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Parmi ces victimes, ils sont nombreux à dénoncer la « violence » du parcours d’indemnisation et les difficultés à se faire reconnaître en tant que victimes. « Beaucoup ont simplement abandonné, d’autres se sont vues refuser le statut de victime car elles n’arrivaient pas à apporter les preuves suffisantes de leur présence dans la zone de danger », explique à Marianne Anne Gourvès, mère endeuillée et ancienne présidente de l’association « Promenade des anges ». Au début, cette « zone de danger » n’englobait même pas l’intégralité de la Promenade des Anglais mais se limitait à une zone qui allait du trottoir sud jusqu’au terre-plein central avant d’être étendue à la plage et au trottoir nord.

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«Des primo-intervenants se sont vu rétorquer qu’ils n’étaient pas des victimes directes car ils étaient venus aider de leur plein gré et que le camion n’a pas essayé de les tuer», raconte, encore abasourdie, l’ancienne présidente d’association. Elle évoque aussi les victimes épuisées de devoir faire face à un climat de suspicion généralisé et les questions «violentes» des experts du FGTI (Fonds de Garantie des Victimes des actes de Terrorisme et d’autres Infractions) qui tentent d’estimer le préjudice.

Un récit corroboré par chaque personne interrogée, à l’instar d’Anne Murris, présidente de l’association « Mémorial des Anges ». Elle et son mari, qui ont perdu leur fille Camille dans l’attentat, n’ont toujours pas « déposé de dossier car ce qu’on nous demandait était trop douloureux ». Elle se souvient notamment de cet avocat qui lui expliquait que « pour porter son dossier, il fallait prouver » qu’ils avaient « de bonnes relations et que l’on aimait notre enfant ».  […]

Thierry Vimal, qui a lui aussi perdu sa fille le 14 juillet 2016, dénonce « un travail de sape de la part du FGTI ». Il en est persuadé, « leur intérêt c’est qu’on abandonne ou qu’on accepte la première offre qu’ils nous font ». […]

« Il ne faudrait pas gâcher l’image de carte postale auprès des touristes » regrette, amère, Anne Murris. « À l’approche de chaque anniversaire, il est douloureux de constater que les gens se souviennent de moins en moins de ce qu’il s’est passé », confie cette maman endeuillée pour qui « la mémoire est douloureuse mais l’oubli, insupportable ».

Marianne

Anne Murris se bat depuis 5 ans. Le 14 juillet 2016, sa fille Camille est morte, tuée par ce camion fou sur la Promenade des Anglais à Nice. Un véhicule conduit par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien domicilié dans la ville. Anne Murris milite pour qu’un monument soit installé sur la Prom’ et qu’un centre de la mémoire et de recherche sur le terrorisme se développe sur Nice et pas qu’à Paris. 5 ans après, elle met en cause la municipalité.

La ville ne souhaite pas d’un monument sur la Prom’ et ne veut pas s’investir. Je le déplore. Il y a une volonté de gommer tout ça, ça fait tâche dans l’histoire de la ville. Mettre en avant ce 14 juillet, c’est donner de la visibilité à ce qu’il s’est passée.

Il faut un monument physique en hommage aux victimes du 14 juillet. Il aurait dû être inauguré pour les 5 ans, nous voulions qu’il existe quelque chose sur la Prom’ pour les victimes. C’était un engagement de la ville, il n’a pas été respecté.

Anthony Borré est le premier adjoint de Christian Estrosi à la mairie de Nice : “Toutes les associations savent bien que nous cherchons la meilleure formule pour pouvoir mettre un monument. Il y en a un à la Villa Masséna et nous cherchons maintenant à trouver un consensus avec les associations. Il faut parvenir à mettre d’accord toutes les parties. Ce n’est pas du côté de la ville que ça bloque.

L’attentat du 14 juillet 2016 a fait 86 morts, 400 blessés graves et 1.683 victimes psychiques. Le fonds de garantie des victimes (FGTI) a déjà pris en compte 2.429 victimes directes ou indirectes dont 85% ont reçu une indemnisation. Selon le FGTI, 83 millions d’euros d’indemnités ont été versées aux victimes.

France Bleu


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