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La France est enfermée dans un marasme politique. Elle semble condamnée à un affrontement perpétuel entre les mêmes forces : le “Rassemblement national” à droite (anciennement “Front national”) accusé de vouloir “détruire la démocratie” d’un côté et de l’autre le “front républicain” des partis de l’establishment qui s’alignent pour “faire barrage au fascisme.” […]

Les sondages ont identifié un nouveau candidat potentiel qui pourrait sortir de cette impasse politique. Les dernières enquêtes montrent que le chroniqueur et journaliste français du Figaro, Éric Zemmour, a une chance de bouleverser la prochaine élection. […]

Une autre étude de l’Institut français d’opinion publique révèle la spécificité de la candidature de Zemmour. Son soutien ne se limite pas à un seul groupe de l’électorat. Il est le seul candidat de droite à s’attirer les sympathies de deux groupes jusqu’à présent divisés entre le Rassemblement national et le parti libéral-conservateur Les Républicains, en recueillant le soutien à la fois des classes populaires – la France périphérique votant pour Le Pen – et de la bourgeoisie conservatrice, qui votait jusqu’à présent pour Les Républicains. Cela ferait de lui, en effet, la première figure politique française capable de réaliser la mythique Union des droites, l’unification de la droite. Depuis des années, des chroniqueurs, des penseurs et des hommes politiques évoquent l’idée d’une unification de la droite, rassemblant les nationalistes et les conservateurs pour vaincre la gauche et les libéraux. Cependant, une telle synthèse n’a jamais vu le jour car personne n’a été capable de l’incarner.

Avec Zemmour, cela a changé. L’establishment craint sa candidature. […]

Il y a un politicien dont les idées, et le chemin vers la candidature, ressemblent à ceux de Zemmour. Il s’agit de Pat Buchanan. Ancien conseiller de Richard Nixon, il a, comme le Français, accédé à la notoriété grâce aux talk-shows politiques. Tous deux se sont fixés pour objectif de mettre un terme à la révolution des années 1960, voire de l’inverser. Pour tous deux, la souveraineté est une valeur non négociable et ils partagent une attitude hostile envers les institutions internationales. Contre le libre-échange, ils prônent tous deux le protectionnisme. Buchanan veut défendre les Américains moyens, tandis que le Français défend la France périphérique, les gens des petites villes et des villages. Buchanan n’est pas devenu président, mais il a préparé le phénomène Trump (une autre figure à laquelle Zemmour a été comparé). Sans Buchanan, il n’y aurait pas eu de victoire en 2016. […]

Des décennies d’immigration ont transformé au point de les rendre méconnaissables les lieux familiers où Zemmour a grandi. “Ils ont cessé d’être la France”, dit-il. […]

Selon le diagnostic de Zemmour, Mai 68 est une hydre qui émerge dans tous les domaines de la vie sociale, politique et culturelle. Les contemporains, comme le célèbre sociologue Raymond Aron, pensaient qu’il s’agissait d’une révolution sans substance qui n’avait rien donné. Zemmour estime qu’un tel constat est erroné : “Mai 68 n’a pas renversé un régime, mais il a conquis la société en la retournant contre la nation.” Il a représenté l’exact retournement de 1789. La révolution est un soulèvement populaire contre l’aristocratie et les relations féodales, et “une victoire de la vertu spartiate contre la domination des femmes dans les cours et les salons.” Mai 68 annonce la revanche des oligarques, la victoire de l’internationalisme sur la nation, la vengeance des nouveaux féodaux sur l’État, la victoire du féminisme sur la masculinité. […]

Ce sont les libéraux qui ont sacrifié l’industrie française. Zemmour estime qu’en 2014, 50 % du capital des entreprises du CAC 40 étaient sous contrôle étranger. ” Les champions nationaux “, créés avec beaucoup d’efforts sous les présidents de Gaulle et Georges Pompidou, ont cessé d’être nationaux. La concurrence inégale avec la Chine a remodelé encore plus profondément le paysage de l’industrie française. “Dans le domaine de l’industrie, observe sinistrement l’essayiste français, la France est en fait revenue au XIXe siècle, quand elle était un pays agricole.”

Pour Zemmour, le protectionnisme est la seule politique économique saine. Le libre-échange, affirme-t-il, n’est pas seulement une question de principes économiques, c’est aussi toute une vision de l’homme et de la société, où le citoyen “est considéré plus comme un consommateur que comme un membre d’une communauté nationale, plus comme un citoyen du monde que comme un patriote.” Il rappelle que la crise de 1869-1873 fut plus grave que celle de 1929 et évoque la figure de Jules Méline, qui mit fin au règne du libre-échange en France. Ce réformateur introduira le protectionnisme et les tarifs douaniers qui conduiront à la renaissance de l’économie et de l’industrie françaises.

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L’image historique que Zemmour évoque pour dénoncer cette révolte des élites est celle de Madame de Staël et de son salon au château suisse de Coppet. Son admiration pour l’Allemagne et sa joie devant les défaites de Napoléon font d’elle et de son entourage un archétype de l’élite renégate. C’est elle qui ouvre la généalogie des libéraux et des progressistes français qui, comme l’écrit le chroniqueur, “cherchent sans cesse un maître étranger, anglais ou allemand, russe ou américain. Et demain peut-être un chinois, un indien ou un arabe”. Ce que l’Allemagne était pour de Staël et les élites qui l’entouraient, qu’ils admiraient au point de renier leur propre patrie, l’islam l’est aujourd’hui pour les élites françaises contemporaines. “L’islam est l’Allemagne de notre génération”, soutient Zemmour. “Acteurs, chanteurs, écrivains et journalistes parlent d’une seule voix, défendant l’islam comme une religion de paix, d’amour et de tolérance.”

Il convient de se demander si Zemmour doit être qualifié de conservateur. Il semble qu’il accepterait plus volontiers d’être décrit comme un “populiste”. Il est l’une des rares personnalités de la vie publique européenne à admettre volontiers cette étiquette. Il a un jour défini ce phénomène comme “le cri des nations qui ne veulent pas mourir”. Ailleurs, il a expliqué qu’un populiste est simplement quelqu’un qui se range du côté du peuple. Tous ses discours et ses livres suggèrent qu’à ses yeux, le clivage horizontal entre la gauche et la droite a perdu son sens. Il pense à un autre clivage, vertical : l’oligarchie, gagnante de la mondialisation, contre les gens ordinaires, perdants de la mondialisation.

Le chroniqueur français pourrait aussi être facilement décrit comme un “civilisationniste”. Il s’agit d’un terme inventé par Daniel Pipes, un politologue américain, pour caractériser les politiciens pour qui la priorité est de lutter pour préserver l’identité de la civilisation occidentale, en s’opposant à l’immigration de masse et à l’influence croissante de l’islam. […]

The American Conservative


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