La baisse continue de la natalité observée à travers le monde depuis environ soixante-dix ans a ralenti la croissance démographique, élevé l’âge moyen des populations et profondément transformé les marchés du travail. Pourtant, contrairement à l’idée largement répandue selon laquelle ce vieillissement freinerait mécaniquement l’économie, une étude publiée en juillet 2026 par le National Bureau of Economic Research aboutit à des conclusions plus nuancées.
Daron Acemoglu, David Autor, Keelan Beirne et Andrew Scott constatent que les pays affichant les taux de natalité les plus faibles connaissent une croissance plus élevée du PIB rapporté à chaque adulte en âge de travailler. Aux États-Unis, les zones d’emploi où les naissances ont davantage reculé enregistrent également une progression plus forte des salaires. Les auteurs ne constatent parallèlement aucun effet négatif sur le PIB global ni sur le niveau agrégé des revenus.
Selon les chercheurs, ces résultats ne s’expliquent ni par l’élévation du niveau d’éducation, ni par la hausse de la participation des femmes au marché du travail, ni par le recul de l’agriculture, ni par les mécanismes classiques du modèle de croissance de Solow. Leur hypothèse est que la raréfaction des jeunes travailleurs pousse les entreprises à développer ou à adopter des technologies économisant la main-d’œuvre.
Les pays et les régions où la natalité est la plus faible présentent ainsi davantage de brevets liés à l’automatisation, une activité accrue dans les secteurs de haute technologie et une croissance plus importante de la productivité globale des facteurs. En exploitant les différences entre pays dans le nombre de morts militaires et civiles pendant la Seconde Guerre mondiale, les auteurs concluent que leurs résultats sont principalement liés à la diminution de la population jeune, plutôt qu’à la baisse de la population totale.
L’étude demeure un document de travail du NBER et ne signifie pas que le vieillissement démographique serait dépourvu de coûts sociaux ou budgétaires. Elle remet néanmoins en cause l’idée selon laquelle une faible natalité entraînerait nécessairement une stagnation économique.


