Alain Duhamel : «Qui va défendre l’Europe ?»

Tribune d’Alain Duhamel sur les élections européennes et sur la probable victoire des «anti-européens». Une désaffection pour l’UE qui lui paraît incompréhensible et injustifiée.

Le vote du 25 mai va donc déboucher sur une victoire des populismes, des démagogies et, pire, des nationalismes.

Nous allons assister au purgatoire de l’Europe. La moitié des Français s’abstiendra, l’autre moitié critiquera Bruxelles. Dans le reste de l’Europe, on enregistrera le même mouvement. La plus belle idée française depuis la Libération, celle de Robert Schuman et Jean Monnet, va subir le supplice du pilori.

Marine Le Pen pavoisera, Jean-Luc Mélenchon s’enfiévrera. Ces temps-ci, on s’interroge beaucoup, non sans raison, sur la crise de l’identité française. Après le 25 mai, on s’interrogera aussi sur la crise de l’identité européenne.

C’est un fait, un paradoxe, une injustice : l’Europe affronte un immense désamour chez les peuples qui la compose. Bruxelles est dépeint comme un repaire obscur ou se trament directives faustiennes et règlements tatillons.

Démocratie introuvable, solidarité rétive, bureaucratie proliférante, ouverture à tous vents, despotismes infinis sur les peuples malheureux, la représentation de l’Europe finit par ressembler aujourd’hui à la première page du Daily Telegraph : une caricature obsessionnelle.

On compte pour rien le fait que, pour la première fois depuis des siècles, aucun conflit armé n’ait frappé le territoire de l’Union européenne. On ignore superbement l’accès à la démocratie offert à dix pays qui ont rejoint l’Europe. On oublie volontairement qu’avant la crise (déclenchée hors d’Europe), l’Union a grandement facilité la croissance et l’emploi. On omet de reconnaître que depuis les crises bancaires, financières puis monétaires, l’Europe a été le seul continent à organiser les secours, trop tardivement, trop douloureusement mais avec des résultats qui commencent à apparaître en Irlande et en Espagne, au Portugal et même en Grèce. […]

Aujourd’hui, l’Europe est entrée dans notre vie quotidienne mais elle a disparu de notre paysage

Libération

Steeve Briois élu maire, « une balle en pleine tête de la démocratie » (Boutih/RMC)

Invité des GG de RMC, le député PS Malek Boutih fustige le Front National.

Hebergeur d'image

« On n’interdit pas le Front National, parce que, c’est toute la contradiction de la démocratie : si vous voyez quelqu’un dont vous avez la suspicion que cet individu est un voleur, vous le mettez en prison de manière préventive ? Vous pouvez pas, il y a un droit ! [...] Tant que le Front National n’est pas coupable, il est innocent. Mais faut le garder à l’oeil ! » – Malek Boutih

Immigration : Bahia Amrani n’aime pas la démocratie suisse

[ Extrait d'un article signé Bahia Amrani et publié sur le site marocain "Le reporter" ]

Cette semaine, un petit pays riche, la Suisse, envoyait au monde son  message sur l’immigration. (…) A l’issue d’un référendum, 50,3% des votants suisses ont dit oui à des quotas d’immigration.

C’est un parti politique qui a poussé à une consultation populaire. Donc, in fine, c’est le peuple qui a choisi.

Or, personne ne peut remettre en cause un choix populaire, fût-il xénophobe. Toute la malice de l’UDC populiste tient dans ce postulat.

La France et les autres pays d’Europe désapprouvent… Les politiques suisses ont dit leur honte, les Européens ont dit leur colère, mais l’immigration en Suisse peut désormais être légalement limitée.

Ce sont les miracles de la démocratie. Et c’est à méditer.

Reporter.ma

Mendès-France : l’Union Européenne et l’abdication de la démocratie (rediff)

Pierre Mendès-France. Extrait du discours contre le marché commun et la délégation de pouvoirs à une autorité européenne (18 janvier 1957). 

