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Robert Paxton : « Vichy parvient à faire reporter la déportation de Juifs citoyens français »

Extrait :

Vidéo intégrale :

Le Monde

(Merci à Simplicius)

29/11/2021

Le Mémorial de Caen organise une conférence sur le sujet mardi 30 novembre, avec l’un de ses meilleurs spécialistes, l’historien Laurent Joly. Entretien.

(…)

Pourquoi avaient-ils ce sentiment de protection, si dans les faits la politique de Vichy les visait ?
Vous oubliez l’occupant. Pour les nazis, il n’y avait aucune distinction à faire entre les Juifs. Mais, en Europe de l’Ouest, mieux valait, pour des raisons « psychologiques », commencer par déporter les étrangers, pour ne pas trop émouvoir les populations, et pour s’assurer de la collaboration des autorités locales. Ce calcul a été fait aux Pays-Bas, en Belgique et en France occupée. La politique de Vichy ne visait pas à déporter les Juifs français. Et la loi française ne permettait pas de les interner, sauf ceux qui ne s’étaient pas soumis à l’obligation de recensement (loi du 2 juin 1941). Pour Vichy, les Picard, les Lambert, les Lyon-Caen devaient rester en France, mais avec un statut de sous-citoyens. En revanche l’État français souhaitait activement se débarrasser des juifs étrangers ainsi que des naturalisés…

Les Juifs de France qui avaient combattu sous les drapeaux pendant 14-18 se sentaient particulièrement à l’abri… Parce que Pétain était lui-même un héros de la Première Guerre ?
Dès l’été 1942, Vichy sacrifie sans hésiter les Juifs étrangers ayant porté les armes pour la France. Très clairement, le gouvernement Pétain-Laval ne s’est pas mis en situation de protéger efficacement les « vieux juifs français » qui avaient combattu en 14-18…

In fine, les Juifs de France ont été moins décimés que ceux d’autres pays. Pourquoi ?
Il y a deux raisons principales. La première relève de ce qu’on peut appeler l’environnement social. Il demeure relativement protecteur pour les Juifs, même en France occupée. J’ai plus particulièrement étudié, dans mon livre L’État contre les Juifs, la mise en œuvre de la rafle dite du Vél’ d’Hiv. Je constate que les gens ont été le plus souvent recensés à leur domicile d’avant-guerre, ils gardent des voisins non juifs, qui peuvent les prévenir, les aider, etc. D’autre part, à la différence de presque tous les pays, ce sont des agents ordinaires de l’État qui procèdent aux arrestations en France. Or tous ne sont pas zélés. Il y a des fuites, des « ratés ». C’est ce qui explique — découverte que j’ai faite — que dès la première grande rafle visant des femmes et des enfants, près des deux tiers y ont échappé. Un tel bilan n’a pas d’équivalent ailleurs en Europe de l’Ouest.

Télérama


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