Jusqu’à ce jeudi, cet homme de 45 ans, qui compte dix mentions à son casier judiciaire, comparaît au tribunal de Paris notamment pour proxénétisme entre 2021 et 2024. Avec la complicité de son petit frère et d’un autre prévenu, il aurait, selon l’accusation, dirigé ce réseau spécialisé dans la domination.
Des faits que « le Rat » reconnaît en partie. Oui, il a bien gagné de l’argent de cette façon-là. Mais les femmes n’étaient pas sous son emprise. « Des associées », les considère-t-il. Le mot agace la présidente : « À part sélectionner les clients, vous apportiez quoi, vous ? » Un ange passe. « Rien », répond le prévenu. (…)
Des faits que « le Rat » reconnaît en partie. Oui, il a bien gagné de l’argent de cette façon-là. Mais les femmes n’étaient pas sous son emprise. « Des associées », les considère-t-il. Le mot agace la présidente : « À part sélectionner les clients, vous apportiez quoi, vous ? » Un ange passe. « Rien », répond le prévenu.
L’affaire, révélée dans nos colonnes, éclate en mars 2024 quand une des filles, prétextant d’aller acheter des cigarettes, s’enfuit d’un des appartements pour se réfugier dans un bar. Elle déballe tout. Son histoire recoupe celles des autres prostituées au parcours cabossé. Dans le milieu de la nuit, elles font la rencontre de Sahbi B. qui, à l’époque, a continuellement le nez dans la cocaïne. (…)
Au début, elles le trouvent « gentil et attentionné ». En plus, il semble bien gagner sa vie. Son secret ? Le marché de la domination dont les clients sont des hommes « de haut niveau socioprofessionnel ». Peu à peu, il convainc ses rencontres de se prostituer pour lui. Comment faisait-il ? « Il leur mangeait le cerveau », image un de ses « partenaires ».
D’après les jeunes femmes, après la lune de miel, « Le Rat » devenait agressif. (…)
« J’ai perdu 10 kg en sept semaines. Je ne tenais plus sur mes jambes. Il m’a alors acheté des boissons pour des malades du cancer. » Un jour, elle tombe sur un client gentil. « On avait des relations agréables. Cela n’arrivait pas souvent, voire jamais, mais lui si. » Il essaye de l’aider, le « Rat » s’en rend compte et rappelle à l’ordre sa « compagne ». « Il me répétait que ma c**** était son fonds de commerce. » – Julie (son prénom a été changé).
Son salut, Julie le devra à sa mère, venue la chercher de force à Paris. Et depuis, elle tente de remonter à la surface. « Je suis toujours en thérapie aujourd’hui, confie-t-elle. J’ai également des cauchemars. Il m’a volé une partie de ma jeunesse. J’ai mis du temps à me reconstruire. Beaucoup de temps. » (…)
Dans cette affaire, qui va de 2018 à 2024, au moins sept jeunes femmes auraient été plongées dans une mécanique d’emprise. (…)
« Il y a eu des insultes verbales. J’ai pu être menaçant. Des pressions pour le retard ou le manque d’hygiène. Mais j’ai pas fait de mal ni à leurs proches, ni à leurs familles », assure-t-il. Lorsque la présidente lui demande s’il séquestrait les victimes, il sort de ses gonds. « C’était un moulin ! Elles entraient et sortaient quand elles voulaient ! Je suis pas un afghan ! ». (…)
« Le Rat » a toutefois de l’orgueil. « Ne me réduisez pas à un simple locataire d’appartement. Il y avait toute une logistique derrière », lance-t-il à la procureure. Preuve en est un fastueux projet lancé en 2022. Alors que les passes se faisaient dans des appartements à Neuilly et Levallois, Sahbi B. voit plus grand qu’un trou de souris. Aidé d’un richissime client, lui aussi jugé ce mardi, il loue un loft de quatre étages dans la cité Falguière. Au milieu des ateliers d’artistes près de la gare Montparnasse, un temple du sadomasochisme.
Le projet prend de l’allure. Sahbi B. mandate un architecte pour transformer le lieu en donjon. Un webmaster est aussi sollicité pour lancer la communication virtuelle. De l’argent liquide est distribué. Avec son frère, lui aussi impliqué dans le projet, « Le Rat » joue les pilotes. « Il faut remplir l’écurie », dit-il en parlant des travailleuses du sexe à recruter. « Il faut qu’elles soient au moins quatre pour toucher 60 000 euros par mois », continue-t-il. Tout va pourtant péricliter en quelques mois. Les passes reprennent de nouveau dans des appartements jusqu’en 2024.
Si « Le Rat » livre une prestation théatrale depuis son box ce mardi, son frère est stoïque sur le banc. Mehdi B. regarde fixement devant lui alors que son frère cherche désespérément son regard. « Je l’ai utilisé », dit à plusieurs reprises le principal prévenu, qui affirme vouloir travailler honnêtement à ses côtés après sa détention. Mehdi B. aurait joué un rôle de médiateur entre les filles et leur patron. « Le Rat » insiste, mais les yeux ne se croisent jamais. « Je peux embrasser mon frère ? », demandera-t-il à la suspension d’audience. Il n’en sera rien.
L’audience doit se poursuivre jusqu’au jeudi 3 septembre 2026.


