L’interdiction de signes ou vêtements religieux dans l’emploi ou le secteur public constitue une discrimination. Une opinion d’un collectif de femmes musulmanes européennes.


La Commission des droits de la femme et de l’égalité des genres du Parlement européen a récemment débattu pour la première fois de la situation des femmes musulmanes en Europe. Un collectif de femmes musulmanes appelle à un réel modèle européen d’inclusion et de pluralisme qui permette à toutes et tous d’accéder à l’emploi et à l’éducation et qui ne mette pas une pression supplémentaire sur les femmes.

Selon un rapport récent de l’Open Society Justice Initiative, presque un Etat membre de l’Union européenne sur trois a introduit des restrictions juridiques sur les tenues vestimentaires des femmes musulmanes, que ce soit au niveau local ou national. En outre, les interdictions du port du voile ou d’autres vêtements portés par les femmes musulmanes, tant par des institutions publiques que privées, sont de plus en plus répandues dans plus de la moitié des pays de l’Union européenne. Avec pour conséquence d’empêcher ces femmes d’avoir accès à des emplois. Comment peut-on sérieusement réconcilier cela avec les principes européens de non-discrimination et d’égalité des genres ?

Il y a néanmoins de l’espoir pour une Europe inclusive : dans la plupart des pays, des propositions d’interdictions ont été rejetées soit par des législateurs soit par des tribunaux. Cela montre que de nombreuses personnes se mobilisent pour empêcher la stigmatisation et les discriminations envers les femmes musulmanes, notamment à travers des campagnes menées par des associations.

Cela est d’autant plus important que les analyses montrent que nombre de ces interdictions de porter des signes religieux ciblent clairement les femmes musulmanes, même si elles sont présentées comme s’appliquant à tous les groupes religieux de manière égale. En effet, ces restrictions sont souvent adoptées suite à des débats publics houleux sur les tenues vestimentaires de femmes musulmanes et sur la présence des musulmans en Europe. L’argument de la “neutralité” est souvent utilisé afin de discriminer de manière légale les femmes musulmanes. D’autre part, de nombreux partis d’extrême droite se font les défenseurs de telles interdictions, en prônant des discours islamophobes.

La neutralité demeure bien entendu un principe clé de nos sociétés. On ne peut néanmoins pas déconnecter son usage actuel ainsi que ces politiques restrictives du contexte de suspicion généralisée envers les musulmans, de l’impact disproportionné de ces restrictions sur les femmes musulmanes, et de la dimension structurelle de cette exclusion, qui a aussi un impact sur la manière dont la société perçoit les femmes musulmanes.

Il faut faire preuve de courage politique et célébrer la diversité en s’assurant que toutes et tous, avec leurs identités multiples, puissent contribuer à nos sociétés. Il faut choisir des approches inclusives et positives plutôt que l’exclusion et les entraves aux droits fondamentaux. Une telle approche constituera également un moyen puissant d’empêcher les partis les plus xénophobes de gagner en force dans plusieurs pays européens.

Il y a déjà de nombreux exemples positifs d’employeurs dans les secteurs publics et privés qui ont fait le choix de l’inclusion et qui influencent les développements politiques et juridiques dans différents pays de l’UE. Nous espérons que d’autres pays et institutions privées leur emboîteront le pas.

Les Etats membres de l’UE doivent évaluer les effets spécifiques de règles concernant le port de signes religieux dans les institutions publiques et privées sur les femmes musulmanes. Ils doivent également s’assurer que leurs pratiques et politiques promeuvent des lieux de travail et d’enseignement et des espaces publics inclusifs, notamment en rejetant toute nouvelle proposition d’interdiction de signes ou vêtements religieux dans l’emploi et/ou le secteur public. Pourquoi est-ce si difficile de choisir l’inclusion et de soutenir l’émancipation des femmes ?

Le débat au Parlement européen sur la situation d’exclusion vécue par un groupe spécifique de femmes en Europe constitue un soutien à la solidarité féministe plus large avec les femmes musulmanes qui commence à se manifester en Europe. A l’heure où les femmes musulmanes sont aussi victimes d’attaques racistes et sexistes, il est temps de reconnaître que les discriminations structurelles auxquelles elles sont confrontées alimentent le racisme et le sexisme.

