Dix ans après l’assassinat du père Jacques Hamel, Saint-Étienne-du-Rouvray lui rendra hommage ce week-end, en célébrant le vivre-ensemble face à la barbarie. La commune attend plusieurs centaines de personnes, dont le premier ministre Sébastien Lecornu, qui assistera à la messe dimanche. « Deux jours de mémoire, de prière et de fraternité » sont annoncés par le diocèse de Rouen.
Pour la première fois en France, un attentat visait un lieu de culte pendant un office religieux. Le 26 juillet 2016, le prêtre de 85 ans a été égorgé, au terme de la messe du matin, par deux djihadistes, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, âgés de 19 ans. Tous deux fichés S et se réclamant de l’État islamique, ils ont été abattus par la police. Les deux terroristes avaient pris en otages les fidèles présents : trois religieuses et deux paroissiens. L’un d’eux, Guy Coponet, avait été blessé.
Les commémorations débuteront samedi matin par une rencontre entre musulmans et catholiques, à la salle paroissiale. L’après-midi, l’église Saint-Étienne sera ouverte à tous et mettra un livre d’or à disposition des visiteurs, avant un temps de mémoire réservé aux personnes directement concernées par l’attentat. Dans la soirée, c’est à la cathédrale de Rouen que se poursuivra l’hommage. L’exposition « Vie et ministère du père Jacques Hamel » sera inaugurée, avant une « veillée-mémoire ».
Dimanche matin, après une marche silencieuse vers l’église, afin de « refaire ensemble le dernier trajet effectué par le père Jacques Hamel », aura lieu l’inauguration du parvis Père-Jacques-Hamel par Joachim Moyse, maire [communiste] de Saint-Étienne-du-Rouvray. À 11 heures se tiendra la messe présidée par le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, président de la Conférence des évêques de France. Sébastien Lecornu y sera présent, tout comme l’ancien président de la République François Hollande et le maire du Havre Édouard Philippe. (…)
Dix ans après le drame, la figure du prêtre martyr, dont la procédure de béatification est en cours, continue d’inspirer le dialogue entre les religions. Sa mémoire reste le symbole de la fraternité et du « vivre-ensemble », fait valoir la mairie. Sa sœur, Roseline Hamel, s’est notamment liée d’amitié avec la mère de l’un des assassins.
Frère, Jean-François Bour, comment l’assassinat du père Hamel a-t-il contribué à faire avancer le dialogue islamo-chrétien?
Le dialogue entre chrétiens et musulmans, en France en tous les cas, ne peut pas se réduire à une simple relation courtoise, même avant 2016. Une relation s’est construite déjà au cours des années 1950. L’Église de France a fondé un service dédié dès 1973 pour les relations avec les musulmans, pour permettre à des acteurs chrétiens, catholiques, de se former à la connaissance de l’islam et d’entrer un peu plus dans la complexité de l’histoire musulmane, dans le détail du fonctionnement de la religion musulmane. Mais, si on veut voir une vraie bascule, il faudrait plutôt la situer déjà autour de 2001. L’attentat de New York, contre le World Trade Center, a généré une prise de conscience assez forte. À partir de ce moment-là, on essaie de comprendre pourquoi il y a des courants qui choisissent la violence terroriste, et toute une réflexion s’engage.
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Cet islam, qui ne s’est pas reconnu dans la violence, a-t-il pris, dans une certaine mesure, l’initiative du dialogue?
Je ne pense pas qu’on puisse dire qu’il a pris l’initiative du dialogue formellement. Mais il a compris qu’il fallait enclencher une nouvelle étape dans le processus déjà existant, au sein duquel les chrétiens en général étaient assez proactifs. Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale qui est le porte-parole du wahhabisme de l’Arabie Saoudite au niveau mondial, est venu lui aussi à Saint-Étienne-du-Rouvray. Il a participé avec Mgr Lebrun à une veillée d’hommage. Ces dignitaires ont compris que, même s’ils étaient porteurs d’un certain conservatisme islamique, d’un certain rigorisme qui peut être propice à une forme assez offensive de l’islam, il fallait absolument développer un autre message.
N’y a-t-il pas aussi chez les chrétiens une forme de méconnaissance de l’autre qui permet d’élever assez facilement les murs de la méfiance?
On voit se lever, à l’occasion de ces drames, des personnes parfois même très simples dans la population, qui disent que cette violence ne leur correspond pas. On voit ça du côté des musulmans, du côté des chrétiens aussi et même de la part de non-croyants. Ces personnes disent qu’elles ne veulent pas de cette dérive. Un certain nombre d’entre elles ont compris qu’il fallait rejoindre des associations de dialogue et qu’il fallait montrer des signes. Je suis très touché, par exemple, par la façon dont un musulman d’origine comorienne a réalisé et offert un tableau représentant le père Hamel en train de prêcher dans son église. Des musulmans sont venus au cimetière de Saint-Étienne-du-Rouvray pour déposer des fleurs.
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