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La bataille d'Inkerman du 5 novembre 1854, peinture de Gustave Doré (1856)

Le 5 novembre 1854, au petit matin, les Russes attaquent les positions britanniques devant Sébastopol, en Crimée. Les collines sont noyées de brouillard. Dans la terre détrempée, les soldats anglais résistent à un ennemi bien plus nombreux. Puis arrivent des renforts français.

Pour comprendre cette journée, il faut imaginer un plateau coupé de ravins, des hommes qui n’aperçoivent pas toujours leur voisin et, partout, le bruit des fusils. Cette bataille restera connue sous le nom d’Inkerman.

Une attaque à l’aube

Depuis l’automne, Français et Britanniques assiègent la grande base navale russe de Sébastopol. Le commandement russe veut briser cet encerclement en frappant les Britanniques sur les hauteurs d’Inkerman.

Au lever du jour, les colonnes russes avancent dans le brouillard. Les défenseurs tiennent leurs positions, les perdent parfois, puis les reprennent. Le relief rend les mouvements difficiles et les combats se dispersent entre les ravins.

Ce n’est pas une bataille qu’un général peut suivre tranquillement d’une colline. Ce sont de petits groupes qui se battent, souvent à très courte distance, tandis que la fumée se mêle à la brume.

Les Français arrivent

À mesure que la pression russe augmente, les troupes françaises interviennent. Le général Pierre Bosquet engage des renforts pour soutenir les Britanniques. Les hommes de Canrobert, commandant de l’armée française d’Orient, participent également aux combats.

Estampe de Victor Adam représentant la division Bosquet intervenant à Inkerman en 1854
« La division Bosquet s’élance sur les Russes et dégage les Anglais » : estampe de Victor Adam, 1855 (BnF/Gallica, domaine public).

Les Français ne remplacent pas la résistance britannique : ils la renforcent à un moment décisif. Après plusieurs heures d’affrontements, les Russes sont contraints de se retirer. Le siège de Sébastopol, lui, continue.

Le souvenir d’un soldat blessé

Un fantassin britannique, Timothy Gowing, a laissé dans ses mémoires un souvenir précis de cette journée. Blessé aux deux cuisses par des coups de baïonnette, il raconte avoir utilisé des fusils comme béquilles pour quitter la ligne de feu.

Épuisé, il s’allonge à l’écart des tirs. C’est alors, écrit-il, qu’il voit passer les zouaves français, avançant au combat en saluant leurs alliés. Le récit a été publié après la guerre : c’est la mémoire d’un participant, pas un procès-verbal rédigé sur le champ de bataille.

Les blessés sont nombreux des deux côtés. Une peinture réalisée peu après les événements montre des chirurgiens français soignant ensemble des soldats français et russes. C’est une autre scène de cette journée : après les charges viennent les pansements et le transport des hommes.

Peinture de Jules Rigo montrant les chirurgiens français soignant des blessés après Inkerman
Les chirurgiens français pansant des blessés après Inkerman, peinture de Jules Rigo (1856-1857), collections du château de Versailles, domaine public.

Des régiments, des hommes, des villages

On retient d’ordinaire les noms des généraux. Mais à Inkerman, la décision se joue aussi dans les rangs : fantassins, zouaves, officiers subalternes, brancardiers et chirurgiens.

Ces hommes avaient quitté leurs villes et leurs campagnes pour une guerre lointaine. Certains en revinrent, d’autres non. Bien des décennies plus tard, les images imprimées de la bataille permettaient encore de raconter, dans les foyers français, ce qu’avaient fait les soldats de Crimée.

Et si l’on veut retrouver leur histoire aujourd’hui, il reste autre chose que des tableaux : au Service historique de la Défense, les rapports et journaux de marche de novembre 1854 conservent la trace des unités engagées le 5.


Sources et documents :
Service historique de la Défense, dossiers de novembre 1854 et rapports sur Inkerman ;
BnF, notices et estampes de la bataille d’Inkerman ;
Timothy Gowing, souvenirs d’Inkerman, reproduits par The Victorian Web ;
Jules Rigo, peinture conservée à Versailles, notice de l’œuvre.

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