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(…) Pour quelques mois, la nation expérimente à grande échelle le quotidien des banlieues et elle n’en peut déjà plus de ce rétrécissement de l’existence. En temps normal, qu’est-ce qu’être assigné à résidence en zone urbaine sensible ? C’est, tout simplement, la quasi-impossibilité d’en sortir, et, plus largement, de s’en sortir.

Au début du confinement, on a placé les banlieues sous surveillance et, quelque part, mis ces territoires jadis qualifiés de « perdus de la République » au défi de s’y conformer. (…) Il y a bien eu, ici ou là, quelques débordements. Les banlieues ont fait preuve d’une solidarité à toute épreuve : aux Mureaux, des jeunes des cités viennent livrer du ravitaillement alimentaire aux personnes âgées ou malades, déposé jusque sur le pas de leurs portes (…).

Les assignés à résidence à l’année n’ont pas de résidence secondaire pour fuir Paris et l’épidémie, dans un exode bucolique. Ils ne connaissent pas cette grande tradition des temps troublés, pendant lesquels les classes aisées se retranchaient dans les campagnes et finissaient par revenir, après avoir envoyé en éclaireur les « essayeuses », payées pour être sûr que la peste avait définitivement abandonné les villes. (…)

Christophe Rioux : Auteur, universitaire, journaliste culturel (Le Quotidien de l’Art, LIRE), critique d’art (Revue Études) et chroniqueur sur France Culture

Le Monde

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