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20/11/2021

Conservatrice générale du patrimoine, directrice du département des arts de l’Islam au Louvre depuis 2013, Yannick Lintz, 57 ans, est la commissaire générale des dix-huit expositions « Arts de l’Islam, un passé pour un présent ». Dotée de 4 millions d’euros de budget, cette manifestation mise sur la proximité, la connaissance et l’ouverture des regards. L’exposition disséminée dans dix-huit villes française, veut rapprocher la culture de la population et propose une autre image des arts islamiques.

[…] Au Louvre, nous conservons la dénomination, qui est à l’origine une décision politique : c’est Jacques Chirac qui a voulu le département et a déterminé son nom, à une époque où son ambition à l’international était le dialogue des cultures et, en France, la résorption de la fracture sociale. Mais l’appellation suscite de mauvaises interprétations, surtout dans une période où le mot « Islam » hystérise facilement le discours. […]

Dans le contexte d’aujourd’hui, il s’agit donc d’une exposition politique ?

Quand on faisait le Maroc médiéval au Louvre en 2014, c’était politique aussi. Chaque convention avec les villes a fait l’objet d’une délibération au conseil municipal : toutes ont été votées à l’unanimité, et les couleurs des dix-huit élus concernés vont des communistes aux Républicains. J’ai présenté les œuvres, en visioconférence, aux dix-huit conseils municipaux.

Certaines, les poignards notamment, ont posé problème. A Blois, nous avons conservé un kandjar, une arme d’apparat qui n’a sans doute jamais tué personne. A Rouen, le directeur des musées m’a fait comprendre que l’assassinat, en 2016, du père Jacques Hamel était encore trop proche. Les imams, les recteurs de mosquée ont été aussi consultés. Bon nombre ont été surpris, à cause de cette confusion de terme : pour nous, l’art islamique, ce n’est pas tant une religion qu’une culture.

Pourquoi ce choix d’expositions en province plutôt qu’une grande exposition à Paris ?

Cela s’est déjà fait en 1977 au Grand Palais. Aujourd’hui, c’est différent. J’ai pensé que c’était bien d’aller au plus près des populations – je n’emploie pas le terme de « public », on ne fait pas du tourisme : un jeune des quartiers de Rillieux-la-Pape a peu de chance de venir au Louvre voir une telle exposition. […]

Ces jeunes qu’on amène dans l’exposition ne peuvent pas se contenter de voir un âge d’or passé. Ils sont dans le présent. Raconter l’histoire de ces artistes contemporains, ce peut être aussi parler de la souffrance, de l’exil, des banlieues dont beaucoup sont issus. Et que de tout cela, avec une double culture souvent, peut naître autre chose. Nous avons aussi essayé d’avoir autant de femmes que d’hommes représentant, si possible, deux ou trois générations, depuis les années 1970 à aujourd’hui. […]

Le Monde

03/11/2021

Les Français ont rendez-vous, du 20 novembre 2021 au 27 mars 2022, avec une initiative inédite d’ampleur nationale baptisée «Arts de l’Islam, un passé pour un présent» à travers 18 expositions simultanées visant à poser un nouveau regard sur les arts et les cultures de l’islam. Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, souligne que l’exposition entend notamment «contribuer à changer la vision des Français sur l’islam, qui n’est pas uniquement une religion, mais aussi une civilisation qui couvre une grande partie du monde».

Les expositions auront lieu à Angoulême, Blois, Clermont-Ferrand, Dijon, Figeac, Saint-Louis, Limoges, Mantes-la-Jolie, Marseille, Nancy, Nantes, Narbonne, Rennes, Rillieux-la-Pape, Rouen, Saint-Denis, Toulouse, Tourcoing.

Plus de 180 œuvres au total seront présentées dans des musées, médiathèques, bibliothèques ou espaces culturels dans la perspective d’éclairer le public sur la «grande diversité» des territoires et des populations concernées par l’islam. Ces expositions ont pour objectif commun d’apporter des clés de lecture sur les cultures, la civilisation et les arts de l’islam.

Ce projet destiné au grand public et aux jeunes générations en particulier a mobilisé la réunion de plusieurs musées nationaux, comme le Grand Palais et le musée du Louvre ainsi que les ministères de l’Éducation et de la culture, avec l’implication notamment de la Fondation de l’islam de France. […]

Le premier ministre Jean Castex, a commenté l’évènement en affirmant qu’évoquer le lien entre la France et les arts islamiques, «c’est tirer le fil d’un dialogue entre des cultures qui s’enrichissent mutuellement depuis plus de 13 siècles». Pour lui, l’exposition revient sur «les liens intimes que les arts islamiques ont tissés avec notre pays, nourrissant notre art de vivre et notre culture».

Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, souligne de son côté que l’exposition entend notamment «contribuer à changer la vision des Français sur l’islam, qui n’est pas uniquement une religion, mais aussi une civilisation qui couvre une grande partie du monde».

Son objectif ? « Mieux faire connaître sur notre territoire les cultures islamiques […] et rappeler l’importance des échanges anciens, étroits et féconds tissés entre la France et l’Orient », explique le ministre Jean-Michel Blanquer. Une démarche qui s’inscrit dans la lutte contre les séparatismes souhaitée par le gouvernement. […]

yabiladi ; Connaissance des Arts


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