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Dans une lettre au chef de l’Etat, que «Libération» publie, l’humoriste annonce son départ du Conseil présidentiel des villes créé au printemps 2018. Avec cette nouvelle polémique sur le voile des accompagnantes de sorties scolaires, «la France va connaître une mue communautaire et je ne puis me dire que je n’ai pas pu agir pour éviter cela», écrit Belattar.

Monsieur le Président de la République,

Par la présente et vu le contexte qui nous rappelle le pire passé, je démissionne du Conseil présidentiel des villes.

J’ai aimé chaque moment passé au sein de cette institution non partisane où nous avons tenté de faire de ces quartiers dits populaires un sujet non populiste. Le temps du changement n’est pas venu malheureusement et bien des acteurs de cette question ne veulent pas considérer que les habitants de ces quartiers font partie de l’équation et non du problème de ce pays. Mais je démissionne car je ne puis siéger dans une institution qui voit les humiliations que subissent les habitants des quartiers non pas pour l’endroit d’où ils viennent mais bien pour ce qu’ils sont tout simplement. Je suis conscient que l’ambiance actuelle dans notre pays n’est pas liée à votre élection mais je suis déçu que certains ministres que vous avez choisis ne supportent même pas l’idée de voir une femme voilée sur le territoire.

Cette femme était du bon côté de la loi, elle est mère, elle est libre, le reste n’est qu’agression et jugement moral dont on se passerait bien. N’étant pas Don Quichotte, je ne me battrai pas contre des moulins à vent. Cher Président, la France va connaître une mue communautaire et je ne puis me dire que je n’ai pas pu agir pour éviter cela. Nous avons rejoint cette commission apolitique chacun avec son parcours afin de faire avancer la cause «banlieue». Il est dorénavant certain qu’un système favorable à certains élus, et non à leurs habitants, a gangrené en banlieue. Ce système n’a aucun parti, ce système existe depuis des années et il porte en partie la responsabilité d’une paupérisation dramatique.

Les gens qui y habitent subissent des humiliations quotidiennes et ne peuvent agir contre un système qui s’avère insurmontable. Pire, ce système a tellement perverti la vision que nous avons de nos quartiers que l’appellation banlieusard a laissé place à celle de musulman.

Je suis français, je suis musulman, je suis africain, je suis afroeuropéen, je suis de banlieue. Je ne suis pas binaire, je suis français donc pluriel. Cette pluralité ne peut se confronter à des rhétoriques binaires posant une question: pour ou contre ? Douter de notre capacité, en tant que musulmans, à faire la différence entre le bien ou le mal est une blessure qui mettra du temps à cicatriser. Je porte sur mon visage les balafres que mon propre pays m’a faites. Nous avons l’habitude de porter des balafres à cause de la France dans ma famille car mon grand-père était tirailleur.

Je suis un artiste et je ne fais pas de politique. Je suis libre de mes actes mais je ne veux être emprisonné par mes privilèges. Je ne participerai pas car je ne cautionne pas. Il y a des talents en France qui, je l’espère, prendront place dans cette institution qui mérite votre attention M. le Président. Nous sommes Français et nous aimons notre pays, vous pouvez comprendre comme il est difficile d’accepter pourquoi nous sommes tant haïs…

Mes valeurs émanent de ces parents qui nous ont rendus riches moralement à défaut de nous rendre riches financièrement. Ma dignité vient de mes parents et je dois avouer M. le Président que je suis riche de celle-ci. Je connais votre talent et votre envie de changement liée à notre génération mais sachez, M. le Président, qu’il faudra légaliser les musulmans dans ce pays avant de légaliser la marijuana.

M. le Président de la République, je vous souhaite le meilleur. Moi je serai sur scène pour continuer à l’ouvrir même quand on me demande de la fermer.

Vive la République et vive la France. Notre France.

Y.

Yassine Belattar

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