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Portrait de Marie-Madeleine Fourcade, extrait d’une fausse carte d’identité utilisée sous l’Occupation

Le 8 novembre 1909, il y a 117 ans jour pour jour, naissait à Marseille Marie-Madeleine Bridou, connue sous le nom de Fourcade. Sous l’Occupation, cette mère de famille dirige Alliance, un grand réseau de renseignement. Son nom de guerre : « Hérisson ».

Aix-en-Provence, juillet 1944. Arrêtée par la Gestapo, Marie-Madeleine Fourcade est enfermée dans une caserne. Elle connaît des hommes, des adresses, des liaisons dont dépend la survie de son organisation. Elle réussit pourtant à s’échapper par les barreaux d’une fenêtre. La clandestinité reprend. Son combat aussi.

Une enfance française jusqu’à Shanghai

Née dans une famille de la bourgeoisie marseillaise, elle passe une partie de son enfance à Shanghai, où son père travaille pour les Messageries maritimes. La compagnie relie alors la France à l’Asie. Cette enfance éloignée de la métropole nourrit, selon sa biographe Michèle Cointet, un attachement profond à la patrie.

Mariée une première fois à l’officier Édouard Méric, elle porte ce nom pendant la guerre. Avant 1940, elle travaille à Radio-Cité et auprès de Georges Loustaunau-Lacau, dans ses publications nationalistes, anticommunistes et hostiles à l’Allemagne hitlérienne. C’est avec lui qu’elle entre dans l’action clandestine.

« Hérisson » à la tête d’Alliance

Après la défaite de 1940, la France est divisée, occupée en partie, tandis que le régime de Vichy s’engage dans la collaboration. Loustaunau-Lacau met sur pied une organisation qui devient Alliance et établit une liaison avec les services de renseignement britanniques.

Son arrestation place Marie-Madeleine au premier plan. Avec notamment le commandant Léon Faye, elle organise les agents, les hébergements et les transmissions. Les membres adoptent des pseudonymes d’animaux : les Allemands surnomment le réseau « l’Arche de Noé ». Elle-même devient « Hérisson ».

Leur travail consiste à recueillir des informations militaires et à les faire parvenir aux Alliés. Un départ de sous-marin, une installation côtière ou un transport de troupes peuvent devenir des renseignements décisifs. Il faut observer, recouper, acheminer, émettre, tout en échappant aux recherches ennemies.

Alliance fournit notamment des informations sur les sous-marins, les défenses de la façade atlantique et les armes V1 et V2. Ces dernières sont des armes allemandes à longue portée : une bombe volante pour le V1, une fusée pour le V2. Des découvertes d’agents comme Jeannie Rousseau contribuent à renseigner Londres sur leur développement.

Fausse carte d’identité de Marie-Madeleine Fourcade au nom de Marie Suzanne Imbert
Une fausse carte d’identité utilisée sous l’Occupation. Le nom, la date et le lieu de naissance inscrits sur ce document correspondent à son identité de couverture.

Arrêtée, évadée, revenue au combat

En novembre 1942, la police française l’arrête à Marseille avec des membres de son état-major. Des policiers liés à la Résistance favorisent leur évasion. L’organisation continue son travail, malgré les arrestations et les déplacements incessants.

Partie à Londres en 1943, elle revient en France en juillet 1944. C’est alors qu’elle est capturée à Aix-en-Provence. Pour franchir les barreaux de sa fenêtre, elle se dévêt et enduit son corps d’eau savonneuse, rapporte l’association des anciens des services spéciaux. Elle parvient à sortir et rejoint de nouveau la lutte.

Après la victoire, rester fidèle aux disparus

La répression a coûté la vie à plus de 400 membres d’Alliance. La paix revenue, Fourcade recherche ses compagnons déportés, soutient les survivants et les familles, et travaille à faire reconnaître leurs services. Son engagement se prolonge ainsi bien au-delà de la Libération.

Elle publie en 1968 L’Arche de Noé, consacré à cette aventure collective. Morte le 20 juillet 1989, elle laisse l’histoire d’une Française qui a assumé le commandement, partagé les risques et conservé la mémoire des siens. Pour découvrir son courage, il faut aussi connaître ceux qu’elle entraîna dans ce combat pour la France.


Sources : Ministère des Armées, portrait par l’historienne Michèle Cointet ; Fondation de la Résistance, notice de Jean-Marie Guillon ; AASSDN, hommage du 18 juillet 2026 ; Ministère des Armées, « Aux combattantes, la France reconnaissante ». Sources consultées le 8 novembre 2026.

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