Fdesouche


Thélyson Orélien tenant son roman C’était ça ou mourir

03/11/2026

Mise à jour. L’affaire Thélyson Orélien dépasse les soupçons d’intelligence artificielle : les enquêtes de plusieurs médias mettent aussi en cause des articles publiés sous son nom et le récit de son parcours. Les éléments et leurs sources sont détaillés ci-dessous.

Un « journaliste » mexicain introuvable, une photo suspecte et un témoin qui dément

En décembre 2023, ErraMagazine, site créé par Thélyson Orélien, publie un reportage sur les migrants à Tapachula, au Mexique. L’article est cosigné avec Alejandro Soto Torres, présenté comme journaliste installé sur place.

Or, selon une enquête du quotidien québécois Le Devoir publiée le 19 octobre, un reportage de sa propre journaliste Lisa-Marie Gervais était paru une dizaine de jours plus tôt sur le même sujet. Les deux textes présenteraient des ressemblances frappantes : même déroulement, mêmes statistiques, mêmes intervenants et descriptions très proches. Pierre-Marc René, cité dans les deux articles, aurait confirmé n’avoir jamais accordé d’entretien aux auteurs d’ErraMagazine.

Le Devoir affirme n’avoir trouvé aucune autre publication attribuable au co-auteur Alejandro Soto Torres. La photographie censée le représenter a été soumise au détecteur Sightengine, qui lui aurait attribué un score de 99 % en faveur d’une image générée ou modifiée par IA. Ce score ne démontre toutefois pas que la photo est artificielle, ni que le journaliste n’existe pas. Le site et l’article litigieux ne sont plus accessibles. Orélien conteste ces accusations.

Sources : Le Devoir, 19/10/2026 ; ActuaLitté, 21/10/2026.

Un texte autobiographique primé… avec les souvenirs d’un autre auteur

En 2012, Thélyson Orélien remporte le Prix du public d’un concours Radio-Canada avec Où va le monde, dans lequel il raconte sa découverte de la science pendant son adolescence. Des comparaisons révèlent pourtant de très larges reprises de la préface du Matin des magiciens, ouvrage de Louis Pauwels et Jacques Bergier publié en 1960.

Le plus étonnant concerne les détails censés être personnels : un beau-père qui a élevé Louis Pauwels devient un grand-père chez Orélien ; on retrouve les mêmes difficultés avec les travaux manuels, les activités de reliure, la même armoire contenant une trentaine de livres, des objets de couture, les mêmes références à Camille Flammarion et Walther Rathenau, et une scène familiale de deuil. Certains noms changent, mais les épisodes se suivent de manière presque identique. Après avoir remporté le prix, Orélien assurait à Radio-Canada, à propos de ses souvenirs : « Il n’y a même pas de pieux mensonges ».

Source : ActuaLitté, enquête et comparaison des textes, 24/09/2026.

Une instruction qui ressemble à un « prompt » oubliée dans un article

Dans une chronique datée du 17 septembre 2023 consacrée au succès de la littérature québécoise, l’ancien site d’Orélien comportait, entre deux paragraphes, cette phrase : « Discutez du rôle du Québec en tant que gardien du patrimoine linguistique français en Amérique. » ActuaLitté l’a retrouvée dans une archive du site datant d’octobre 2025. L’impératif fait penser à une consigne adressée à un outil de rédaction. Mais une note de travail humaine laissée par erreur reste possible : ce seul élément ne prouve pas l’emploi de ChatGPT.

Source : ActuaLitté, 24/09/2026.

Des textes traduits depuis les Philippines, l’Inde et la Colombie

D’autres vérifications ont mis en évidence des similitudes entre plusieurs chroniques signées Orélien et des textes étrangers plus anciens. Un article publié en 2013 dans La Presse et sur le Club de Mediapart reprend de très près une chronique du journaliste philippin Andy Bautista : on y retrouve Tiger Woods, Lance Armstrong et Oscar Pistorius dans le même ordre, avec des passages traduits presque littéralement. La Presse a depuis apposé un avertissement signalant le plagiat.

Un texte sur le prochain pape présente des reprises d’un éditorial du quotidien indien The Hindu ; une analyse de la politique américaine est très proche d’un article du journal colombien El Colombiano ; un texte sur les littératures caribéennes suit par endroits la notice correspondante de l’Encyclopædia Britannica, avec des traductions littérales et des contresens possibles. Radio-Canada avait identifié au moins cinq textes des années 2012-2013 comportant des reprises d’autres auteurs.

