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Jean-Philippe Vincent est ancien élève de l’ENA et enseignant à Sciences Po. Il a publié « Qu’est-ce que le conservatisme ? Histoire intellectuelle d’une idée politique » (Les Belles Lettres, 2016).

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Les Français ont une conjugaison appauvrie, à la première personne du singulier et à la troisième personne du singulier. Mais où est le « nous » dans cette conjugaison ? Presque nulle part. Où est l’expression du collectif et son organisation qui sont une dimension essentielle d’une vie sociale et politique riche et efficace ? Là encore : presque nulle part. Les Français en sont venus à ignorer le « nous ».

Un homme politique de grand sens, revenant du congrès des maires de France, me confiait il y a peu : « Les maires ne veulent pas de responsabilités, ils ne veulent pas de décentralisation, ils ne veulent qu’une chose : continuer à distribuer les permis de construire et que l’État s’occupe du reste. » Il a, je le crains, globalement raison et les collectivités locales qui pourraient être le lieu privilégié de la formation et de l’action du « nous » ne jouent qu’imparfaitement ce rôle.

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La disparition des communautés traditionnelles a laissé les individus impuissants et aliénés face à un État moderne devenu surpuissant. Et le lien qui s’est instauré entre les individus et l’État est devenu un rapport d’addiction. L’État est une drogue légale que les Français consomment sans modération. Mais non sans dommages. Et c’est dans ce contexte que les communautarismes se développent, car ils apportent une « réponse » exécrable à un des problèmes majeurs de notre temps : la quête du « nous », la quête de vraies communautés apportant un peu d’humanité alors que les rayons sans chaleur de l’État ne réchauffent rien. Les conservateurs, les vrais, sont les hommes du « nous ». Et les Français ont un besoin vital de ce « nous ».

Le Figaro

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