En neuf ans de présidence de SOS Racisme, une question m’a été posée de façon récurrente : “Le racisme recule-t-il en France ?”.
Question vague mais intéressante, en ce qu’elle ouvre la voie à un bilan d’étape de là où se situe la société française face au racisme.
Cette dernière a en réalité réalisé des progrès gigantesques sur ce plan :
quasi-disparition des crimes racistes, apparition d’une classe moyenne d’origine immigrée, frémissement de l’émergence d’élites issues des anciennes colonies, traitement au moins au niveau discursif de la thématique des discriminations, métissage intense des populations traduisant la domination d’une conception politique et non pas ethnique de la citoyenneté…
Certes, ces dernières années ont été celles d’une crispation entretenue, voire suscitée, par le pouvoir sortant. Mais cette crispation est la marque d’une marche vers l’égalité dont les miasmes zemmouriens ne sont que l’expression épouvantéede son refus.
Il faut avoir la conviction que cette marche vers l’égalité finira par déchirer définitivement le voile du racisme pour peu que les blocages persistants soient surmontés.
En la matière, chaque société a ses blocages spécifiques et ceux de la France doivent être martelés pour mieux les dépasser.
Tout d’abord, le legs d’un paternalisme colonial
En vertu de celui-ci, nous évoluons dans un pays où nul ne se revendique comme raciste. En effet, en France, le paternalisme infantilisant est magnifié en une condescendance bienveillante dont la révélation de ce qu’elle est, à savoir la perpétuation d’un lien d’infériorité patiemment construit par l’Histoire, suscite la stupéfaction et la révolte chez celui à qui cette vérité est jetée à la figure.
Mais cette vérité doit être d’autant plus assenée qu’il s’agit de la seule voie pour que cesse cette situation où la lutte se déroule face à des édredons d’hypocrisie. (…)





