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Printemps 2021. Un parfum de légumes mijotés flotte dans sa cuisine. Ce dimanche d’avril, à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines), Marine Le Pen prépare un couscous-merguez. Son invitée arrive. Voix douce, ligne athlétique et coupe afro, Rachel Khan a publié l’essai Racée (L’Observatoire, 2021), qui étrille ce qu’elle nomme la « pensée victimaire » des nouveaux antiracistes. Née à Tours d’un père gambien musulman et d’une mère juive d’origine polonaise, elle croise le fer contre l’assignation identitaire avec un mordant qui séduit jusqu’à la droite conservatrice… et a tapé dans l’œil de la présidente du Rassemblement national (RN).

Rachel Khan, aujourd’hui, coordonne un groupe de travail de La République en marche sur l’immigration, l’intégration et la laïcité, pour la future campagne d’Emmanuel Macron. La ministre chargée de la citoyenneté, Marlène Schiappa, l’a faite marraine du Prix de la laïcité ; le garde des sceaux, Eric Dupond-Moretti, lui a remis le Prix littéraire des droits de l’homme. En juillet, elle avait vu son essai couronné du Prix du livre politique à l’Assemblée nationale, où elle avait fustigé « une colonisation woke et racialiste », qu’elle assimile au racisme, et prôné « une identité infinie en relation avec l’autre ».

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Jouer l’unité pour pénétrer des « milieux infranchissables », mais aussi se montrer humaine, libérée des « forces internes » du lepénisme. Ostracisée à l’école, boudée par la clientèle lorsqu’elle se rêvait avocate, Marine Le Pen dit avoir souffert de l’exclusion. « Je sais ce que c’est d’être discriminée, s’épanche-t-elle auprès du Monde. Dans les élites, je suis la seule à l’avoir été vraiment. C’est pour ça que je suis aussi dure, que je veux séparer le bon grain de l’ivraie. » « Marine n’a jamais été le diable. Il y a de petits diables mais elle essaie de les écarter, la défend Wallerand de Saint-Just, rare historique gravitant encore dans sa garde rapprochée. Notre slogan, c’est “Les Français d’abord” ; ça veut dire qu’il peut y avoir les autres ensuite. »

Quelques mois après son couscous dominical, Marine Le Pen a abandonné sa chasse à la binationalité. Elle veut toujours soumettre les binationaux à la déchéance de nationalité en cas de crimes graves, et traquer les « complices » de « l’idéologie islamiste ». Mais l’interdiction d’appartenir à deux pays disparaît de son projet sur l’identité et l’immigration, puis de son programme pour 2022. « Cela inquiète inutilement les Français d’origine étrangère », glissait la candidate cet automne, persuadée que « la France a changé »… et décidée, surtout, à montrer qu’elle n’est plus tout à fait la même.

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