Une île minuscule, une signature et le royaume de France qui s’agrandit. Le 7 novembre 1659, le traité des Pyrénées met fin à vingt-quatre années de guerre entre la France et l’Espagne. Au nord comme au sud, le royaume obtient des territoires décisifs : l’Artois et le Roussillon, mais aussi le Conflent, une partie de la Cerdagne et plusieurs places fortes.

Ce jour dans l’histoire de France
Sur la Bidassoa, entre Hendaye et la rive espagnole, une petite île a été choisie pour les pourparlers de paix. Au nom de Louis XIV, âgé de vingt et un ans, c’est son principal ministre, le cardinal Mazarin, qui signe. Face à lui, Luis Méndez de Haro représente Philippe IV d’Espagne.
Depuis 1635, les deux monarchies s’affrontent. La victoire de Turenne à la bataille des Dunes (1658) a renforcé la position française. En 1659, la diplomatie transforme cet avantage en gains territoriaux durables.
Au nord, la Couronne obtient presque tout l’Artois : Arras, Béthune, Bapaume et d’autres terres passent sous la souveraineté du roi de France. Aire et Saint-Omer restent alors espagnoles. D’autres places sont cédées en Flandre, en Hainaut et sur les marches des Pays-Bas espagnols.
Au sud, le Roussillon et le Conflent passent à la France, ainsi qu’une partie de la Cerdagne dont le tracé précis sera négocié en 1660. Perpignan, Collioure et de nombreuses communautés des Pyrénées orientales sont désormais rattachées à la Couronne.
Le traité prévoit également le mariage de Louis XIV et de l’infante Marie-Thérèse d’Espagne. Leur union sera célébrée le 9 juin 1660, à Saint-Jean-de-Luz. La paix des Pyrénées est ainsi une paix militaire, un succès diplomatique et un accord dynastique.
La France des clochers
Derrière les noms des provinces, il y a des hommes, des femmes et des villages. En Artois, les bourgs, les champs, les églises et les marchés poursuivent leur vie sous une autre couronne. Dans les vallées du Roussillon et du Conflent, on continue de parler catalan, de cultiver la terre et de transmettre les coutumes locales.
Le changement de souveraineté ne se fait pas d’un coup dans les esprits. Les langues, les fidélités et les usages ne disparaissent pas par la seule force d’un traité : l’intégration au royaume rencontrera aussi des résistances.
Une particularité demeure dans la montagne : le traité de Llívia de novembre 1660 précise le sort de la Cerdagne. Trente-trois villages passent à la France, tandis que Llívia, qualifiée de ville, reste espagnole, formant une enclave qui existe encore aujourd’hui.

Nos anciens disaient…
« Unis et incorporez à la Couronne de France »
Ces mots figurent dans le texte même du traité, à propos des territoires du sud. Ils disent la solennité d’un acte destiné à durer, mais rappellent aussi que l’histoire de nos frontières est faite de guerres, de négociations et du long cheminement des provinces.
À retenir : le 7 novembre 1659, la France consolide sa puissance face à l’Espagne et gagne des territoires essentiels au nord comme au sud. Les frontières d’aujourd’hui ne naissent pas en un jour, mais la paix des Pyrénées en fixe plusieurs éléments majeurs.
Pour aller aux sources
Texte du traité des Pyrénées (7 novembre 1659) — Université de Perpignan.
Traité des Pyrénées — Encyclopédie Larousse.
Versailles et l’Espagne — Château de Versailles.
L’entrevue des deux rois, peinture de Jacques Laumosnier — Musée de Tessé / Wikimedia Commons.
Plan de l’île des Faisans (1660) — Bibliothèque nationale de France / Wikimedia Commons.





















