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Alors qu’en Afrique, continent le plus jeune de la planète, les moins de 15 ans dépasseront le milliard d’ici à 2055, quel statut y réserve-t-on aux bébés et aux jeunes enfants ? Si l’on est loin de « l’enfant roi » des pays du Nord – où le niveau de vie et la faible natalité en ont fait un petit être choyé et surprotégé –, la place symbolique des enfants africains est doucement en train de s’élargir: de moins en moins simples numéros dans une fratrie, ils sont de plus en plus considérés comme des êtres sociaux en devenir, des individus à part entière, à mesure que s’installent les prémices d’une transition démographique. Un processus lent, comme le rappelle l’anthropologue Yannick Jaffré, qui travaille depuis des années sur l’Afrique de l’Ouest : « La démographie bouge, certes, mais assez doucement pour que la femme ait encore besoin d’être mère pour acquérir un statut social. »

[…] Peu à peu, des batailles sont gagnées et le statut des enfants africains change. A la faveur de l’urbanisation, qui va de pair avec une scolarisation accrue et un accès à la télévision, ils se font une place dans la société et donc dans leur propre famille. « La première marque de ce changement peut se lire dans l’application accrue des familles à choisir un prénom pour leur enfant, quand hier il pouvait être baptisé par le marabout ou prendre le nom que le calendrier proposait le jour de sa naissance », observe Yannick Jaffré. […] […] L’urgence pour de nombreux bébés subsahariens reste d’abord d’échapper à une mort précoce : en 2018, dans cette zone, un enfant sur treize est décédé avant son cinquième anniversaire – soit un taux de mortalité quinze fois plus élevé qu’en Europe, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Si les décès avant 5 ans ont diminué de 58 % sur la planète entre 1990 et 2017, l’Afrique concentrait encore plus de la moitié des 5,4 millions de morts juvéniles en 2017. […] Des chiffres qui font peur mais masquent des évolutions.

Le Monde

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