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Le 14 février, la ministre française de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a dénoncé “l’islamo-gauchisme” qui “gangrène la société et l’université”, et a chargé le CNRS d’une enquête sur le sujet. Une prise de position qui a “légitimé” certains discours et attaques, selon les chercheurs d’origine maghrébine que nous avons contactés — et qui ont accepté de répondre au site Diaspora uniquement par écrit, parfois anonymement.

En tant que neuvième à apposer son paraphe sur la  d’une pétition réclamant la démission Frédérique Vidal, l’historienne franco-marocaine Nahema Hanafi (Université d’Angers) figure en bonne place parmi les personnes ciblées. Le 2 février déjà, une tribune relayée sur le site de l’hebdomadaire Le Point l’accusait de faire “l’apologie du cybercrime” dans son ouvrage “L’arnaque ‘à la nigériane’. Spams, rapports post-coloniaux et banditisme social”, paru quelques mois plus tôt.

D’après la Nahema Hanafi, les accusations “touchent l’ensemble des personnes qui travaillent sur les questions post-coloniales et intersectionnelles. Les chercheurs et chercheuses d’origine maghrébine se trouvent toutefois particulièrement exposés parce qu’il s’agit d’un champ d’études où ils sont représentés (comme le sont les femmes dans les études de genre). À vrai dire, ils sont moins taxés d’islamo-gauchisme que d’islamisme radical, et doublement accusés de complicité et de promotion du terrorisme.”

Une autre consœur, qui tient à rester anonyme, renchérit : “Les chercheurs français que les origines sociales et raciales ne prédisposaient pas à occuper des postes à l’université sont ceux qui peuvent se sentir directement attaqués par cette parole politique […] : d’abord parce que certains travaillent directement sur les objets d’étude montrés du doigt ; ensuite, parce que la délégitimation de leur présence et de leur accès à un champ jusque-là fermé les vulnérabilise au quotidien. Il y a en creux de cette critique non-scientifique une peur sourde du remplacement, qui fait écho à l’idéologie du grand remplacement qui gagne de l’espace discursif.” […]

diaspora


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