Patrick Bloche et Yves Durand (PS) : «L’instruction publique a laissé heureusement sa place à l’éducation nationale»

Tribune de Patrick BLOCHE (Président de la commission des Affaires culturelles et de l’Education de l’Assemblée nationale, député PS de Paris) et Yves DURAND (Rapporteur à l’Assemblée nationale de la loi sur la refondation de l’école de la République, député PS du Nord) : « Parents, si vous saviez… ».

L’école doit permettre à tous les élèves d’acquérir un socle commun de connaissances, de compétences et de culture dont les valeurs de la République font partie intégrante.

Mais l’extrême droite détesterait-elle à ce point la République qu’elle interdirait aux enseignants de transmettre une valeur aussi universelle que l’égalité ? L’égalité, notamment entre filles et garçons, serait-elle à ce point contre nature pour les intégristes, qu’elle devrait être exclue du socle commun qui fonde la nation composée de citoyens ?

Les slogans hurlés lors des manifestations ces derniers dimanches et les appels au boycott de l’école rappellent trop la période où la République était la «gueuse» pour ne pas s’en alarmer fortement. […]

Mais l’école est aussi le lieu d’apprentissage de la citoyenneté. L’instruction publique a laissé heureusement sa place à l’éducation nationale parce qu’éduquer ce n’est pas uniquement apprendre à lire, écrire et compter en abandonnant l’enseignement de la morale et des valeurs à d’autres.

La confiance, c’est aussi le respect que l’école doit à chaque enfant et à sa famille grâce à la laïcité qui doit être partagée par tous.qui doit être partagée par tous. C’est l’objectif de l’enseignement de la morale laïque voulu par le ministre de l’Education nationale. Enseigner la morale laïque, ce n’est pas inculquer une pensée contre une autre mais au contraire acquérir les pratiques qui permettent de les examiner toutes avec le même esprit critique. La morale laïque c’est la volonté indestructible de transcender les différentes cultures, les convictions divergentes pour en dégager les valeurs universelles qui nous unissent.

C’est en cela que la morale laïque est le ciment de la nation et le fondement de la citoyenneté. […]

Libération

«Stricte égalité des chances entre gendarmes et voleurs»

Quand le jeu des «gendarmes et des voleurs» est revisité par les ABCD de l’égalité, cela donne une saisissante fiche technique de trois pages. Il s’agit de l’une des «séances pédagogiques» proposées aux enseignants pour «rompre avec les images et attitudes véhiculées par l’école et la société».

À la demande des ministères de l’Éducation nationale et des Droits des femmes, des experts ont été chargés de plancher sur des outils pédagogiques pour «faire prendre conscience aux enfants des limites qu’ils se fixent eux-mêmes, des phénomènes d’autocensure trop courants, leur donner confiance en eux et leur apprendre à grandir dans le respect des autres».

«Les jeux traditionnels ne peuvent être utilisés de manière classique, où les plus faibles sont éliminés, peut-on lire, c’est contraire à l’éthique de l’école!»

(Merci à Herisson)

Nacira Guénif : « Certains parents migrants ont développé une méfiance envers l’école »

Après la « journée de retrait de l’école », organisée vendredi 24 et lundi 27 janvier, pour protester contre l’enseignement supposé de la théorie du genre qui a touché une centaine d’écoles, la sociologue Nacira Guénif, professeure à l’université Paris-VIII, revient sur son impact auprès de certaines familles d’origine musulmanes. Ses travaux de recherche portent sur les questions croisées de genre et d’ethnicité, le rapport entre immigration et intégration. (…)

Vous pensez qu’elle a touché une corde sensible chez certains parents ?

Certainement. Depuis des années, il existe de la part de certains parents migrants une méfiance envers l’école. Pour eux, cette institution n’est pas faite pour eux ni pour leurs enfants. Beaucoup ont un parcours scolaire fait d’échecs et d’incompréhension: mauvaises notes, incompréhension de ce qu’on attend d’eux. Stéréotypes sur leurs enfants forcément différents, orientation précoce vers des filières sans avenir… Les malentendus peuvent être multiples. C’est une défiance qui s’est jouée dans le temps : ces histoires scolaires à répétition qui s’échangent entre familles ont largement affaibli l’image de l’école dans les familles migrantes.

(…) Le Monde

Peillon veut des professeurs mieux formés pour enseigner la Shoah

Pour le ministre de l’Éducation, « le meilleur rempart contre les préjugés qui conduisent au racisme et à l’antisémitisme, c’est l’instruction ».

