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Hiro Chiba est une artiste japonaise qui ne manque pas d’originalité. Elle voulait capturer et préserver ses souvenirs d’une manière originale, naturelle et durable sans passer par les techniques industrielles et chimiques conventionnelles. Pour se faire, elle a décidé d’imprimer des images sur des feuilles d’arbre uniquement grâce aux rayons du soleil ! Rencontre étonnante sur Tokyo par notre équipe.

« Je me sentais différente des autres. Je voulais tout faire différemment et ne surtout pas m’enfermer dans une seule discipline artistique classique » explique-t-elle. À 23 ans, elle réalise ses premiers tests d’impression solaire sur feuilles d’arbre avec succès. Une technique qui avait été explorée par l’artiste vietnamien Binh Danh dans le cadre de la guerre meurtrière du Vietnam. La technique d’impression unique au monde, dont les étapes pratiques restent relativement secrètes à ce jour, utilise uniquement les photons généreusement livrés par notre soleil pour laisser une trace d’une photographie sur un support végétal.

Et le résultat est vraiment étonnant, avec une dimension symbolique d’actualité par son caractère écologique mais également cette réappropriation du temps long. On croirait à s’y méprendre à de l’impression monochrome par projection d’encre. Mais non, ces images sont 100% naturelles, sans traitement chimique ou ajout de pigments, excepté pour la patine de préservation.

Quand on questionne Hiro, on réalise pourtant que l’aspect technique n’est qu’une des dimensions de son travail. Il y a bien plus à découvrir selon elle. Tout d’abord, les irrégularités naturelles des feuilles modifient légèrement l’image, un peu à la manière dont les souvenirs se fixent dans notre mémoire. « J’ai peur d’oublier, car la mémoire forme ce que je suis. Ces œuvres sont comme une projection de ma mémoire. Une porte ouverte vers un souvenir précis » nous dit-elle. Toutes les images imprimées ont donc été prises par l’artiste à un moment de sa vie où elle a décidé que cet instant précis deviendrait un souvenir impérissable.

Reste enfin le support même de ces œuvres : les feuilles d’arbre. Chaque feuille a été ramassée sur le lieu même où l’image a été capturée. La feuille devient le miroir d’un moment donné figé dans le temps. Ce qui donne une dimension supplémentaire au souvenir ainsi conservé. « J’utilise une chose vivante alors il est important de respecter cette chose. La feuille elle même est une chose vivante qui possède sa propre mémoire naturelle. Mon travail, c’est celui d’emmener cet instant dans le futur. » un peu comme si les arbres nous observaient et étaient les témoins sages et silencieux de nos vies éphémères.

(…) Japanization.org

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