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Le 5 avril, le nouveau titulaire de la chaire «Migrations et sociétés» du Collège de France, François Héran, donnera sa leçon inaugurale. Voilà presque vingt ans qu’il se consacre à ce sujet, à la fois en démographe, en sociologue et en philosophe.

“Vouloir réduire l’immigration est un déni de réalité”(François Héran, août 2015) Source

Le grand bureau blanc qui donne sur la rue d’Ulm, à Paris, est encore un peu vide, une caisse en carton patiente sur les rayonnages, mais les étagères qui recouvrent les murs sont déjà pleines de livres. « C’est la moitié de ma bibliothèque sur l’immigration, le reste viendra plus tard »,sourit François Héran. En ce mois de février, le tout nouveau titulaire de la chaire « Migrations et sociétés » du Collège de France, qui présentera sa leçon inaugurale le 5 avril, fait ses premiers pas dans la maison fondée en 1530 par François Ier. Il fait visiter les salles de réunion, montre les bibliothèques installées dans les couloirs, raconte le calme des lieux. « Ça incite à bosser ! » […]

Le Monde

Présentation de la leçon inaugurale :

L’assemblée des professeurs du Collège de France a décidé de créer une chaire « Migrations et sociétés ». C’est un sujet tout à fait nouveau au Collège de France. […]

. Évidemment nous pensons tous à la grande vague des exilés ou des réfugiés du Proche Orient qui est apparue à partir de la fin de l’été 2015 et cette vague considérable, certains ont parlé de tsunami, nous fait un peu oublier le fait qu’il y a aussi l’océan, je dirais, avec sa palpitation ordinaire : il y a un ordinaire d’immigration.

Alors qu’est-ce que c’est, cette migration ordinaire ? C’est une migration qui arrive chaque année en France, qui reçoit des titres de séjour de la part des préfectures dans un nombre à peu près constant – 200 000, 220 000 titres de séjour accordés chaque année à des migrants non européens – et quand on regarde en détail la décomposition de ces titres de séjour, c’est essentiellement par l’application des droits : le droit d’épouser qui l’on veut, y compris un étranger ou une étrangère, ce qui déclenche une migration du matrimonial – 60 000 personnes chaque année ; le droit de vivre en famille ; le droit pour un enfant de rester en France même si ses parents sont dans une situation illégale ; et cette espèce de quasi droit qui est le droit de faire des études supérieures à l’étranger dans une université de bonne qualité.

La marge de manœuvre de la classe politique par rapport aux migrations est extrêmement étroite puisque, finalement, plus de 80 % des migrations que nous recevons chaque année sont des migrations en application des droits. Alors on pourrait dire : « mais nous sommes souverains et, après tout, il n’appartient qu’à nous, la France, d’appliquer ou ne pas appliquer ces droits ». C’est plus compliqué que ça. C’est qu’en fait nous avons signé des conventions internationales. La Convention internationale des droits de l’homme signée en 1948 au Trocadéro après soixante sessions de travail, ça n’est pas quelque chose que l’on peut, comme ça, abolir d’un claquement de doigts à la faveur d’une campagne électorale ; la Convention européenne des droits de l’homme, certains hommes politiques ont dit qu’on pouvait peut-être s’en retirer, la renégocier mais c’est extrêmement compliqué parce que ça implique un très grand nombre de pays. […]

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