Vincent Peillon a annoncé lundi que les professeurs seraient à l’avenir mieux formés et dotés de moyens pédagogiques renforcés pour enseigner l’histoire de la Shoah, sujet sensible dans les écoles.

« Nous allons intensifier les formations autour de ces thèmes dans les Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé) et offrir davantage de ressources pédagogiques pour faire classe« , a déclaré le ministre de l’Éducation nationale, en visite dans l’académie de Grenoble pour la Journée internationale de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité. « Je veux que les enseignants, dont certains se sentent un peu démunis face à ces questions, aient les moyens de transmettre les valeurs fondamentales de l’école de la République », a ajouté Vincent Peillon….

En visite à l’école de Beauvallon de Dieulefit, village des Justes parmi les nations, le ministre a rappelé le rôle de la pédagogie dans la transmission de la mémoire et des valeurs aux plus jeunes. « On doit montrer à notre jeunesse que la France a su résister à des actes de racisme et de haine, que des professeurs ordinaires par leur acte de résistance ont sauvé des vies parfois au péril de la leur », a souligné Vincent Peillon.

Sous l’Occupation, plus d’un millier de personnes pourchassées par les Allemands, parmi lesquelles une majorité de Juifs et des enfants, ont trouvé refuge dans le pays de Dieulefit, dans la Drôme provençale. « Le meilleur rempart contre les préjugés qui conduisent au racisme et à l’antisémitisme, c’est l’instruction », a ajouté le ministre.

En France, l’enseignement de la Shoah est obligatoire dans les classes de troisième et de première ou terminale depuis la fin des années 1980. Depuis 1982, il peut être dispensé dès l’école primaire, généralement au CM2…

Le Point

Relire : «La Shoah, j’en suis gavé depuis la classe de troisième. Entre les émissions de télé, les séries, l’école, on ne parle que de ça. Moi, ça me fait du bien d’en rire avec Dieudonné.»

Vanessa Wisnia-Weill : « Les préjugés sexistes, c’est dès le plus jeune âge » (vidéo)

La psychanalyste Vanessa Wisnia-Weill, coauteur du rapport « Lutter contre les stéréotypes filles – garçons, un enjeu d’égalité et de mixité dès l’enfance » et le député UMP des Yvelines Jacques Myard étaient les invités de « RTL midi » mercredi 15 janvier.

Journal d’un prof débutant (épisode 21) : « C’est François Hollande qui a introduit les gays en France ? »

« Il s’est passé un truc. » Sophie n’en revient toujours pas : depuis le retour des vacances de fin d’année, les élèves se comportent – presque – bien. Même l’horrible classe de quatrième, d’habitude si pénible, se tient à carreau. La jeune prof n’est pas dupe pour autant : « Nous sommes, eux comme moi, bien disposés, reposés et calmes….

Et cette nouvelle ambiance fait des miracles. Avec ses quatrième, Sophie a commencé le cours d’éducation civique. Au programme : l’exercice des libertés en France. « C’est formidable, le lien avec le siècle des Lumières étudié en histoire se fait tout seul ! » s’enthousiasme Sophie. « Non seulement ce chapitre les aide à comprendre l’intérêt de l’Histoire, mais le lien avec l’actualité était évident avec l’affaire Dieudonné. » Et les élèves de comprendre les enjeux du débat, et d’étendre leur réflexion dans une dimension presque philosophique : « Ils se sont eux-mêmes demandé comment gérer des propos antisémites. »

La discussion s’est emballée, les jeunes gens suivaient, participaient et n’en perdaient pas une miette. Certains interpellaient leur enseignante : « Mais, madame, la quenelle, ce n’est qu’un geste ! Et regardez, il y a même un footballeur qui en fait… » Et Sophie d’expliquer que derrière ce geste, il y a des mots, une idéologie. Que peut-être cette idéologie n’est pas saisie par tous ceux qui font ce geste. Que c’est justement pour savoir et comprendre ce qui se cache derrière des symboles qu’il est important d’aller à l’école. L’enseignante a ainsi retracé les grandes lignes de la Shoah, devant des élèves qui pour la quasi-totalité, n’en avaient jamais entendu parlé….

Comme lorsque l’on veut susciter une curiosité sur le Moyen Âge et l’époque moderne, et que l’on choisit dans ce but d’évoquer les méthodes de torture« , précise-t-elle.

« Je me suis arrêtée aux principes et aux grandes lignes du nazisme et de la Shoah, juste pour restituer le contexte. Cela viendra plus tard. »

Le cours était animé, les élèves étaient attentifs comme jamais. Et ne voulaient plus s’arrêter : euthanasie, homosexualité… « L’exercice des libertés » les a littéralement passionnés. « Ah bon, avant, être homo était un crime ? » s’étonne l’un d’entre eux. Et un autre de poursuivre : « Madame, c’est vrai que c’est François Hollande qui a introduit les gays en France ? » « Dans ces moments-là, je me sens utile », confesse Sophie.

