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Première page du communiqué des équipes permanentes et intermittentes de Nextprod adressé à BFMTV et CMA Médias

Plus de 160 salariés permanents et intermittents de Nextprod ont signé une lettre adressée à la direction de BFMTV et à la direction générale du groupe CMA Médias. Ils y dénoncent une « lente dérive idéologique » de BFMTV et citent notamment l’emploi à l’antenne des termes « racailles » ou « sauvages » pour désigner « les jeunes de banlieue », ainsi que des débats autour du « Grand Remplacement » et des « Français de souche ».

Première page du communiqué des équipes permanentes et intermittentes de Nextprod adressé à BFMTV et CMA Médias
Deuxième page du communiqué des équipes permanentes et intermittentes de Nextprod adressé à BFMTV et CMA Médias

Le communiqué, in extenso

À l’attention de la Direction de BFMTV et de la Direction Générale du Groupe CMA Médias.

Nous, salariés de Nextprod, en régie, sur le terrain, à la production, à la technique ou à l’infographie ; permanents et intermittents, si nous vous écrivons aujourd’hui c’est parce que la situation éditoriale de nos antennes, et BFMTV plus particulièrement, nous préoccupe fortement.

Si nous ne pouvons que constater que BFMTV laisse de plus en plus de place à l’opinion ou au débat d’idées, c’est bien la lente dérive idéologique des opinions exposées qui nous inquiète. Vous invoquez le pluralisme, nous dénonçons l’installation et la banalisation progressive des idées d’extrême droite par la voix d’invités multicondamnés, de chroniqueurs, ou d’éditorialistes politiques aux propos réactionnaires et racistes rarement encadrés ou contredits.

Quand, depuis des semaines, les images de violences et de pillages inondent notre antenne au détriment des revendications des manifestants – l’ARCOM nous a d’ailleurs rappelé à l’ordre à ce sujet ; quand, depuis plusieurs mois, les discours associant immigration, origines, religions et criminalité sont monnaie courante et contribuent à entretenir des amalgames dangereux ; quand des théories racistes et complotistes telles que celles du “Grand Remplacement” ou des “Français de souche” sont défendues par des invités en plateau ; quand les termes “racailles” ou “sauvages” sont employés pour désigner les jeunes de banlieue, et ce sans contradiction ou condamnation ferme à l’antenne ; c’est l’image de notre chaîne que vous dégradez. Laisser faire participe à la propagation d’idées haineuses dans la société et à l’identification de BFMTV comme un canal de diffusion bien trop laxiste, d’autant plus à l’ère des réseaux sociaux et de la multidiffusion d’extraits.

Comme l’ont rappelé à juste titre les syndicats du groupe dans un communiqué récent, le racisme n’est pas une opinion, il tue. En atteste l’attentat de Trappes survenu le 23 octobre dernier. Le pluralisme ne doit pas se résumer à donner la parole à tous les courants : il implique aussi un contrôle de nos antennes et le rétablissement de limites entre opinions politiques et propos tombant sous le coup de la loi.

Prétendre que “BFM n’est pas détestée” et que nos choix de programmation n’ont pas d’impact sur l’image que nous renvoyons à l’extérieur serait au mieux malhonnête intellectuellement, au pire dangereux.

Malhonnête intellectuellement car, si le “BFM bashing” a toujours existé, nous ne pouvons être sourds aux accusations grandissantes à notre encontre et ne pas faire un lien évident avec les propos tenus en plateau. Dangereux car nos collègues sur le terrain, qu’ils soient journalistes ou techniciens, sont, aujourd’hui plus que jamais, invectivés, insultés, agressés. L’hostilité est devenue quotidienne, nourrie par le rejet d’une antenne dont nous mesurons la toxicité. Partir en reportage la peur au ventre est inacceptable. En arriver, ces derniers jours, à devoir cacher nos noms à l’antenne pour nous protéger est inacceptable.

Si nous condamnons fermement ces agressions, nous refusons que des salariés de notre groupe soient pris à partie ou rendus collectivement responsables des choix éditoriaux de leur direction.

Ces manquements ont également un impact non négligeable sur nos vies personnelles. Nombre d’entre nous se sentent obligés de mentir sur l’endroit où ils travaillent par peur des critiques, des moqueries ou des insultes. Nous aimons nos métiers, nous sommes fiers de notre savoir-faire et de notre capacité à fabriquer l’information, mais nous ne devrions jamais avoir à rougir de l’entreprise pour laquelle nous travaillons.

La direction de BFMTV a une responsabilité envers ses salariés et la société, elle doit l’assumer pleinement.

C’est pourquoi nous demandons à la direction de prendre enfin la pleine mesure de cette situation, et d’envisager un rééquilibrage éditorial qui renoue avec l’éthique, la rigueur et le respect de la déontologie journalistique.

En espérant avoir été entendus, compris, et qu’une véritable prise de conscience voie le jour.

Les équipes permanentes et intermittentes de Nextprod

A ce jour, plus de 160 salariés sont signataires de cette lettre.

Source : communiqué des équipes permanentes et intermittentes de Nextprod.

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