En ce premier jour de procès, les faits, d’une horreur absolue, ont été rappelés. Puis la personnalité complexe de l’accusé, examinée.
L’homme, d’origine tchétchène, présente une silhouette fine et longiligne. Le teint très pâle, son visage osseux et ses traits creusés font ressortir ses deux yeux bleutés.
Face à la cour présidée par Ludovic Leclerc, Muslim Magomadov conteste toute intention homicide. « Monsieur le président, je n’ai jamais, jamais voulu la tuer », assure-t-il dans un français hésitant.
Une scène d’horreur
Il est 8 h 20, ce 1er juin 2022, lorsque l’appel d’un enfant déclenche l’intervention des policiers, rue du Commandant-Beretta (résidence Negresco), dans le centre de Nice.
À leur arrivée, les fonctionnaires découvrent dans le hall de l’immeuble un homme accompagné d’un enfant. Tous deux ont les mains ensanglantées, tandis que l’adulte est blessé à la jambe.
Au quatrième étage, les policiers se retrouvent confrontés à une scène particulièrement éprouvante. Le studio est sens dessus dessous. Du sang macule les lieux.
Au sol, une femme gît, inconsciente. Son visage est couvert d’ecchymoses et son corps de multiples blessures. Dans l’une de ses mains, elle tient même ses viscères.
Neuf plaies, notamment au niveau de l’abdomen, du thorax et de l’utérus, sont dénombrées.
La victime, prénommée Valeria, était enceinte de presque 6 mois.
Le fœtus présentait lui aussi des traces de plaies et la poche de liquide amniotique avait été perforée par les coups de couteau.
Les analyses génétiques confirmeront par ailleurs que l’accusé, Muslim Magomadov, était bien le père de l’enfant à naître, alors même qu’il émettait des doutes sur sa paternité.
Le fils de la victime a tout vu
Réveillé vers 7 heures, le fils de la victime âgé de 9 ans raconte avoir vu son beau-père porter plusieurs coups à sa mère, alors qu’elle se trouvait au sol.
Alexi évoque également une chaise utilisée pour la frapper.
« Elle avait la bouche ouverte et les yeux blancs », rapporte-t-il aux enquêteurs.
L’enfant explique encore que Muslim Magomadov aurait filmé sa mère alors qu’elle gisait au sol, avant de lui affirmer qu’elle voulait le tuer.
Il décrit un quotidien marqué par les disputes, les mauvais traitements et les violences.
Selon ses déclarations, l’accusé lui aurait également demandé de mentir aux enquêteurs et de prétendre que sa mère avait commencé à l’agresser.
L’accusé se sentait persécuté
Un enregistrement sonore, daté du matin du drame à 7 h 07, apporte un autre éclairage sur les derniers instants de vie de la victime.
On y entend des pleurs, ceux d’une femme et d’un enfant, mais également des râles d’agonie.
L’accusé semble alors interroger sa compagne sur l’identité de ceux qui auraient voulu le faire tuer.
Muslim Magomadov était persuadé que sa compagne avait commandité son assassinat pour la somme de trois millions d’euros.
Leur relation a débuté en octobre 2021.
Une histoire courte et tumultueuse, marquée par des tensions récurrentes.
À l’enquêteur de personnalité, Muslim Magomadov avait résumé leur relation en cette formule : « J’étais pour elle un portefeuille vivant et pour moi elle était ma femme. »
Deux facettes d’un même homme
Qui est Muslim Magomadov ? Né en ex-Union soviétique, aîné d’une fratrie de cinq enfants, l’accusé a grandi dans un environnement fragilisé par les conflits en Tchétchénie.
S’il reconnaît que la guerre a pesé sur l’équilibre familial, il décrit néanmoins une enfance sans difficultés financières particulières.
Reconnu réfugié politique en Belgique en 2004, il rejoint ensuite Nice en 2010.
L’homme se présente comme quelqu’un de particulièrement correct, courtois et bien élevé.
Mais ce portrait est loin de faire l’unanimité.
Un proche de la victime le décrit au contraire comme « possessif » et « violent ».
Son casier judiciaire comporte notamment deux condamnations pour vol.
Ce côté « voyou » lui aurait d’ailleurs valu d’être rejeté par la communauté tchétchène de Nice.
L’expert psychiatre Patrick Saget dépeint à la barre le profil d’un homme « rigide, autoritaire et paranoïaque ». Ou encore « une personnalité particulière au cursus particulier ».
Et surtout, une responsabilité pleine et entière sur le plan pénal.
Les débats se poursuivent jusqu’au jeudi 5 novembre.



