Des peines plus longues prononcées dès le début d’une carrière criminelle sont le seul moyen d’empêcher efficacement la récidive.
Les cellules des prisons modernes, comme celles de la prison de Millsike, ressemblent de plus en plus aux chambres d’hôtels bon marché que l’on trouve dans les aéroports. Simples mais confortables, elles sont loin d’être désagréables. Le niveau de confort bien supérieur des prisons modernes explique en partie leur coût de construction.Certains pourraient trouver cela aberrant.
Les prisons ne sont-elles pas censées être des lieux de punition plutôt que de répit ou de détente ? Or, la privation de liberté constitue la punition, et non les conditions de détention difficiles qui, dans les établissements fermés, peuvent si facilement engendrer du sadisme. Un État civilisé moderne ne peut se permettre de créer délibérément de mauvaises conditions de détention.Heureusement, cela n’est pas nécessaire pour que les prisons soient efficaces. Ce qui est nécessaire, c’est que les peines soient beaucoup plus longues dès le début du parcours criminel des détenus.
Lorsque je travaillais comme médecin en prison, j’ai interrogé des centaines de détenus, en toute confidentialité, sur ce qu’ils avaient réellement fait plutôt que sur ce dont ils avaient été accusés ou pour lequel ils avaient été condamnés. Ils savaient que transmettre de telles informations n’entrait pas dans mes fonctions et presque tous ont avoué librement avoir commis entre cinq et vingt fois plus de crimes que ceux pour lesquels ils avaient été condamnés.
Les statistiques le confirment . Il est essentiel de toujours garder à l’esprit la différence entre le taux de condamnation et le taux de délinquance, que nos dirigeants et la bureaucratie confondent souvent pour mieux nous tromper. Le taux de délinquance est plusieurs fois supérieur au taux de condamnation.
Les aveux informels des prisonniers m’ont laissé entrevoir quelque chose qui aurait dû être source d’optimisme : même en ces temps de forte criminalité, une grande partie des délits qui rendent la vie dans certains quartiers presque cauchemardesque, comme les vols, les cambriolages et les agressions, sont encore commis par une petite partie de la population.
Lorsqu’on examine le parcours de ces criminels, on constate qu’ils commencent jeunes mais ne sont jamais vraiment mis hors d’état de nuire malgré des condamnations répétées (et donc la commission de nombreux autres crimes), jusqu’à ce que la gravité croissante de leurs crimes rende inévitables des peines plus longues pour certains d’entre eux.S’ils avaient écopé de peines plus longues plus tôt dans leur carrière, le va-et-vient incessant entre périodes de prison et de liberté se serait arrêté bien plus tôt, car la criminalité est un jeu de jeunes et (mis à part certains crimes) diminue fortement avec l’âge. On pourrait objecter que les longues peines de prison sont coûteuses. Mais il ne faut pas oublier que la prévention et la répression de la criminalité, ainsi que la garantie de la sécurité des citoyens, ne constituent pas une simple tâche parmi d’autres pour l’État, mais revêtent une importance fondamentale, voire essentielle.
Deuxièmement, ne pas incarcérer les récidivistes est également très coûteux, mais d’une autre manière. Cela mobilise notamment inutilement les tribunaux et les avocats .Il convient d’éviter toute comparaison fallacieuse entre le taux de récidive après une peine d’emprisonnement et celui après une peine non privative de liberté. Il faut rappeler que la plupart des détenus ont déjà subi l’inefficacité du système non privative de liberté et que le taux de récidive est donc une statistique erronée, voire trompeuse. Ce qui importe, c’est le nombre d’infractions évitées grâce à l’emprisonnement, et non le taux de nouvelle condamnation, qui est vraisemblablement bien inférieur au taux de récidive.
De plus, il ne faut pas confondre punition et réhabilitation. La prison n’est pas une thérapie morale pour l’âme. Le crime n’est pas une maladie, mais le temps fait son œuvre. Si l’on combine ces effets du temps avec la concentration de la criminalité sur une petite partie de la population, la solution (partielle, certes, car le crime existera toujours) paraît évidente. Ce qui est désolant, c’est que cette évidence échappe à nos dirigeants.
Théodore Dalrymple était médecin et psychiatre en prison



