les «trahisons» du parti à la rose vis-à-vis de ceux auxquels il avait tant promis en 1981, lors de sa première accession au pouvoir sous la Ve République. (…) Interview.

(…) quel est ce «mépris» dont vous parlez ?

Il est le fait autant du PS que des élites françaises en général. Il consiste à représenter les ouvriers en imbéciles violents, voire racistes. (…)

A partir des années 1980, (…) les socialistes ont abandonné cette catégorie sociale pour se consacrer à la défense des minorités ethniques. Et pas de tous les immigrés, pas des vieux par exemples : des jeunes immigrés, sous la devise un brin condescendante «Touche pas à mon pote». C’est médiatique, ça passe bien, ça fait festif. (…)

Suite et commentaires sur Fortune

Eric Anceau : « La trahison des élites »

têtes piques

Eric Anceau est un historien français, maître de conférence à Paris IV-La Sorbonne et enseignant à Sciences-Po, spécialiste du Second Empire et des élites en France de 1815 à nos jours. Il a notamment écrit une biographie de référence de Napoléon III. Il est membre de Debout La République et de son contre-gouvernement. (NDLR)

« Aujourd’hui, l’élite est en complet déni de la réalité et en totale incapacité de proposer une issue raisonnable à la crise dans laquelle elle a largement contribué à précipiter le pays.»

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Mais pourquoi les Français aiment-ils tant mettre la tête de leurs élites sur des piques ?

[...]

Eric Anceau : [...] Nous assistons actuellement à une forme d’oligarchisation du pouvoir, de collusion. Certes, l’élite est plurielle, mais à certaines périodes, elle a tendance à passer du pluriel au singulier. En cela, notre période actuelle rappelle furieusement 1788-1789. On passe d’élites extrêmement diversifiées à une sorte d’élite unique. C’est ce qu’avait identifié, pour la démocratie américaine, le sociologue Charles Wright Mills dans The Power Elite en 1955. En France, Raymond Aron affirmait au même moment que la France ne courait pas ce risque : elle n’avait pas qu’une élite, elle en avait plusieurs. Le phénomène que dénonçait Mills est en train de réapparaitre en France selon moi : une collusion de l’élite. [...]

On traverse une très importante crise économique qui est aussi une crise sociale mais également une crise de civilisation. Je pense donc que la situation est aussi explosive, voire plus, qu’en 1789. Il y a néanmoins des différences, comme l’a montré Guy Debord. Il y a une atmosphère lénifiante. On adore les passions. Donc bien que la situation soit gravissime, et qu’il y ait des clivages comme il n’y en a pas eu depuis très longtemps, je ne pense pas qu’on débouche sur une situation révolutionnaire. L’époque est prérévolutionnaire, mais je ne sais si elle deviendra révolutionnaire !

Atlantico

Rachida Dati avait jusqu’à huit liaisons en même temps, selon l’avocate du père présumé

Selon une information du Monde.fr, Dominique Desseigne, assigné en justice par Rachida Dati pour reconnaissance de paternité, ignore lui-même s’il est le père de Zorah. Selon lui, celle qu’il appelle sans jamais la citer « la dame » avait à l’époque plusieurs liaisons en même temps. Son avocate recense, via les informations retrouvées dans la presse, jusqu’à huit relations.

La Dépêche

Michèle Tribalat (INED) : « Les élites aiment l’islam à distance, tout en prêchant la mixité pour les autres »

Je ne sais pas si les Français ont peur de l’islam. Ils ont peur de perdre leur ascendant culturel. Les élites aiment l’islam à distance, tout en prêchant la mixité pour les autres. Les Français des classes populaires qui sont au front de la cohabitation ont compris, je crois, qu’ils n’avaient plus la légitimité pour faire pression afin que les musulmans s’adaptent aux modes de vie qui sont les leurs, ce qu’on appelait autrefois l’assimilation, et que ces derniers n’y sont pas disposés.

Ils se rendent compte que, dans certains environnements, leurs propres modes de vie deviennent minoritaires. Comme ils ne reçoivent aucun soutien, et c’est même souvent le contraire, ils votent avec leurs pieds et optent pour un type d’habitat où ils préservent leur mode de vie. L’option pour le rural et les communautés périurbaines est un choix raisonné des catégories populaires (cf. graphique)

Atlantico