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Depuis 2017, la Roumanie en manque de main d’œuvre ouvre des visas pour des travailleurs venus d’Asie. Cette nouvelle migration se heurte à des infrastructures qui ne sont pas prêtes, au détriment des arrivants, qui font parfois face à des abus et des cas d’exploitation. Certains décident alors de franchir la frontière vers l’Ouest avec l’aide d’un passeur. Le Courrier d’Europe Centrale a pu parler avec l’un de ces passeurs. Troisième et dernière partie d’une enquête en trois volets.

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« Chez nous, l’Europe est vue comme le paradis. On nous dit que si on va là-bas, notre vie va être incroyable : on a accès à la santé, l’éducation et d’autres services. On pensait que la Roumanie c’était comme l’Europe qu’on imaginait, mais ce n’est pas ça. Maintenant, les travailleurs asiatiques veulent que la Roumanie entre dans Schengen pour pouvoir travailler et voyager dans d’autres pays d’Europe » confie un travailleur népalais dans un immeuble de Bucarest.

Gurwinder, travailleur indien dont nous suivons le parcours tout au long de cette enquête, voudrait lui aussi travailler en Europe de l’Ouest un jour. « Mais je veux y aller de manière légale, pas comme d’autres. Je ne veux pas de problème » précise-t-il. Il connaît des travailleurs qui décident de passer la frontière entre la Roumanie et la Hongrie de manière illégale, avec l’aide de passeurs. « On parle entre nous, on sait tous que cela arrive. Quand je suis arrivé à Timişoara, des Indiens qui étaient avec moi dans le logement sont partis en camion. » D’autres, comme lui, évoquent cette option. « C’est parfois plus facile de traverser la frontière de cette façon que de demander un visa » admet un autre travailleur, originaire du Sri-Lanka.

Du rêve européen au rêve de Schengen

Dans son bureau de l’agence de recrutement International Work Finder, Melania Pop reçoit régulièrement des appels d’Allemagne, Pologne ou France. « Des employeurs me demandent s’ils peuvent recruter des travailleurs asiatiques directement de Roumanie, témoigne-t-elle. C’est possible mais très compliqué. Ils laissent tomber quand je leur explique la procédure. » Selon elle, si la Pologne répond positivement à environ un tiers des demandes de visas de travail venues d’Asie, « la Roumanie accepte quasiment 100% d’entre elles, c’est pour cela que c’est plus simple pour eux de venir ici. »

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La Roumanie, point de passage vers l’Europe de l’Ouest

Timişoara, qui fut la « plaque tournante » des passeurs sous la période communiste – pour les Roumains fuyant la dictature vers la Yougoslavie – retrouve ce triste rôle aujourd’hui. Cette fois, les migrants, en grande majorité Afghans, vont de la Serbie à la Roumanie pour ensuite entrer dans l’espace Schengen via la Hongrie. Des travailleurs déçus de leurs conditions en Roumanie passent aussi par cette route. « Pour moi, s’ils partent, c’est parfois à cause des conditions de travail imposées par certains employeurs, certifie Melania Pop. Ce sont souvent les mêmes qui collaborent avec des agences incompétentes et à très bas prix. »

L’assistant juridique Stefan Leonescu, de l’ONG Jesuite Refugee Service, observe également que ceux qui se retrouvent sans travail et sans papiers, à cause des manquements de l’employeur ou de la lenteur bureaucratique, considèrent cette option. Nous avons documenté cette situation dans la deuxième partie de cette enquête.

« Il y en a qui ont déjà prévu de traverser la frontière avant d’arriver ici. »

MELANIA

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L’article dans son intégralité sur Courrier d’europe Centrale


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