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« A 23H00, des troupes soviétiques, polonaises, est-allemandes, bulgares et hongroises ont franchi la frontière tchécoslovaque », annonce l’AFP dans la nuit du 20 au 21 août. La Tchécoslovaquie – qui se scindera en 1993 en deux pays, République tchèque et Slovaquie – reste ainsi de force sous la coupe de l’URSS, qui avait mis la main sur le pays au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Au cours des derniers mois, la tension n’a cessé de croître entre la Tchécoslovaquie et le numéro un soviétique Leonid Brejnev, après l’arrivée d’une équipe réformatrice au pouvoir. L’homme lige de Moscou Antonin Novotny a été remplacé par le Slovaque Alexander Dubcek à la tête du Parti communiste tchécoslovaque (PCT) en janvier, et par le général Ludvik Svoboda à la présidence de la République en mars.

Aux réformes engagées sous l’impulsion de Dubcek – abolition de la censure, liberté de rassemblement et d’association, (prudente) refonte économique – ont répondu une succession de mises en garde, d’avertissements, voire d’ultimatums de l’URSS.

Le 21 août, Moscou et ses alliés déploient les grands moyens : fortes de 200’000 soldats – qui seront bientôt 600’000 -, les unités aéroportées et terrestres du Pacte déferlent en quelques heures sur le sol tchécoslovaque.

A 04H59, Radio-Prague annonce que la capitale et toute la république tchécoslovaque sont occupées. Le gouvernement appelle les citoyens à «garder leur calme et à ne pas s’opposer par les armes aux troupes étrangères».

Dès les premières heures de l’invasion, Dubcek et d’autres dirigeants sont arrêtés par l’Armée Rouge. Emmenés de force au Kremlin le 22 août, ils sont rejoints le lendemain par une délégation conduite par le président Svoboda.

Sommés de signer le «Protocole de Moscou» – diktat qui place la Tchécoslovaquie sous tutelle russe et entérine l’occupation soviétique -, les dirigeants finissent par obtempérer, après quatre jours de pénibles discussions. Ces «accords» maintiennent Dubcek au pouvoir mais l’engagent à rétablir le rôle dirigeant du parti.

La population, privée d’information sur les discussions se déroulant à Moscou, organise une résistance non violente. Rapidement, des plaques de rues sont enlevées dans l’espoir de désorienter l’envahisseur. Dans les campagnes où des fermes arborent les couleurs tchécoslovaques en berne, les panneaux indicateurs sont remplacés par une seule flèche: «Direction Moscou».

Au matin du 27 août, la population en liesse se presse le long du parcours entre l’aérodrome et le château, sur lequel flotte de nouveau le drapeau national. Le sentiment de soulagement est de courte durée.

Dans un discours à la nation, le général Svoboda annonce que le départ des «occupants» est conditionné à une «normalisation de la situation». «La liberté sera momentanément restreinte, pour permettre le retour à la normale», ajoute Alexander Dubcek dans une allocution prononcée «d’une voix hachée (…) comme pour reprendre haleine ou dominer son émotion», relève l’AFP.

Un accord sur le «stationnement temporaire des troupes soviétiques» est signé le 16 octobre. Evincé en avril 1969, Dubcek sera remplacé par Gustav Husak qui lance la «normalisation» à coup de procès politiques. La démocratie ne reviendra à Prague qu’avec la «Révolution de velours» de 1989.

20 Minutes

 

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