Signataires

Rokhaya Diallo, journaliste, Julie Pascoët, Réseau européen contre le racisme (ENAR), Lila Charef, Collectif contre l’islamophobie en France, Chafika Attalai, Collectif contre l’islamophobie en France, Rokhaya Diallo (France), Arzu Merali, Islamic Human Rights Commission, Marianne Vorthoren, Stichting Platform Islamitische Organisaties Rijnmond (Netherlands), Ikrame Faris, Stichting Platform Islamitische Organisaties Rijnmond (Netherlands), Siham Harcha, Stichting Platform Islamitische Organisaties Rijnmond (Netherlands), Rhariba Tlaqui, Stichting Platform Islamitische Organisaties Rijnmond (Netherlands), Berna Toprak, Kahina Rabahi, European Network of Religion and Belief, Layla Azzouzi, Collectif contre l’islamophobie en Belgique, Esmaa Alariachi, Al Nisa (Netherlands), Saida Derrazi, Emcemo and Collective against Islamophobia and Discrimination (Netherlands), Nawal Mustafa, Nadia Khedachi, Forum of European Muslim Youth and Student Organisations, Hajar El Jahidi, European Forum of Muslim Women, Hande Taner, Forum of European Muslim Youth and Student Organisations, Ndella Paye ; Ibtissam Abaaziz, Stichting Meld Islamofobie (Netherlands), Hiba Latreche, Etudiants Musulmans de France, Hassiba Kechiche, Forum of European Muslim Youth and Student Organisations, Camilya Othmani ; Dr. Lara-Zuzan Golesorkhi, With or without (Germany), Nora Akachar, Esra Farag-Nous, Women United, Olga VosNesrine Tanane, The Beautyness, Loubna Bouzaidi, Saloua Assegaf, Sandra Doevendans, Hollandse Liedfe (Netherlands), Rahma Esther Bavelaar, Stichting Meld Islamofobie (Netherlands), Jamila Faloun, Jennifer Nowe, Collectif Les Cannelles (Belgium), Ihsane Haouach, Collectif Les Cannelles (Belgium), Ibtissam Mossaoui, Najoua Admi, Horia El Ghanouti, Al Nisa (Netherlands), Angela Alaidrus, Al Nisa (Netherlands), Hanane Idlamine, Collectif Les Cannelles (Belgium), Ibtissa El Adlouni ; Sandra Iman Pertek, European Forum of Muslim Women, Ouafa Lakhal, European Forum of Muslim Women, Mahinur Ozdemir, Collectif Les Cannelles (Belgium), Houraye Sakho ; Kim Lecoyer, Karamah EU, Fadoua Falloun, Mirjam Laafou, Nadia Aknouch, Fatima Akchar, Fatin Kichouhi, Rabiaa El Ousrouti, Jasmina Faloun, Sara Kichouhi, Imane Kichouhi, Manaar Faloun, Soundous Oulkadi, Nermin Abdellatief, Samira Bettah, Hind Shouli, Meredith Hoogwoud, F.Z Achelhi, Jamila El Arkoubi, Gizlan Zariohi ; Mariam Amzaiab,Stichting Platform Islamitische Organisaties Rijnmond (Netherlands), Mehtap Konuksever, Karima Aberkan ; Soumaya Aanzi, Hijab Sensation, Joany Gourari Dahlmans, Muslima Matters, Dionne Abdoelhafiezkhan, IZI Solutions, Alaa Al Khalili, Aziza Friguech, Dalila Elouarti ; Zainab Marrakchi, Muslimska Kvinnoföreningen (Sweden) and European Forum of Muslim Women, Naziha Bettah, Belkaj Najat, Suzan Affara, Mariam Zarioh ; Rebecca Duqueh, Collectif Les Cannelles (Belgium), Sarah Izat, Hanane Abouellotfi ; Fatiha Azzerhouni, Universiteit Leiden (Netherlands), Rachel Johns ; Devika Partiman, Stem op een vrouw, Nadia Es Saghouani, Oujdane Ibn Lkassem, Saida Ait Haddou Ali, Houda Riffi Acharki, Mariam Annali, Samira El Mhassani, Nadia El Boutayebi, Malika Hamidi ; Sakina Ghani, Resisters ; Hanan Amer, Amal Women Association Ireland, Nor Nasib, Amal Women Association Ireland, Najet Halfaoui, Amal Women Association Ireland, Amel Yacef, Amal Women Association Ireland, Kate O’Connel, Amal Women Association Ireland, Bayane Ahmadi ; Malia Bouattia, Committee Justice and Liberties (France), Maz Saleem, Stand up to Trump, Zara Sultana, MEND (United Kingdom), Nafisa Bakkar, Amaliah, Selina Bakkar, Amaliah

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