Le Point

Une pétition contre «Tomboy» dans les écoles. «L’école est là pour enlever les carcans moraux» (MàJ)

Addendum 24.12.2013 :

«Grâce à ce débat sur Tomboy, dit-elle, j’ai ressenti que l’on peut encore sortir du processus de fanatisation. Le cinéma peut ouvrir les consciences, et l’école est là pour enlever les carcans moraux» (l’enseignante).

Après la séance, l’enseignante du collège de l’Oise a découvert les réactions de ses élèves de sixième : «Certains m’ont dit : l’homosexualité, c’est péché». D’autres ont réagi sur le thème, «si j’aurais su j’aurais pas venu». […]

Une élève issue d’une famille ivoirienne, et chrétienne, est venue la voir à l’issue du cours. «Pendant le débat, elle avait trouvé dégoûtant le baiser entre les deux filles. A la fin elle m’a quand-même dit : je vais réfléchir à ce qui a été dit. Comme si la question de l’homosexualité lui semblait dédiabolisée», raconte l’enseignante. Mais la mère de cette élève d’origine africaine n’a guère apprécié. […]

Le Monde

Tomboy (2011), le film de Céline Sciamma, raconte l’histoire d’une petite fille de 10 ans qui se fait passer pour un garçon. Et noue des relations ambigues avec une autre fillette.

Depuis septembre 2012, le film est inscrit dans le dispositif « Ecole et cinéma » : soutenu par le ministère de l’éducation nationale, et par le ministère de la culture, celui-ci initie les élèves à la culture cinématographique.

Les projections ont lieu au cinéma, pendant le temps scolaire, et les enseignants disposent d’une formation, et d’un livret, pour discuter autour de l’œuvre.

Depuis l’automne 2013, les projections de Tomboy suscitent des protestations qui rappellent la mobilisation contre le mariage gay et lesbien, il y a un an. Sélectionné au festival de Berlin, en 2011, Tomboy a réalisé 350 000 entrées dans les salles françaises. De plus, 46 800 élèves (de classes de CE2, CM1 et CM2) l’ont visionné dans le cadre du programme « Ecole et cinéma ».

La fronde est partie, entre autres, de la ville de Niort (Deux-Sèvres), et a été relayée dans la presse locale : « Tomboy a-t-il sa place à l’école ? », titrait Le Courrier de l’Ouest, le 9 décembre, s’appuyant sur la lettre qu’une mère avait envoyée à l’instituteur de son fils (en classe de CM1), à la directrice de l’école et au directeur académique : il est « tout à fait dangereux de laisser penser à des enfants de 9 ans que l’on peut changer de sexe, qui plus est sans dommage », estimait-elle. Le 12 novembre, La Nouvelle République, quotidien de la région Centre, soulignait la reprise des rassemblements contre le mariage homosexuel, et notait qu’un porte-parole désapprouvait la sélection de Tomboy à Tours, dans le cadre d’« Ecole et cinéma »…

Selon les statistiques d’« Ecole et cinéma », sur les 450 classes inscrites pour voir le film, à Paris, quinze d’entre elles se sont désengagées. Mais le taux de satisfaction des enseignants parisiens ayant visionné Tomboy est très élevé : 79 % d’entre eux ont jugé le film « très intéressant » – seul le film Peau d’âne (1970) de Jacques Demy a obtenu un score plus élevé, de 84 %.

Eugène Andréanszky rappelle enfin que Tomboy a été retenu dans le catalogue d’« Ecole et cinéma » « à une très large majorité », par une « instance » de vingt-deux membres, composée à parité d’experts de l’éducation nationale et de la culture. Dans le compte-rendu de cette réunion, qui a eu lieu le 15 juin 2011, on pouvait lire ceci, ajoute-t-il : « Il faut faire confiance à la capacité d’analyse des élèves et ne pas projeter des peurs d’adultes sur ce que pourraient penser des enfants. »

Le Monde, merci à Stigmatiseur

Benjamin Stora rejoint l’Inspection générale de l’éducation nationale

L’historien Benjamin Stora, spécialiste de l’histoire du Maghreb qu’il enseigne à l’université Paris XIII et à l’INALCO, a été nommé Inspecteur général de l’éducation nationale en conseil des ministres ce 11 septembre 2013 sur proposition du ministre de l’éducation nationale Vincent Peillon.