 » Le projet du marché commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XIXe siècle selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes.

L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique.

Car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique au sens le plus large du mot, nationale et internationale. « 

Pour le texte complet, voir nos archives ou ici

Mendès-France discours europe

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Complément (octobre 2012) : Le premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, s’est prononc en faveur de l’entrée de Pierre Mendès France au Panthéon à l’occasion du trentième anniversaire de sa mort.

« Je soutiens, au nom du Parti socialiste, l’entrée au Panthéon de Pierre Mendès France », a écrit Harlem Désir. Cette décision donnerait du sens, de l’éthique, des valeurs, dans la profonde crise économique et civique que traverse notre pays. Ce serait le symbole fort d’une gauche qui à la fois dit la vérité et réforme la société ».

Le Figaro

Un djihadiste ‘français’ en Syrie : « Il n’y a de liberté que dans l’islam » (RMC)

Dans un reportage de RMC, un terroriste musulman parti combattre en Syrie parle avec son coeur de l’islam et fustige la France.

« Vivre son islam dans une démocratie, c’est impossible. C’est impossible, c’est incompatible ! » – Abou Shaheed

François Hollande en Tunisie : «L’islam est compatible avec la démocratie»

Devant l’Assemblée nationale tunisienne, le président français a salué «un texte majeur» qui «fait honneur à votre révolution et peut servir d’exemple à d’autres pays». Une preuve, selon lui, que «l’islam est compatible avec la démocratie». Le Parisien

Rappel : Pour la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH), la charia est l’antithèse de la démocratie.
En 2001, dans un jugement concernant un parti islamique turc, la CEDH tranchait et déclarait au sujet de l’islam et de la charia :
• Il est difficile à la fois de se déclarer respectueux de la démocratie et des droits de l’homme et de soutenir un régime fondé sur la Charia.
• Lui sont étrangers des principes tels que le pluralisme dans la participation politique ou l’évolution incessante des libertés publiques.
• Les références explicites à l’instauration de la Charia sont difficilement compatibles avec les principes fondamentaux de la démocratie.
• [La charia tend à supprimer] le rôle de l’État en tant que garant des droits et libertés individuels et obligerait les individus à obéir à des règles statiques de droit imposées par la religion concernée.
• [Elle est] l’antithèse de la démocratie, dans la mesure où elle se fonde sur des valeurs dogmatiques et est le contraire de la suprématie de la raison (…)

-> lire l’arrêt intégral de la CEDH (en anglais) – PDF en français

L’Europe nous apporte paix, démocratie et prospérité

L’Europe nous apporte paix, démocratie et prospérité. Des valeurs qui nous semblent naturelles mais qui ne vont pas de soi, analyse Tahar Ben Jelloun.

À ceux qui ne cessent de se plaindre et tentent de défaire ce que des générations ont construit, je dis : c’est une chance de vivre en Europe, c’est une belle aventure que d’être européen. Nous vivons dans la paix et, pour un grand nombre, dans la prospérité. [...]

Hebergeur d'imageCette Europe-là, évidemment, n’est pas acquise une fois pour toutes. Elle est chahutée, voire menacée. Des courants extrémistes, nationalistes, populistes la traversent et la bousculent. Le racisme est là, malgré les avancées pédagogiques et les lois qui punissent les incitations à la haine raciale, le révisionnisme et le négationnisme.

L’identité européenne est une réalité qu’il ne faut pas trop questionner. À partir du moment où l’on se met à se poser la question de l’identité, c’est que le doute incite à revoir le socle de cette entité. On pose un regard inquiet sur le paysage humain qui n’est pas d’une seule et même couleur, qui ne cesse de se transformer, de s’enrichir par des apports de différences venues de pays proches ou lointains, portées par des hommes et des femmes que le destin a installés dans ce vieux continent.

