À l’occasion du bicentenaire du Figaro, François Lecointre, l’ancien chef d’état-major des armées, grand chancelier de la Légion d’honneur, et le champion d’Europe avec l’équipe de France de football en 1984 Luis Fernandez, qui a aussi entraîné le PSG, ont échangé au Grand Palais sur l’art de commander et de diriger.
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Luis Fernandez – Quand je suis arrivé en France à l’âge de 5 ans, après la mort de mon père, ma mère nous répétait souvent : « À la maison, vous pouvez parler espagnol, mais dehors, vous parlerez français. Et vous direz merci à la France. »
Le jour où j’ai porté le maillot de l’Équipe de France, j’ai ressenti une immense fierté. En 1984, lors de la finale de l’Euro contre l’Espagne, j’ai subi des critiques très dures, mais je me suis tu et j’ai joué pour la France. J’ai chanté La Marseillaise plus fort que les autres, parce que j’étais fier d’être français.
François Lecointre. – Ce témoignage me touche profondément. Beaucoup de nos soldats sont issus de l’immigration. Ils s’engagent avec un sentiment de « surcitoyenneté », celui de s’inscrire pleinement dans la communauté nationale. Le drapeau, dans l’armée, porte les noms des batailles et le souvenir des sacrifices. Il incarne l’héritage de ceux qui sont morts pour la France.
Cela renvoie à la définition de la nation selon Renan : le souvenir des grandes choses accomplies dans le passé et la volonté d’en accomplir de nouvelles ensemble. La patrie n’est ni une race, ni une langue, ni des frontières, mais un principe spirituel, une aspiration commune à poursuivre et à élever l’héritage reçu. C’est exactement ce que vous exprimez. Cette conception de la nation est profondément française, éminemment politique, et elle reste largement partagée aujourd’hui, y compris par celles et ceux qui viennent d’ailleurs et choisissent de rejoindre notre beau pays.
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