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24/09/2021

L’Union Reims – 24 Septembre 2021

Au terme d’un procès rendu vertigineux par la faiblesse de l’accusation, ces deux frères ont été acquittés, mercredi.

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À l’encontre de Billel, l’aîné, condamné en 2019 à de la prison avec sursis pour avoir participé à un trafic de stupéfiants, les enquêteurs avaient surtout une photo de qualité médiocre sur laquelle trois gendarmes avaient cru l’identifier – d’autres militaires y avaient vu d’autres suspects. À l’encontre d’Amine, jamais condamné, ils n’avaient rien. « Comment a-t-on pu arriver jusqu’à à ce procès ? » , soufflait, lundi soir, l’un de ses acteurs.

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Dans la salle des pas perdus, Billel et Amine, entourés de trois cousins, semblent déboussolés. Les accolades, intenses, sont silencieuses. L’un des cousins appelle la mère des acquittés et la met sur ampli. On entend une voix féminine, en pleurs, répéter : « On est une famille ! » Billel se tait pour ne pas s’effondrer. Elle est à Oran, dans son Algérie natale, et vient d’enterrer son mari, le père des accusés, décédé d’un cancer le 11 septembre, à Reims.

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L’Union


22/09/2021

Comme toujours depuis sept ans, Billel et Amine Yagoubi ont nié, hier, avoir torturé un homme handicapé. Une photo de piètre qualité reste l’atout maître de l’accusation.

À l’écran, le fantôme réapparaît. La présidente Morin-Gonzalez le rappelle encore : « C’est la meilleure photo que nous avons. » Cette image en noir et blanc, améliorée par un expert, a été projetée la veille. Elle provient de la vidéosurveillance installée par la victime devant son domicile. On distingue le côté droit d’un visage masculin. Le reste est dans l’obscurité. C’est la pièce maîtresse de l’accusation. Des gendarmes ont reconnu Billel Yagoubi, accusé avec son petit frère, Amine, de « vol avec torture », crime passible de la perpétuité. Une juge assesseure appelle Billel à la barre : « Enlevez votre masque, tournez-vous un peu… Là, au bas de votre joue droite, c’est un grain de beauté ?

– Je peux me servir de mon téléphone pour vérifier ? » Il vérifie, acquiesce : oui, c’en est un.

La présidente désigne la photo à l’écran : « On peut constater la présence d’une petite tache à la droite du visage. Chacun appréciera. » Est-ce un grain de beauté ? Une décoloration ? La pénombre ? Les jurés fixent le fantôme, s’attardent sur les contours du profil de Billel Yagoubi. « Tournez-vous, que tous les jurés puissent bien vous voir, merci. » Il pourrait être le fantôme. Il pourrait ne pas l’être.On voudrait s’arrêter sur ces instants qui figent l’impasse de ce dossier, mais déjà la présidente fait circuler d’autres photos parmi les jurés. Le visage de Billel, immortalisé par les militaires, est diffusé. Chacun examine son grain de beauté. À la demande de l’avocat de la défense, M e Benkoussa, une autre photo est diffusée. Celle d’un homme bien connu de la justice dont le portable a accroché l’antenne-relais située non loin du domicile de la victime lors de la nuit des faits. Chacun note son grain de beauté au bas de la joue droite

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L’Union


20/09/2021

Dans la nuit du 5 au 6 août 2014, à 3 h 34 du matin, Alain (prénom d’emprunt) appelle les gendarmes. Il vient d’être très violemment agressé à son domicile de Thiéblemont-Farémont, village d’à peine 500 âmes situé non loin de Vitry-le-François. En une heure, deux hommes encagoulés et gantés, reliés par un talkie-walkie à un troisième resté dehors faire le guet, sont entrés par la fenêtre de sa cuisine, l’ont attaché, menacé du pire à l’aide d’un pistolet, lui ont écrasé les extrémités de plusieurs doigts à l’aide d’une tenaille, lui ont entaillé un avant-bras et frappé. Pourquoi ? Lui prendre un argent qu’en réalité, il n’avait pas. Les agresseurs d’Alain sont repartis avec 500 euros.

Le profil de ce dernier rend les sévices subis plus cruels encore : en 1993, un accident de voiture consécutif à l’endormissement de son ami conducteur a laissé Alain tétraplégique. Ses doigts, martyrisés par ses agresseurs, étaient devenus ses seuls membres opérationnels. Il vit dans un fauteuil roulant. À l’époque, il perçoit une forte somme en guise de dommages et intérêts. Celle-ci, colportée par le bouche-à-oreille, peut-être déformée, serait parvenue aux oreilles d’esprits mal intentionnés. Les agresseurs ont écrasé l’extrémité des doigts de la victime, ses seuls membres opérationnels depuis qu’un accident l’a rendu tétraplégique

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Deux jeunes frères finissent par être ainsi identifiés. Ils s’appellent Billel et Amine Yagoubi, résident à Vitry-le-François et n’ont alors aucun antécédent judiciaire. Le 26 novembre 2014, ils sont interpellés et placés en garde à vue. Chez eux, sont retrouvés des gants, une cagoule et un survêtement Asics, mentionné par la victime. Deux jours plus tard, les voilà mis en examen et placés en détention provisoire. Face aux enquêteurs de la section de recherches de Reims, ils nient les faits reprochés. Billel, l’aîné, clame : « C’est impossible que je puisse faire des trucs comme ça, c’est atroce. Faut être fou pour faire ça. Ce n’est pas moi. Il y a une erreur. » L’enquête est achevée depuis l’été 2019. À la suite de sa nuit d’horreur, Alain, traumatisé, a dû retourner vivre chez ses parents. Deux mille six cent deux jours plus tard, il fera face, ce matin, à deux hommes libres – au vu de leurs dénégations systématiques au cours des sept dernières années, l’avocat de la défense plaidera un double acquittement. Les jurés ont trois jours pour se forger une intime conviction. Verdict mercredi.

L’Union


14/08/2014

A Thieblemont-Faremont (51), un bourg de 530 habitants, un quadragénaire tétraplégique a été torturé par trois individus qui voulaient lui soutirer de l’argent. Ces derniers sont repartis avec 500 euros. Les trois agresseurs n’ont toujours pas été retrouvés.

Son calvaire a duré près d’une heure. Dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, un habitant de Thiéblemont-Farémont, âgé de 42 ans, a vécu l’horreur. Tétraplégique depuis une quinzaine d’années, à la suite d’un accident de la route, Christophe a été séquestré, attaché à son fauteuil roulant et bâillonné par trois personnes gantées et cagoulées. Les faits se sont déroulés entre 2 et 3 heures du matin, tandis que leur proie était encore éveillée.
Après avoir brisé le carreau d’une fenêtre, les individus se sont glissés à l’intérieur de son domicile et « ont littéralement scotché la victime à son fauteuil », indiquent les forces de l’ordre. C’est là qu’ils lui ont fait subir les premiers sévices. Objectif : lui soutirer de l’argent, piller son coffre-fort et obtenir son code de carte bancaire.

À l’aide de pinces coupantes, deux individus – le troisième étant resté à l’extérieur de la maison pour faire le guet – menacent la victime, puis tentent de lui couper les doigts de la main droite. Agressé, entaillé, torturé, ce dernier subit, impuissant, la barbarie de ses bourreaux. Et pour cause, il n’a rien à leur donner

Ses tortionnaires décident alors de verser un liquide, vraisemblablement de l’acide, sur les plaies de sa main blessée. Au final, après une heure de violences effarantes, les trois individus repartent bredouilles. Ou presque : «Cinq cents euros lui ont été volés», confirme le parquet.

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L’Union


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