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Le vote pour le Rassemblement national gagne du terrain chez les fonctionnaires. Le phénomène n’est certes pas nouveau, mais dans un électorat traditionnellement marqué par une culture politique de gauche, il est remarquable. Et ce fut éclatant lors de la dernière élection présidentielle, explique le directeur de recherche au CNRS Luc Rouban (Cevipof, Sciences Po Paris) dans une note diffusée vendredi 2 septembre. Entre 2017 et 2022, la candidate du Rassemblement national a gagné 9 points chez les agents publics.

Le chercheur a examiné le vote des agents publics en se fondant sur les résultats du Baromètre de la confiance politique (OpinionWay), travail de référence du Cevipof. Marine Le Pen gagne inexorablement des points. Certes, au second tour du scrutin de 2022, elle recueille moins de voix chez les fonctionnaires que dans l’ensemble de la population (38 % contre 41,45 %), mais c’est tout de même 9 points de mieux qu’en 2017. C’est d’autant plus significatif que la présence d’Eric Zemmour a beaucoup limité la progression de Mme Le Pen dans la fonction publique au premier tour, en 2022.

Au second tour, dans la fonction publique d’Etat, elle gagne 9 points entre 2017 et 2022 ; chez les agents des collectivités locales, 7 points ; et jusqu’à 15 points dans les hôpitaux, « certainement l’un des secteurs les plus confrontés à des difficultés professionnelles du long terme que la crise sanitaire n’a fait qu’amplifier », rappelle M. Rouban. Pour ce qui est des trois catégories de fonctionnaires, la cheffe de file du Rassemblement national (RN) progresse de 7 points chez les « A » (les cadres, chez qui elle réalise un score de 27 % dorénavant) comme chez les enseignants, qui l’ont choisie à hauteur de 25 %, de 13 points en catégorie B et 9 points en C, « où elle était déjà à un haut niveau mais où elle constitue désormais le choix d’un fonctionnaire sur deux ».

Le chercheur note que la candidate du RN « avait mis l’accent sur la situation difficile des agents publics lors de la campagne électorale, alors que Valérie Pécresse avait repris le thème du ‘trop de fonctionnaires’ dans une perspective libérale classique ». C’est, en effet, bien sur le terrain de « l’antilibéralisme économique » que Marine Le Pen a innové, « laissant au second plan, ou à Eric Zemmour, les questions d’immigration et d’identité nationale, même si les projets du RN n’ont pas changé sur ce terrain », écrit encore M. Rouban.

Il existe d’autres pistes d’explication. Ainsi de la confiance dans les institutions, que les agents publics sont précisément chargés de faire vivre. Dorénavant, il n’y a plus guère de différence dans la défiance, qui s’exprime aussi bien chez les fonctionnaires que chez les salariés du privé. Seuls les mairies et les préfectures continuent de susciter l’adhésion. […]

Le Monde

Merci à Tara King

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