Il rejoint plusieurs historiens récemment nommés à ce poste comme Olivier Pétré-Grenouilleau ou Vincent Duclert.

Le blog de l’histoire

Relire : http://www.fdesouche.com/339398-benjamin-stora-lalgerie-cest-une-question-de-politique-interieure

Rappel : Charte de la laïcité 

11. Les personnels ont un devoir de stricte neutralité : ils ne doivent pas manifester leurs convictions politiques ou religieuses dans l’exercice de leurs fonctions.

 

 

Malika Sorel : Face à l’islam, l’Education nationale ne veut «pas de vague»

Membre de la commission laïcité du Haut Conseil à l’Intégration, l’essayiste Malika Sorel estime la laïcité menacée à l’école et s’alarme d’une situation «gravissime». Les enseignants, peu soutenus par l’administration, ont lâché prise, explique-t-elle.

Nombre de situations ont été acceptées par l’administration de l’Education nationale. Beaucoup d’enseignants ont lâché prise, parce qu’ils ne sont pas eux-mêmes au clair avec la laïcité, ou parce qu’ils ne se sentent pas soutenus par leur administration. Le résultat de toutes ces démissions, nous l’observons à présent sur le terrain.

Au vu des cas examinés par le HCI, à quelles types de difficultés sont confrontés les établissements ?

Il faut distinguer sur ce sujet le corps administratif des élèves de culture musulmane qui sont confrontés à ce type de difficultés. Ces jeunes – ou leurs ascendants – viennent de sociétés qui ne sont pas laïques et qui, de surcroît, accordent une place centrale à la religion et à ses commandements dans l’éducation. En matière de laïcité, ils ne comprennent donc pas ce qui est attendu d’eux. En ce sens, la charte est importante parce qu’elle reprécise les choses. Si nous sommes aujourd’hui dans cette situation c’est qu’au fil des années, au fur et à mesure des demandes d’accomodement, une partie du corps enseignant a fini par céder. […]

Quels sont les accommodements dont vous parlez ?

Certaines jeunes filles arrivent par exemple à l’école vêtues de très longues robes, des abayas. C’est une façon d’affirmer une appartenance identitaire qu’elles mettent devant leur statut d’élève. Tolérer la viande halal dans les cantines, ou une rentrée retardée pour les enfants musulmans lorsque le ramadan déborde sur le mois de septembre, organiser des cours de sport non mixtes dans certains établissements: tout cela relève des accommodements avec la laïcité. Cela crée de la ségrégation au sein des écoles, avec des conséquences lourdes. […]

L’Express

L’interdiction du voile à l’université « digne d’intérêt » pour Manuel Valls

Manuel Valls estime « digne d’intérêt » la proposition d’interdire le voile dans les universités avancée par le Haut conseil à l’intégration. 78% des Français y sont favorables, selon un sondage Ifop réalisé pour Le Figaro paru vendredi.

(…)

Selon le sondage Ifop, 4% des sondés sont favorables au port du voile ou du foulard dans les salles universitaires, 18% sont sans opinion. Les sympathisants de gauche sont contre à 67% (8% pour, 25% indifférents), tandis que les sympathisants de l’UMP y sont opposés à 91% (0% pour, 9% indifférents) et les sympathisants du FN sont contre à 95% (2% pour, 3% indifférents).

Les jeunes sont les plus favorables à cette proposition (11% des moins de 35 ans, contre 63% d’opposants), les retraités sont les plus défavorables (86% des plus de 65 ans, contre 1% de favorables).
L’Express

Voile musulman : Vers l’interdiction du port à l’Université ?

C’est un rapport alarmiste et une proposition polémique que le Haut Conseil à l’intégration (HCI) a légués à l’Observatoire de la laïcité, détenteur depuis avril des prérogatives de sa mission sur la laïcité. Dans l’un de leurs derniers travaux, les membres de cette mission se sont intéressés au respect de la neutralité religieuse dans l’enseignement supérieur.

Face aux « nombreux contentieux intervenus dans tous les secteurs de la vie universitaire » le rapport émet douze propositions parmi lesquelles l’adoption d’une loi interdisant « dans les salles de cours, lieux et situations d’enseignement et de recherche des établissements publics d’enseignement supérieur, les signes et tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse« .

Sans aller jusqu’à étendre à l’enseignement supérieur la loi de 2004 en vigueur dans le second degré, l’idée est bien d’interdire aux étudiantes musulmanes de porter le voile islamique pendant les cours. Une proposition potentiellement polémique, alors que se discute l’opportunité d’interdire les signes religieux, et principalement le voile, dans d’autres sphères de la société française.

(…) Le Monde