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En Égypte, 2 tiktokeuses envoyées en prison pour « incitation à la débauche » (MàJ : Les FEMEN devant l’ambassade d’Égypte pour demander leurs libérations)

25/06/2021


23/06/2021

Mawada al-Adham et Haneen Hossam se contentaient jusqu’ici de vidéos lifestyle, racontant à leurs communautés les coulisses de leur quotidien d’influenceuse. Sauf que les deux jeunes femmes viennent d’être condamnées respectivement à dix et six ans de prison ferme.

Âgées respectivement de 20 et 23 ans, Mawada al-Adham et Haneen Hossam ont reçu ces lourdes sentences de la part d’une cour pénale égyptienne du Caire, dimanche 20 juin. Comme le raconte le journaliste de France Culture Camille Magnard dans sa revue de presse internationale datée du 22 juin, si les vidéastes ont été condamnées, c’est pour avoir détourné leurs jeunes abonnées des « bonnes valeurs et des principes de la société égyptienne dans le but de faire de l’argent », selon la formule employée par les juges. La charge officielle retenue contre elles ? Rien de moins que celle de « trafic d’êtres humains », qui englobe des accusations de « corruption de la vie familiale et d’incitation à la débauche ».

« Si c’est ce qualificatif tiré par les cheveux de “trafic d’êtres humains” qui a été retenu par le tribunal, c’est parce que sur ceux de “débauche publique et d’atteinte à la morale” – qui avaient au moins le mérite d’être clairs sur leurs intentions puritaines -, les deux accusées avaient été acquittées, en appel, au mois de janvier, explique Camille Magnard. Il fallait donc trouver quelque chose d’autre pour finalement obtenir leur condamnation cette fois-ci. » Dans le détail, en plus de quelques contenus parodiques, cette accusation est notamment basée sur la participation, dans l’une des vidéos postées, de deux mineurs pour une campagne de collecte de dons au bénéfice d’un hôpital pour enfants malades du cancer – alors même que, comme on peut le lire dans Libération, la mère des deux enfants avait donné son accord.

Autre reproche brandi par les autorités égyptiennes : sur l’une des vidéos réalisées par les abonnées des influenceuses, « une jeune Égyptienne avait raconté le viol dont elle avait été victime et avait dénoncé son violeur », poursuit Camille Magnard, un récit jugé « indécent » par une justice égyptienne « [pourtant] connue pour être particulièrement clémente justement avec les violeurs et les auteurs de violences sexistes ».

Pourvoi en cassation

L’avocat de Mawada al-Adham, Saber Sokkar, a annoncé faire appel de cette décision, évoquant un futur pourvoi en cassation qui aura lieu dans quelques mois pour espérer obtenir l’acquittement de sa cliente. Auprès de l’Agence France Presse (AFP), il estime que le jugement de ce mois de juin « enfreint la loi ». Trois hommes reconnus coupables d’avoir été complices de sa cliente ont été condamnés à la même peine qu’elle, a-t-il également indiqué. Haneen Hossam, qui est en fuite, sera quant à elle rejugée si elle se présente au tribunal. Dans le cas contraire, sa condamnation sera rendue définitive, précise l’AFP.

Toutes deux figurent en tout cas parmi la douzaine d’influenceuses arrêtées depuis 2020 pour atteinte aux « bonnes mœurs » dans le pays, actuellement dirigé par le gouvernement autoritaire de l’ex-chef de l’armée Abdel Fattah al-Sissi. Le 8 juin dernier, Rinad Imad, une autre influenceuse, avait déjà été condamnée à trois ans de prison et 100 000 livres égyptiennes (5 370 euros) d’amende pour « indécence » et « atteinte aux valeurs de la société », selon le journal Al-Ahram.

Usbek&Rica


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