«Hollande va-t-il prendre des décisions que ni Sarkozy ni la droite n’auraient pu prendre de peur d’une explosion sociale ?»

Nathalie Rheims a aimé la conférence de presse de François Hollande jeudi dernier. Elle nous explique pourquoi.

Pour la première fois depuis son élection, je l’avais trouvé bon, alors que la plupart l’avaient trouvé mauvais, à l’aune des sondages catastrophiques sur sa première année d’exercice du pouvoir. […]

Bizarrement, j’avais cru comprendre que, tout en s’affirmant socialiste, il souhaitait mener une politique «de droite» : rallonger la durée de cotisation pour les retraites, baisser les charges qui pèsent sur le coût du travail et le rendre plus flexible pour favoriser la compétitivité des entreprises, créer, dans la zone euro, une gouvernance économique commune qui avance dans l’harmonisation fiscale et sociale et dans une rigueur budgétaire bien tempérée pour retrouver de la croissance.

Il me semble que la droite devrait l’encourager à s’engager dans cette direction, car il est probable que seul un président socialiste puisse tenir ce genre de mesure sans que le peuple de gauche descende dans la rue et que la majorité parlementaire socialiste explose.

Sait-on d’ailleurs, précisément, où peut mener cette «harmonisation» liée à la gouvernance économique européenne ? Des singularités symboliques comme les 35 heures ou l’ISF pourront-elles y résister ? Et si Hollande allait être conduit, dans la logique mécanique de son engagement européen, à prendre des décisions que ni Sarkozy ni la droite n’auraient pu prendre de peur d’une explosion sociale ? […]

Le Point

L’illusion du choc de compétitivité

Par Jean-Yves Le Gallou

« Choc de compétitivité » : c’est la nouvelle illusion à la mode. Industriels et économistes (de l’offre) la réclament et le gouvernement la promet. Le débat sur le calendrier fait rage : pour aujourd’hui, pour demain ou pour les calendes grecques ?

C’est pourtant une illusion de plus ! La question n’est pas de répartir autrement les charges sociales et les impôts, c’est de les diminuer. Or pour baisser les impôts, il faut réduire les dépenses.

Mais pour diminuer les dépenses publiques, il faut s’attaquer aux causes structurelles de leur croissance : le libre-échange intégral et la poursuite de l’immigration.

Car le libre-échange (et les délocalisations) ne sont supportées par l’opinion que grâce aux « amortisseurs sociaux » qui permettent de vivre sans travail : mais ces aides publiques, ces allocations chômage, ces retraites anticipées, ce RSA, qui vont encore croître en 2013, il faut bien les financer. Et donc augmenter les charges.

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Sapir: « Il est urgent de dissoudre la zone euro »

Par Jacques Sapir

La crise de la zone euro a atteint un point critique. Quelles que soient les solutions envisagées, qu’il s’agisse de la mutualisation de la dette ou des mesures dites « non conventionnelles » que la Banque centrale européenne pourraient prendre, elles ne peuvent apporter de solution durable. A cela une bonne raison : cette crise n’est pas une crise de la dette souveraine mais une crise de compétitivité aggravée par l’effet pervers de l’euro sur la croissance.

Les différentes mesures prises depuis le début de 2010 ont été globalement inopérantes. Elles n’ont pu éviter que, pays après pays, cette crise s’étende, de la Grèce à l’Irlande, de l’Irlande au Portugal, puis à l’Espagne et à l’Italie. La situation dans la plupart des pays va continuer à se dégrader sous l’effet de la conjonction de politiques mal avisées de déflation compétitives, qui sont l’équivalent des politiques de dévaluation compétitives que l’euro prétendait supprimer.

Alors que le chômage recommence à fortement monter en France, il est temps de changer de politique, sinon nous nous imposerons l’équivalent d’une grande dépression par notre propre stupidité.

Des politiques inefficaces liées à une erreur de diagnostic

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Pécresse : «Il n’y a pas de retour en arrière possible sur l’euro»

La ministre du Budget Valérie Pécresse a réaffirmé aujourd’hui sur les ondes de la Radio de la communauté juive (RCJ) qu’«il n’y a pas de retour en arrière possible sur l’euro» alors que s’est ouvert à Bruxelles un sommet crucial sur l’avenir de la zone euro.

Si la croissance n’est pas au rendez-vous, nous ferons des efforts supplémentaires.

«On ne va pas revenir au franc, si on revenait au franc ce serait tragique, l’euro nous protège», a-t-elle. «Il faut vraiment que nous consolidions l’Europe, [...] l’Europe solidaire est un formidable bouclier pour nous contre la crise» et la France doit avoir «une politique de compétitivité», a-t-elle souhaité regrettant «la tentation du protectionnisme».

Selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche paru dimanche, 57% des Français estiment que la France doit se protéger davantage pour faire face à la crise et 41% considèrent que la monnaie unique a été un handicap plutôt qu’un atout au cours des deux dernières années.

«Les efforts qu’on demandera aux Français seront les efforts strictement nécessaires mais nous agirons aussi avec beaucoup de sang froid pour ne pas casser la croissance», a-t-elle néanmoins tempéré.

