Face à l’omniprésence des smartphones, la baisse de la lecture est généralisée et touche même des catégories « inhabituelles » comme les filles, les 7-12 ans et les CSP+. Le rôle déterminant des parents dans l’incitation à la lecture devient aussi plus difficile à exercer alors qu’ils sont eux-mêmes happés par leur smartphone.
Combien de temps les jeunes Français lisent-ils chaque jour ? 18 minutes. Et combien de temps passent-ils sur leurs écrans ? 3 heures et 10 minutes. Le calcul est simple. Ils consacrent 10 fois plus de temps aux mondes virtuels. C’est ce que révèle la nouvelle étude sur les jeunes et la lecture du Centre national du livre (CNL), menée auprès de 1 500 Français, âgés entre 7 et 19 ans. Des résultats catastrophiques mais qui vont dans le même sens depuis trois ans.
Quand on les interroge, les 7-19 ans disent toujours aimer lire (81 %). C’est un fait qui résiste encore aux mauvais chiffres. Reste qu’un tiers des 16-19 ans ne lit jamais. […]
Car voilà, même quand les jeunes lisent… leur regard vole ailleurs. Ils envoient des messages, jettent un oeil sur des vidéos qui, on le sait, sont truffées de fautes d’orthographe et consultent leurs réseaux. 41 % des 7-19 ans sont concernés, un pourcentage qui grimpe à 67 % des 16-19 ans. On pourrait se dire qu’il n’y a pas de mal, puisqu’ils ont tout de même ouvert un livre. Oui, mais combien de pages lisent-ils quand ils le font ? L’étude ne le dit pas. L’étude ne dit pas non plus les effets de cette fragmentation de la lecture. Or, ils sont nombreux. […]
Sur la qualité d’expression, d’abord. « Sur ces réseaux, ils consomment des écrits rageurs ou passionnels, égocentrés, souvent mal maîtrisés. Ils s’imprègnent ainsi d’un français malmené n’ayant bénéficié d’aucune relecture, d’aucune attention » , se désole Jean Pruvost, auteur d’une soixantaine de livres de référence sur la langue française. […]
Sur l’orthographe, ensuite. La syntaxe, la ponctuation, l’orthographe et la grammaire des élèves s’en ressentent. « Ceux qui lisent peu ont plus de difficultés à écrire. L’emploi des temps qui ne sont pas habituels à l’oral, comme le passé simple, l’imparfait du subjonctif ou même le futur simple leur est étranger » , note Jean-Rémi Girard, agrégé de lettres modernes et président national du Snalc (Syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur), rappelant au passage que la littérature jeunesse se décline aujourd’hui au présent. Y compris les Club des cinq,expurgés depuis une dizaine d’années du passé simple et des descriptions à rallonge pour correspondre aux lecteurs d’aujourd’hui. […]




