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Comme un mauvais rêve. En ce mois de mai 2027, Emmanuel Macron s’imagine planté là, debout sur le perron de l’Élysée, tapis rouge déployé et Gardes républicains sur les côtés, quand l’ombre de son successeur s’extrait de la voiture arrivée quelques instants plus tôt. Nous sommes le jour de la passation de pouvoir… et l’extrême droite vient de gagner l’élection présidentielle.

Qui, autour de lui, ne l’a jamais entendu professer cette antienne ? « Ça l’obsède. Il sait que tous ses prédécesseurs ont laissé une trace, un héritage politique. Il ne voudrait pas que le sien se résume au fait d’avoir été celui qui a donné les clés de l’Élysée à Le Pen, ou un de ses fac-similés », témoigne un ancien conseiller. « C’est un second mandat qui n’a pas de prolongation puisqu’il ne pourra pas se représenter. Donc, il est face à l’histoire. Et forcément… ça le taraude », appuie un autre. Ce qu’il a encore exprimé il y a dix jours, lors d’un dîner avec les cadres de la majorité à l’Élysée : « Si demain ça devait basculer, ce n’est pas la gauche qui gagnerait, mais l’extrême droite. Ma responsabilité, c’est qu’elle ne gagne pas », a-t-il avisé ce soir-là, selon des propos rapportés par Le Point.

Dans la bouche du président, cela n’a rien de nouveau. Déjà, il y a cinq ans, il manifestait cette inquiétude. C’était lors du tout premier Conseil des ministres de son premier quinquennat : « J’ai 39 ans, je n’ai pas vocation à être là toute ma vie. Il faudra que je puisse aussi assumer fièrement le bilan après », alertait-il à l’époque. Puis ces dernières semaines, ses tourments n’ont fait que progresser. Pour des raisons multiples. « Dans les réunions du G20, on voit bien qu’il y a de plus en plus de représentants des régimes autoritaires ou populistes. Il doit se dire que bientôt, le fait de ne pas être d’extrême droite sera une exception », décrypte un proche.

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Le Parisien

De la fébrilité dans l’air. Si Emmanuel Macron s’inquiète de voir Marine Le Pen lui succéder à l’Élysée, cette angoisse est largement partagée dans les couloirs par l’opposition. À droite, accusée parfois d’entretenir une posture critique factice vis-à-vis de l’exécutif, on justifie souvent le besoin d’exister par le danger RN. « Si vous laissez demain l’espace sans alternance, vous finirez tôt ou tard par avoir Marine Le Pen », grimace un général LR. Une préoccupation qui existait déjà lors du premier quinquennat mais qui a été renforcée par le résultat des dernières législatives. Il n’a échappé à personne que dans certains territoires traditionnellement de droite, le RN a raflé largement la mise, comme dans le Var, les Alpes-Maritimes ou la Haute-Marne, où se situe Colombey-les-deux-Églises.

« Le succès du RN lors des élections législatives ouvre la possibilité d’une institutionnalisation du parti de Marine Le Pen », souligne le politologue Dominique Reynié dans une étude récente de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol). Laquelle souligne que les électeurs de droite se reconnaissent désormais davantage dans les idées du RN (61 %) que dans celles de LR (52 %). « Je serais dingue de vous dire qu’il n’y a pas de risque RN en 2027. Soit je réussis, soit c’est Mélenchon-Le Pen au second tour », souffle en petit comité Laurent Wauquiez.

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À gauche, on reproche à Macron de tout faire pour « banaliser » le RN à l’Assemblée

« Je me bats pour que dans cinq ans, il y ait des jours heureux. Et ce sera ça ou ce sera des jours sombres et noirs, ou des jours heureux et dignes », répond le communiste Fabien Roussel quand on lui demande si le second quinquennat d’Emmanuel Macron prépare l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen. « Si la gauche ne se reconstruit pas sur une base sérieuse, si la droite ne se rétablit pas et si on a encore une nouvelle fois le choix en 2027 entre l’extrême-droite et le courant macroniste pour la troisième fois, les gens se diront : bon bah va pour Le Pen », abonde un poids lourd socialiste, opposé à la Nupes. « Marine Le Pen dit Essayez-nous, vous ne nous avez jamais essayés. Mais si, on les a essayés : en 1940 ! On ne joue pas avec ça. Après, on n’aura que nos yeux pour pleurer », conclut un ténor de droite.

Le Parisien

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