Emmanuel Macron multiplie les nominations à des postes clés de l’État avant l’élection présidentielle d’avril 2027, à laquelle il ne pourra pas se représenter. Selon The Economist, cette stratégie ressemble à une tentative de protection des institutions françaises face à une possible victoire du Rassemblement national, dont Marine Le Pen et Jordan Bardella dominent les sondages de premier tour.
Le président a déjà nommé un nouveau chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, ainsi qu’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes. Il doit aussi remplacer prochainement les ambassadeurs à Berlin, Londres et Washington. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a annoncé son départ anticipé en juin, permettant à Emmanuel Macron de désigner un successeur pour six ans. En 2025, Richard Ferrand, allié politique du chef de l’État, a été nommé président du Conseil constitutionnel.
Jordan Bardella accuse Emmanuel Macron de « trying to lock down our institutions in order to keep control ». L’article souligne que la présidence française concentre des pouvoirs considérables : commandement militaire, nomination du Premier ministre, dissolution de l’Assemblée, recours à l’état d’urgence, décrets, nominations à la tête d’organismes publics et contrôle de la dissuasion nucléaire. Benjamin Morel, professeur de droit constitutionnel à Paris-Panthéon-Assas, estime que peu de constitutions européennes accordent des pouvoirs d’urgence aussi larges que l’article 16. Il résume le risque ainsi : « In calm times, the French constitution is a marvellous instrument, but in difficult times it could be dangerous. »
Trois zones de fragilité sont mises en avant : l’usage possible des articles 16 et 11 de la Constitution, l’indépendance judiciaire et l’avenir de l’audiovisuel public. Le Conseil constitutionnel est présenté par un ancien membre comme « the last rampart » face à une éventuelle tentative de modification constitutionnelle par référendum. Sur la justice, l’article rappelle les critiques de Marine Le Pen après son inéligibilité prononcée dans l’affaire des fonds du Parlement européen, qu’elle a qualifiée de « political decision », dénonçant la « tyranny of the judges ». Sur les médias, le RN vise l’audiovisuel public, accusé par Marine Le Pen d’avoir « a clear problem with neutrality », et souhaite en grande partie le privatiser.
L’article précise que les responsables du RN nient toute intention antidémocratique et que le parti ne reprend pas explicitement la vision de « démocratie illibérale » de Viktor Orban, même s’il en est proche politiquement. The Economist conclut cependant qu’un recul démocratique en France, l’une des deux grandes puissances de l’Union européenne, aurait des conséquences majeures, et que les normes politiques ne suffisent pas si les lois et les institutions échouent.





