Article d’Alain Frachon, journaliste au Monde, sur le Brexit et les “risques” des référendums, votations et autres pétitions électroniques.
Le peuple a gagné, il a terrassé Westminster et les bobos europhiles. Il a remis à leur place les « internationalistes arrogants », les « globalisés » de la tribu « davosienne », les abonnés à l’Eurostar. A Londres, la presse tabloïd conservatrice se régale de ce discours. Le camp pro-Brexit salue la démocratie référendaire. Elle serait l’expression de l’insurrection populaire contre « le système ». Et l’avenir de nos démocraties. […]

«Un peu partout, un nombre important de citoyens sont devenus hostiles aux “sachants” », écrit Jean Pisani-Ferry. L’économiste appelle ses confrères à plus d’humilité. Ils raisonnent en facteurs de progression d’un agrégat (le produit intérieur brut, en général favorisé par l’immigration) et sous-estiment leur impact sur des catégories entières de la population. Cri de ralliement d’un des chefs de la campagne Brexit, le conservateur Michael Gove : « Ce pays en a marre des experts. » […]
Le numérique installe un forum de débat permanent. Votations et pétitions électroniques se succèdent : sur chaque grand sujet d’actualité, les « réseaux » sollicitent un « pour ou contre » immédiat. […]
Le débat est ouvert sur son champ d’application. L’essayiste Jacques Attali dit que la dignité des démocraties européennes est de ne pas revenir sur certaines décisions – l’abolition de la peine de mort, par exemple. Si elle arrive à l’Elysée, Marine Le Pen promet d’organiser un référendum sur le rétablissement de la peine capitale – qu’elle réclame. […]
Le Monde





