Un marabout jugé ce lundi 8 juin 2026 devant le tribunal correctionnel de Rennes pour pratique commerciale agressive s’est enfui de la cité judiciaire avant son incarcération. M’Bemba Guirassy, alias Barry, venait d’être condamné à deux ans de prison ferme dans un dossier lié au suicide d’un chef d’entreprise bretillien de 43 ans, père d’un enfant de 9 ans.
L’homme, installé à Avignon, avait fait du « retour de l’être aimé » son fonds de commerce. Selon les éléments examinés à l’audience, son client, originaire du pays de Saint-Malo, était tombé sous son emprise après le départ de sa femme. Il lui avait versé plus de 166 000 €, après avoir épuisé ses économies, vidé les comptes de son entreprise et emprunté de l’argent à des amis. Parmi les prestations évoquées figuraient des appels, des SMS, des talismans, des lectures de versets du Coran et des « sacrifices de crocodiles en Afrique » facturés 6 790 €.
Face aux juges, le prévenu, déjà condamné à deux reprises pour escroquerie et abus de faiblesse, a assuré « ne pas comprendre pourquoi il est là ». « Je fais un travail positif avec ce monsieur, on s’appelait tous les jours pendant près de deux ans, on était amis », a-t-il déclaré devant l’ex-compagne, le fils et le père de la victime. Interrogé sur les alertes suicidaires de son client, il a reconnu : « Il me montrait des photos de cordes, disait qu’il allait prendre un fusil… », sans avoir appelé les secours.
Un inspecteur de la détection des fraudes appelé à témoigner a estimé qu’« on ne peut pas nier qu’il y a un lien fort entre la pratique commerciale et le décès ». Selon lui, 30 % des messages échangés avec le marabout avaient lieu entre 22 h et 6 h du matin : « la victime n’avait pas les idées claires, il l’empêchait de dormir ». Après les réquisitions du procureur, qui demandait dix-huit mois de prison ferme, les juges se sont retirés pour délibérer. Pendant cette pause d’environ quarante minutes, alors que les policiers arrivaient pour conduire le prévenu à Vezin-le-Coquet, l’homme a pris la fuite. Les magistrats ont prononcé la peine face à une barre vide et décerné un mandat d’arrêt.



