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[…] L’injure qui résonne comme une claque : “Tu n’es pas chez toi, ici. Que tu sois né·e ici ou que tu viennes d’arriver. Que tes parents soient nés à l’étranger ou de nationalité française depuis 5, 6 7, 8 générations. Que tu sois écolier·e, femme de ménage, start-uper, Bérichon ou Montpelliéraine, tu n’es et ne seras jamais que la couleur de ta peau ou le voile de ta religion. Et si tu n’es pas content·e de la manière dont on te traite et te maltraite, retourne dans ton pays !”

Cette attaque n’arrive pas de nulle part. Tout comme toutes celles que je subies depuis que je suis élue. Elle a été rendue possible par un contexte, un climat devenu toxique, irrespirable du fait de la lepénisation et de la zemmourisation de la vie politique et médiatique. Des années de banalisation, de légitimation par le système. Un terreau fertile à la haine que les gouvernements successifs ont fabriqué, au milieu de leurs politiques anti-sociales et antidémocratiques : discours sécuritaires ; instrumentalisation du malheur des migrant·es ; déni du racisme structurel, c’est-à-dire du racisme réel, quotidien ; absence d’action de lutte contre les discriminations à l’emploi, au logement, etc.; répression des mouvements sociaux, gilets jaunes, jeunesses, quartiers populaires… 

Face aux mobilisations anti-racistes des derniers mois et à l’intensification de la remise en cause de ces violences et discriminations systémiques, les réactions conservatrice et identitaire ne se sont pas faites attendre : depuis le coeur du pouvoir fustigeant la recherche universitaire et agitant les épouvantails du “communautaro-séparatisme” jusqu’aux digues républicaines rompues depuis longtemps qui ont laissé s’épancher toute la violence verbale et parfois physique de l’extrême droite. 

Mais c’était le coup de trop. Le crachat qui a fait déborder le vase. Tout le monde a été éclaboussé. À travers cette image d’une députée de la nation avilie et esclavisée, c’est la République toute entière qui a été souillée. […]

Danièle Obono

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