L’histoire est faite de mouvements, de déplacements humains, de migrations. Il n’y a pas pire ennemi de la culture et de la civilisation que l’immobilisme et la pureté. Pureté illusoire d’une race qui n’existe pas. Pureté d’une langue qui serait fermée aux autres langues. Pureté signifiant une solitude absolue, une mort lente et certaine. Une identité figée est promise à la disparition plus ou moins lente.

Quelqu’un disait l’autre jour sur une radio qu’il ne se sentait plus chez lui quand il prenait le RER, pire « il se sentait en apartheid » ! Un autre se plaignait que dans les salles d’attente des hôpitaux il y avait plus d’étrangers que de Français. Et voilà qu’on évoque « le racisme anti-Blanc », ce qui est l’expression d’une peur non identifiée, dans la mesure où le racisme ne fait pas de différence entre les gens dans le système du rejet et de la haine. Quand on se méfie des juifs, on n’accepte pas pour autant les Arabes. Il est parmi les Noirs des gens aussi racistes que les Blancs. Aucun homme, quelle que soit la couleur de sa peau, n’échappe à cette folie enfouie en lui et qui lui dicte par ignorance et par peur de rejeter l’autre.  [...]

Le Point

Débat Alain Finkielkraut/Daniel Cohn-Bendit : «A ceux qui ne veulent pas de la société multiculturelle, je dis toujours que c’est trop tard»

Quelques extraits d’un débat sur l’identité européenne entre Daniel Cohn-Bendit et Alain Finkielkraut .

La société multiculturelle, c’est un état de fait. A ceux qui ne la veulent pas, je dis toujours que c’est trop tard. (Daniel Cohn-Bendit )

Qu’est-ce que l’identité européenne ? Et à quel moment en avez-vous pris conscience ?

Alain Finkielkraut : Que l’Europe ait aussi une identité et que cette identité soit indissociable de l’identité nationale, que l’Europe, autrement dit, s’atteste dans la diversité de ses profils, ce sont les intellectuels tchèques, hongrois et polonais qui m’en ont fait prendre conscience.

Daniel Cohn-Bendit : Je suis né en 1945, alors que mes parents étaient cachés en France en raison des persécutions antijuives.

J’ai été apatride pendant quatorze ans, puis j’ai choisi la nationalité allemande pour ne pas faire mon service militaire. Pour moi, l’Europe a toujours été une évidence.

L’identité européenne est-elle menacée par l’immigration, ou l’est-elle plutôt par le repli sur son essence supposée ?

D. C.-B. Je refuse de rentrer dans l’espace des phobies. Il ne faut pas confondre la libre circulation, qui concerne les citoyens européens, et le problème de l’immigration. Sur ce point, malheureusement, l’Europe a aujourd’hui une politique de forteresse qui ne fonctionne pas. […]

Le multiculturalisme postcolonial menace-t-il la laïcité à la française, ou à l’européenne ?

AF :L’enjeu pour nous est de savoir comment adapter ou non nos lois. Il m’a fallu très longtemps pour comprendre une différence fondamentale entre la France et l’Allemagne sur ce sujet. […]

Les apôtres du multiculturalisme ne reconnaissent aucune réalité à la culture puisqu’ils expliquent par l’inégalité toutes les difficultés du vivre-ensemble. Mais les faits sont têtus : tandis que l’Europe sort de la religion, l’islam se « désécularise ». Il y a, bien sûr, des exceptions. Reste qu’au temps de l’assimilation, les mariages mixtes étaient nombreux. Aujourd’hui on célèbre le métissage et on a le communautarisme.

D. C.-B. La dé-sécularisation ne concerne pas seulement l’islam. A Jérusalem par exemple, le communautarisme juif est très frappant. Et quand je vois ce qui s’est passé en France à propos du mariage pour tous, notamment dans la communauté catholique, je me dis qu’une partie de la société française est aussi concernée par ce retour du religieux.

Le Monde