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Surprise : à la faveur de la crise des Gilets jaunes, une mystérieuse chaîne russe nommée RT s’est imposée parmi les premiers médias de France sur Internet. Sa recette ? Montrer que tout va pour le pire en Occident. Roman Bornstein a enquêté sur cet étrange instrument d’influence qui n’aime rien tant que remuer le micro dans la plaie.

C’est une matinée pas comme les autres au palais de l’Élysée. Ce jeudi 31 janvier, en pleine crise des Gilets jaunes, le président a accepté de recevoir cinq journalistes de rédactions nationales, lui qui goûte si peu les échanges avec la presse. Assis au milieu du canapé, costume gris sur col roulé noir, Emmanuel Macron passe en revue le début de son mandat, rappelle le besoin de réformer l’État, ébauche une stratégie pour les élections européennes… Soudain, entre deux considérations sur « la détresse économique » et « la légitimité de certaines revendications », il dénonce « des influences extérieures » dans le climat de violence actuel, parle de militants radicaux « conseillés par l’étranger » et du travail de sape mené par la « russosphère », ces sites web pro-Poutine. À l’entendre, les manifestations seraient encouragées, voire attisées, par un média nommé Russia Today qui bénéficierait d’une audience considérable. « Ce sont des gens qui achètent des comptes sur les réseaux sociaux, qui trollent, lance le chef de l’État. Regardez, à partir de décembre, sur le traitement des mouvements sociaux sur Internet, ce n’est plus BFM TV qui est en tête, mais Russia Today. » […]

Surprise : le 12 mars, une étude de l’ONG Avaaz, experte en analyse de données, confirme les dires du président de manière stupéfiante. À la faveur de la crise des Gilets jaunes, RT s’est hissée en tête des médias français sur la plateforme vidéo YouTube : ses reportages mis en ligne ont été vus 23 millions de fois, près du double de l’audience cumulée de quatre institutions comme Le Monde, Le Figaro-, L’Obs et le Huffington Post sur le même sujet. Depuis l’automne, l’audience du site a quasiment doublé, au point de dépasser celle de la chaîne d’info C News et de tailler des croupières à BFM TV… […]

Vanity Fair

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