Le 13 octobre 2026, l’écrivain a reconnu s’être attribué des textes qui n’étaient pas de lui. Il a présenté ses excuses pour ce qu’il qualifie d’« erreurs inacceptables ». Mais la nouvelle accusation concernant le reportage de Tapachula porte sur 2023, bien après cette période qu’il décrivait comme celle de ses erreurs de jeunesse.

Sources : ActuaLitté, 24/09/2026 ; Le Parisien, 13/10/2026.

Le manuscrit d’origine introuvable, puis des traces d’IA dans les fichiers

L’écrivain affirme avoir commencé C’était ça ou mourir en 2017 et terminé un premier jet en 2019. Mais le 14 octobre, son éditeur québécois, les éditions du Boréal, indique ne pas pouvoir retracer l’historique du manuscrit avant le 12 septembre 2025, date à laquelle il lui a été remis. Faute de preuve matérielle, la maison maintient alors le livre en librairie.

Le 21 octobre, revirement : une expertise externe de plusieurs documents de travail fait apparaître, selon le Boréal, des traces de balises d’IA dans les métadonnées de certains fichiers. L’éditeur conclut que l’intelligence artificielle est intervenue à une étape du travail et estime que les assurances de son auteur ont été contredites. Il annonce qu’il ne réimprimera plus le roman et qu’il ne publiera aucun autre livre d’Orélien. Il reconnaît toutefois ignorer la proportion exacte du texte qui aurait été produite ou modifiée avec ces outils.

Cette rupture concerne aussi un second roman déjà sous contrat, consacré aux gangs de rue, dont l’éditeur avait reçu un manuscrit en décembre 2024. La publication avait d’abord été suspendue. Les conséquences financières de l’abandon du projet n’ont pas été précisées.

Sources : 24 heures, 14/10/2026 ; 24 heures, 21/10/2026 ; ActuaLitté, 21/10/2026.

Un écrivain célébré, écarté du Goncourt… mais toujours très vendu

Le roman publié en France chez Grasset avait remporté le Prix du Roman Fnac le 21 septembre 2026. Quatre jours plus tard, l’Académie Goncourt l’écartait de sa sélection, après les accusations d’usage de l’IA et les révélations de plagiats. Plusieurs logiciels de détection avaient classé des extraits du livre comme probablement générés par IA, mais leurs résultats ne constituent pas, à eux seuls, une preuve de la façon dont il a été écrit.

La polémique n’avait pas immédiatement freiné les ventes : selon Edistat, cité par ActuaLitté, 83 713 exemplaires s’étaient vendus en France au 11 octobre, tandis que des traductions dans plus de vingt langues avaient été envisagées. L’écrivain continue de soutenir qu’aucune phrase de son roman n’a été écrite par une machine. Il a reconnu les plagiats dans ses anciens textes, mais dénonce aussi les menaces et attaques racistes subies pendant la polémique.

L’enquête du Point revient, de son côté, sur les zones d’ombre de son parcours entre Haïti, le Canada et la France. Les plagiats reconnus, les rapprochements nouveaux entre articles et les conclusions de l’éditeur doivent être distingués des accusations encore contestées.

Sources : ActuaLitté, 21/10/2026 ; Reuters, 13/10/2026 ; Le Point, novembre 2026.


Article initial du 03/11/2026 (conservé)

Le Point consacre une longue enquête au parcours de Thélyson Orélien, auteur de C’était ça ou mourir, dont l’ascension littéraire s’est brutalement interrompue après des accusations de plagiat et de recours à l’intelligence artificielle.

Plusieurs anciens textes de l’écrivain ont été mis en cause pour plagiat. Le 21 octobre, son éditeur canadien Boréal a par ailleurs annoncé avoir découvert des « traces de balises d’IA » dans les métadonnées de certains documents liés au roman, tout en précisant qu’il était impossible d’établir dans quelles proportions la machine avait été utilisée. La maison a annoncé qu’elle ne réimprimerait plus le livre. Thélyson Orélien continue de nier avoir utilisé l’IA pour écrire son roman.

L’enquête du Point revient également sur plusieurs zones d’ombre dans le récit que l’auteur fait de sa propre biographie et sur son parcours des deux côtés de l’Atlantique.

Source : Le Point, 1er novembre 2026

En direct sur X :

Fdesouche sur les réseaux sociaux

En direct sur X :