Jean-Charles P. comparaît à partir de ce jeudi devant les assises de l’Eure pour le meurtre d’un homme issu de la communauté tchétchène de la cité de La Madeleine, en 2020. L’enquête avait, à l’époque, souligné les liens de proximité de cet homme avec «La Mouche», dont il est aujourd’hui suspecté d’avoir orchestré l’évasion.
Le 25 septembre 2020 à La Madeleine, l’esplanade sur laquelle donne le troquet est calme. Beaucoup d’habitants – dont Jean-Charles P. – ont quitté la cité pour aller assister aux obsèques d’une femme de la communauté manjak. Pierre P. (frère de Jean-Charles) croise alors Akhmed M., 27 ans, issu, lui, de la communauté tchétchène de La Madeleine. Leurs épaules se frôlent, les deux hommes en viennent aux mains. Pierre quitte les lieux, la lèvre en sang.
Une heure plus tard, les sirènes résonnent dans La Madeleine. Les policiers tentent de démêler la scène de crime chaotique dans laquelle ils interviennent : une cinquantaine de personnes se battant à mains nues les unes contre les autres, sous les fenêtres des habitants. «Les Tchétchènes» d’un côté, les «renois» de l’autre. Dans la cohue, alors qu’ils s’empoignaient, un coup de feu a claqué. Akhmed M. s’est effondré, l’épaule droite perforée par le tir. Déjà, les premiers récits parlent du tireur présumé comme de Jean-Charles P., venu en découdre avec Akhmed M. et ses proches, pour venger son demi-frère.
Le 25 septembre 2020, Akhmed M. meurt à l’hôpital d’Évreux après avoir reçu une balle. L’affaire provoque de fortes tensions, notamment entre les communautés tchétchène et manjak. Les policiers cherchent rapidement Jean-Charles P., soupçonné d’être l’auteur du tir, car ils craignent qu’il soit victime de représailles.
Jean-Charles P., déjà sous contrôle judiciaire, disparaît après les faits. Les enquêteurs découvrent qu’il est proche de Mohamed Amra, surnommé « La Mouche ». Une Audi RS3 utilisée lors de la fuite avait notamment été louée par Amra, et son ADN est retrouvé dans le véhicule. D’autres personnes liées au réseau criminel de la « BMF » apparaissent également dans l’enquête. Des écoutes évoquent même une possible séquestration du rappeur Koba LaD, qui aurait été interrogé au sujet de la fuite de Jean-Charles P.
À partir de 2021, les enquêteurs établissent que Jean-Charles P. s’est réfugié en Espagne. Il y est contrôlé à plusieurs reprises sous une fausse identité, notamment à Mijas et Marbella. Il est finalement arrêté le 7 janvier 2022, après une tentative d’évasion ratée, puis remis aux autorités françaises le 21 février 2022.
Depuis son retour en France, Jean-Charles P. nie avoir tué Akhmed M. avec une arme de 9 mm. Il reconnaît cependant avoir fui en Espagne, affirmant qu’il voulait échapper à des représailles tchétchènes. De son côté, Mohamed Amra ne fournit aucune information sur sa cavale. Les deux hommes restent aujourd’hui silencieux concernant les affaires qui les impliquent.


