À Saint-Gervais-la-Forêt, périphérie cossue de Blois (Loir-et-Cher), tous les riverains connaissent ou ont entendu parler du fameux « château », une demeure aux allures de manoir moderne, à l’entrée du village.
Mais lorsque les habitants de la paisible commune évoquent entre eux cette grande maison, ce n’est pas vraiment pour parler de son architecture, mais plutôt de ses bruyants occupants, et de leur « chef » au pedigree sulfureux, suivi par plus de 100 000 abonnés sur TikTok.
Son nom ? Mounim Sabhi, créateur du compte « La Team du Château », et metteur en scène d’une troupe de personnalités atypiques enfermées dans cette bâtisse. Une téléréalité taillée pour les réseaux sociaux au succès inégal, mais aux répercussions néfastes.

Selon son créateur, l’objectif de la Team du Château est de « sortir des personnes de la rue » et de les accompagner dans la lutte contre leurs addictions, notamment à l’alcool, explique-t-il au Parisien. Lancé il y a deux ans selon lui, son projet, à vocation « sociale », a « pris de l’ampleur » grâce aux réseaux sociaux. « Je les ai filmés entre eux et c’était marrant, les gens sont venus, ça a créé une team, des abonnés ont suivi… »
L’autre objectif de Mounim Sabhi, surnommé Le Sauvage à Blois, semble aussi de prospérer sur les plates-formes, à l’image de Nasdas et ses 9 millions d’abonnés, qui héberge des jeunes vulnérables filmés eux aussi quotidiennement sur Snapchat. Mais l’ambiance au sein de sa maison rappelle, aussi, celle des lives du streamer Jean Pormanove, victime de coups en série, et mort en direct sur Kick.
« Ici, on fait le bordel ! » ; « On est chez nous, c’est Miami Beach mais on est à Blois ! », se vantait Mounim Sabhi début juillet, depuis sa piscine. Ce « bordel », c’est un mélange de scènes du quotidien et de soirées alcoolisées incluant des personnes marginalisées, des scènes de disputes, des menaces, des injures en séries, et des faits de violences. Le tout devant quelques centaines, voire quelques milliers de spectateurs sur Kick. (…)
Sur place, peu de voix s’élèvent publiquement contre Mounim Sabhi. Interrogés, les riverains ne masquent pas leurs craintes des représailles de la part d’un influenceur qui n’hésite pas à être lui-même menaçant face caméra et face à ses troupes.
Aymeric (le prénom a été modifié), un habitant de Saint-Gervais-la-Forêt, confie « vivre dans la peur qu’un drame survienne » entre les murs de l’ancienne demeure des descendants de Robert Houdin, le père de la magie moderne né à Blois en 1805.
« Je ne tiens pas à me mêler à ce qu’il s’y passe », soupire une autre voisine du manoir. « Mais je ne reconnais plus la commune dans laquelle je réside depuis le début des années 1970, où la douceur de vivre m’a rendue heureuse », ajoute-t-elle. Se sentant « en insécurité », elle envisage de déménager dans sa résidence secondaire du sud de la France. (…)
Les locaux pensent aussi au passé de patron des nuits blésoises de Mounim Sabhi, aujourd’hui porteur d’un bracelet électronique après avoir été condamné pour conduite en état d’ivresse. Depuis 2025, l’entrepreneur est aussi mis en examen pour des soupçons de travail dissimulé, d’abus de biens sociaux, de blanchiment de fraude fiscale en bande organisée et d’escroquerie en bande organisée.