Le Figaro

«On ne peut pas exclure qu’il existe une corrélation positive entre immigration et niveau de compétitivité»

Pour Arnaud Vaganay, politologue, il faudrait «une politique migratoire plus ouverte» qui «bousculerait nos habitudes» et «stimulerait la création».

Si l’immigration est impopulaire, c’est avant tout car les débats portent essentiellement sur son coût et rarement sur ses bénéfices.

Pas question de faire de l’angélisme ici : l’immigration a un coût. Elle a d’abord un coût humain, celui de migrants, arrachés pour bon nombre d’entre eux à leurs familles et qui parfois périssent dans l’accomplissement de leur destin. Elle a aussi un coût social quand leur intégration dans le pays d’accueil est mal préparée et leur contribution à la richesse nationale mal expliquée. Enfin, elle a un coût économique, qui se mesure par un taux de chômage a priori plus élevé que la moyenne nationale et qu’il faut bien payer.

Ce coût est-il correctement estimé ? Il est permis d’en douter. D’abord parce que les statistiques sérieuses manquent. […]

Le Monde

Zone euro : tous exportateurs !

Par Olivier Demeulenaere

Nous sommes au coeur d’une crise de la dette. Dette des États relayant celle des particuliers, elle-même née de la déflation salariale mise en place depuis 25 ans pour compenser une mondialisation sans règles ni garde-fous.

Aujourd’hui, les pays de la zone euro subissent les affres d’un endettement public insoutenable aux yeux des marchés, qui les sanctionnent pour les contraindre à remettre de l’ordre dans leurs comptes.

Démarche discutable si l’on admet qu’une bonne partie de ces déficits n’ont été consentis que pour sauver l’économie des dégâts provoqués par les marchés eux-mêmes ! Les marchés ne sont autres que les acteurs de la finance privée, au premier rang desquels les banques…

Que celles-ci viennent aujourd’hui nous expliquer, notamment en France, que leur sauvetage n’a rien coûté aux États puisqu’ils ont été remboursés des sommes qu’ils leur avaient prêtées, relève donc d’une belle hypocrisie. Les banques ont en quelque sorte été sauvées deux fois.

Le mal étant fait, comment sortir au mieux de cet endettement public massif ?

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Les raisons de la chute de l’industrie française

Usine chinoise

Est disponible, depuis peu, un rapport sur la désindustrialisation en France, par Lilas Demmou, Chargée de Mission à la Direction Générale du Trésor et de la Politique Économique du Ministère de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi. Si ce texte n’est qu’un simple rapport de recherche, il nous éclaire néanmoins très bien sur l’état actuel de l’industrie en France et de son évolution, ces dernières années et dans le futur.

Il est clair que des données chiffrées manquaient. On apprend donc que « l’industrie a perdu 36 % de ses effectifs entre 1980 et 2007, soit 1,9 million d’emplois ou encore 71 000 par an », principalement dans l’industrie manufacturière.

L’ouverture des frontières commerciales est passée de 11,5% à 18%. Dans le même temps, le solde extérieur industriel est passé de -15Md€ à -54Md€, soit –360% de dégradation ! Cette ouverture expliquerait jusqu’à 45% des destructions d’emplois (dont 17% relatifs aux pays émergeants).

Quant à la préférence nationale, fortement combattue par les libéraux de tous poils, qui, entre parenthèses, avec leurs solutions toutes faites, nous ont conduits dans cette impasse, si elle n’est pas LA seule solution, elle devrait être un point important de notre stratégie.

Pourquoi accepterions-nous des produits étrangers qui ne respectent pas le centième des règles et normes que nous nous imposons ?

Quant à l’Europe, nous voyons hélas, qu’elle a été mal construite et qu’elle nous impose plus de contraintes que d’avantages !

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L’Euro : implosion ou sursaut ?

Le pari de l’Euro était de construire une zone modèle. En exacerbant les différences, on affirme, voire on crée, et on enkyste des différences : modèle rhénan pour l’Allemagne ; modèle anglo-saxon pour l’Irlande ou l’Espagne, etc.

Lorsque la crise financière devient crise économique, et que les Etats s’épuisent à maintenir les demandes globales en creusant de façon historique les déficits publics, c’est le navire tout entier qui est menacé.

Si naguère, en résultante des abandons monétaires, les marchés politiques se sont assez spontanément dirigés vers la création d’une zone monétaire largement artificielle, vont-ils, à la faveur de la crise, poursuivre la construction européenne et arrimer la monnaie à un grand Etat européen ?

Sur le papier des croyants du constructivisme, les choses sont simples : il existe désormais un seul Etat, sans doute hétérogène, mais disposant d’une monnaie souveraine. Il n’y a plus de dettes souveraines au pluriel, mais une dette souveraine au singulier.

Le couple monnaie unique / grand Etat suppose d’énormes changements, qui se ramènent tous à la question de l’évaporation progressive des marchés politiques nationaux, au profit de la naissance de marchés politiques européens. Les énormes coûts d’une implosion de l’Euro pourraient faciliter cette perspective.

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