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Sociologue à l’université Paris Est Créteil et spécialiste de la délinquance juvénile, Thomas Sauvadet note que, dans certains quartiers, des bandes peuvent se former dès l’école primaire. « On voit des enfants de 8 à 10 ans qui se battent quasiment tous les jours, à l’école ou dans la rue, mais sans arme ni blessures graves, explique-t-il. C’est une violence constante mais d’intensité faible. Ensuite, à partir de 12 ou 13 ans, dans un environnement de faible contrôle parental, on peut voir des jeunes, dans un quartier, entrer dans une phase de socialisation de groupe en rejoignant des bandes dont la violence peut alors monter en intensité. »

Au sein de ces bandes, les profils peuvent être très divers. « On peut trouver des jeunes déjà engagés dans un parcours de délinquance et déscolarisés, mais aussi des adolescents beaucoup plus intégrés qui sont comme aspirés par un phénomène de loyauté au groupe », souligne Alexandre Touzet. « Il y a chez ces jeunes un phénomène de construction identitaire via l’appartenance à une bande. Faire partie d’un groupe, d’un quartier, d’une ville leur permet d’exister socialement », estime Lucille Rouet, en jugeant nécessaire d’agir très amont contre ce phénomène. « Par exemple, dès qu’on interpelle un jeune pour un port d’arme. Cela peut être le moment où il faut travailler pour lui faire comprendre qu’il peut se construire en dehors de la bande et qu’il doit identifier les zones grises qui peuvent le faire basculer dans la violence. »

La procureur d’Evry, Caroline Nisand constate pour sa part un phénomène de « transmission générationnelle » au sein de ces bandes. « Lors de la rixe de Boussy-Saint-Antoine, il y a eu une sorte d’accord tacite entre les membres les plus anciens des deux bandes, âgés de 17 ans, pour rester en retrait et laisser les plus jeunes, les 13-15 ans, s’affronter comme s’il fallait que, comme un rite initiatique, les « petits » apprennent à se battre », indique la magistrate. « Certes, il y a toujours eu des gens assez jeunes dans les bandes. Mais jusque-là, on constatait que l’usage d’armes blanches était réservé à des individus un peu aguerris. Ce qu’on a vu avec ces deux rixes, c’est que des gens très jeunes, sans antécédents particuliers, peuvent aller au combat en étant armés »

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La Croix

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