En cinq ans, l’implication des femmes dans les réseaux de stups a bondi de 50 %. Longtemps dans l’ombre, cantonnées à des rôles de nourrice ou de prête-noms, elles ont pris du galon et revendiquent même parfois d’être sur le devant de la scène. « Loin d’occuper uniquement des rôles subalternes, des enquêtes récentes soulignent le rôle de certaines dans la gérance de points de deal, l’organisation de convois de stupéfiants, la prise en charge de la continuité des activités d’un conjoint incarcéré ou tué et le blanchiment des capitaux », souligne le Sirasco, le renseignement criminel de la police judiciaire, dans un récent rapport sur l’ « État de la menace de la criminalité organisée en France ».
Le recrutement de la main-d’œuvre en ligne accroît l’implication des femmes au sein des groupes criminels organisés. « Longtemps exclues de la gestion des points de deal physiques, le recrutement via les réseaux sociaux de livreurs pour les centrales d’appel a contribué à féminiser la vente de stupéfiants », note le Sirasco. Les trafiquants n’ont pas tardé à y voir un avantage. En 2025, par exemple, un trafic de stupéfiants structuré a été démantelé à Marseille (IVe). À sa tête un trafiquant multirécidiviste, selon le Sirasco, s’entourait uniquement de femmes pour opérer des livraisons ou effectuer des trajets réguliers vers l’Espagne avec des véhicules loués via la plate-forme Getaround.
[…]Dans le quartier des femmes de la maison d’arrêt des Beaumettes à Marseille (Bouches-du-Rhône), Alyssia S., 26 ans, bénéficie aujourd’hui d’une aura due à son ancien statut au sein de la DZ Mafia. Ayant accouché de son troisième enfant à la nurserie de la prison, la jeune mère de famille, qui détonne avec son gilet rose et sa coiffure stricte dans l’album judiciaire du groupe criminel marseillais, attend désormais d’être jugée dans trois affaires de meurtres commis coup sur coup en 2023, dont un double assassinat à Salou, en Espagne, plus une tentative de meurtre. Cinq victimes au total pour quatre mises en examen.
Décrite comme une logisticienne en chef, Alyssia était en lien avec les chefs de réseaux dont elle relayait les instructions. Elle a aussi assuré un temps la gestion du réseau du Castellas à Marseille (XVe), supervisant les commandes, les hommes et les livraisons pour le compte d’Amine Oualane, l’un des chefs de la DZ Mafia. Lors d’une opération punitive, la jeune mère de famille est soupçonnée d’avoir elle-même choisi puis dirigé les tueurs. « Elle ne tire pas, elle décide de celui qui va tirer », rapporte une source proche de l’enquête, qui la décrit comme une « cheffe intraitable et fière de l’être ».
L’ascension fulgurante de cette femme au sein du célèbre groupe marseillais est considérée par les autorités comme un point de bascule dans la montée en puissance des femmes dans le narcotrafic, où la féminisation est devenue une tendance lourde. L’exemple le plus frappant remontant à mars dernier, lors de l’opération Octopus menée par la gendarmerie à l’encontre de la DZ Mafia dans les départements des Bouches-du-Rhône, du Vaucluse, du Gard et de la Drôme. Parmi les 26 personnes mises en examen, neuf étaient des femmes. Un tiers… des compagnes, des maîtresses, des sœurs de cadres de la DZ, mais aussi des gérantes de point de deal, pas forcément connues comme telles.
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